1) PORTRAITS AU PARASOL  (POUR ESTELLE CONTAMIN)                                               

A travers l’image fanée
D’une plage de rêve
A l’ombre d’un parasol radieux
Deux jeunes filles  pensaient

Et c’étaient comme de longues coulures d’abandon qui dégoulinaient de leurs nattes mouillées

L’une à ses boucles d’oreilles toutes sanglantes de lune
Masquant ces flux imprécis qui la nuit la submergent
Au-delà des horizons si vagues que la lumière aveugle
Derrière les souvenirs flous de ses primes émois
Malgré l’indécision d’un sol dont il lui faut s’abstraire
Sous la coupe des parents qu’on expédierait au diable Vauvert
Dans l’enchaîné fondu de confus amis à oublier déjà
Et à cette incertaine fortune qui tourne et puis s’arrête
Loin des graves tracas qui vous tachent l’enfance
Et en font un tableau qu’embrume la mémoire

L’autre n’écoutait rien
Pas même ses battements intimes
Elle regardait à quelques mètres
Sous un palmier constellé de rubis
Abandonnés
Deux beaux enfants suçant leur pouce
Et qui semblaient l’accueillir du regard

(Livre d'artiste paru aux Editions Rivières)

 

2) POEME POUR JORIS BRANTUAS

                                               FAITES DE LA PEINTURE               

Au champ de foire de la peinture
Les visiteurs sont des enfants
Et même les grands

Le ciel s’est teint de plages acidulées
Les nuages ont un goût de lait fraise
De l’horizon s’écoule un long fleuve de menthe
Et l’air est tout chargé de sucre d’orge
Dans la rondeur des barbes à papa

Les paroles se parfument à la fleur d’oranger
La musique sonne en grosses bulles de bubble-gum
La peur des écoles a la mollesse des chiques
Et les danses la verdeur des pommes d’amour

On pêche des tranches de cédrat confit
On tire sur les cibles de meringue bleue
On roule sur des tapis de dragées nacrées
On joue au lasso avec la guimauve mauve

On regarde les saveurs éclore en sarabande
On goûte les clameurs nimbées de grenadine
On entend les couleurs se répondre en orgeat
Et l’on touche du doigt l’air des réglisses roses

A la fête de la peinture
Même les grands sont des enfants
Et ils aiment le bon bon

Livre d'artistes paru aux Editions Rivières)

3) AVE MARIA (POUR CEDRIC DE BATZ)

AVE MARIA

Je vous salue Marie par la fleur des potences
Des armées de damnés crispent les poings vers vous
Du feu de vos entrailles le toit des maisons brûle
Et les maîtres du sel égarent leur grimoire

Vos grinçants vaisseaux vogueront
Sur des sols d’arabesques démentes
Et les desseins de l’enfant maudit
Formeront des forêts aux ramures rampantes

Et vous vous souviendrez de tous ces anges-bêtes
Venus se prosterner devant votre candeur
Dans les harmonies bleues des chorales célestes
Sous le regard inquisiteur d’un drôle de diable
Tentateur et prophétique

Quoi qu’il en soit Marie, si nos prières avaient le don de déflorer vos divines oreilles,
Rendez nous l’aptitude à espérer sans foi
A la faveur des roses
A l’eau claire du champ
Au cycle infini des choses
A l’arche d’alliance ou aux tableaux d’antan

(Livre d'artiste paru aux Editions Rivières)

4) Autoroute américaine (Pour fabien Boitard)

AUTOROUTE AMERICAINE

Sur l’autoroute déserte
Quand le regard ennuyé s’égare au-dessus des ponts
L’écran de la nuit scintille d’icônes

Des canards à col vert jouent les poètes au-dessus des sommets enneigés
Dans la forêt des songes quelque distrait aura omis d’extraire le château de sa tente
Peut-être craignait-il qu’il ne s’enflamme de joie
C’est qu’il subit de plein fouet les caprices de la météo
Que coasse la grenouille grasse

Un géant de papier sort du livre relié d’une autre époque
Il a besoin d’un enfant pour traverser le fleuve
Il est tellement grand qu’il se met lui-même hors cadre
Un avion se découpe dans le ciel d’un bleu publicitaire
Il traverse le terrain de sport histoire de se mettre au vert
Et le géant se sent dès lors hors jeu
Au-dessus les nuages se noient dans un lac qui s’est mis à réfléchir
Sur ses bords une famille heureuse s’est approprié un pavillon qui la dépasse
Et sur ce pavillon le paysage qu’elle ne veut point partager à l’instar du bonheur
La mère de la petite fille boit son thé glacé très tôt plutôt que tard
Le père et la mère sourient à l’objectif de leur postérité
Peut-être un jour seront-ils aussi célèbres que Marylin
Et le géant voudrait bien les apprivoiser il leur envoie l’enfant
Pour qu’il s’applique à les capturer
Afin de jouer aux cartes avec eux  
Mais lui-même doit se tenir à distance
Car les familles heureuses n’aiment guère ce qui les dépasse
C’est la condition même du bonheur
Ils ont un camping-car pas un château dans une tente
Ou carrément un vrai château une belle demeure
Bref tout ce qui fait rêver les amateurs d’images
Qui ont une peur bleue comme une barbe
Des lacs qui réfléchissent et des châteaux qui brûlent
Des canards qui s’effacent et des paysages qu’on gratte

A plus fortes raisons d’une imprimante qui s’emballe et vomit des dessins tout en couleurs

Sur l’autoroute de la nuit
Encore un pont comme un désert
Et puis encore un autre
On va sortir maintenant et passer dessus
Combien
Bande d’enc…
C’est cher payé pour uni peu de rêve

 

(Livre d'artistes paru aux Editions Rivières)

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