(Ce texte qui m'a été inspiré par une commande d'Anne-Marie Jeanjean pour ses éditions Tardigraves à propos des Joueurs de cartes de Balthus. En tout cas je me suis fait plaisir en l'écrivant. La syntaxe est volontairement disloquée. Il vient d'être publié, maginfiquement illustré par la commanditaire).                                

LES JOUEURS DE CARTES

- La carte, que ne la vois-je ?
- Si tu regardais, sans doute, verrais-tu clair…
- Je ne le puis, aveugle je suis, depuis…
- Tes histoires, je les connais depuis…
- Pas mieux…
- Les grands mots, tout de suite…
- Tout de suite aussi, c’est un des maux…
- A moi, il me fait mal…
- Un moindre mal…
- La tienne non plus, jamais ne montres.
- Ta tête, que ne la tournes-tu ?
- A l’impossible rien n’est tenu…
- Mais sais-tu au moins ce que tu joues ?
- Ce qu’on joue, est-ce qu’on le sait ?
- Tu ne sais rien au fond…
- Le fond, quand j’aurai touché, je dirai…
- A propos de toucher, les enjeux ?
- On les avait définis, avant.
- Les grands mots, tout de suite, avant quoi ?
- Va savoir. La matière je suppose.
- L’est pas de mon ressort, celle-là…
-  Alors laissons tomber !

- En quatre me plierais, pour une carte…
- Ah, y voir plus loin que le bout du nez ?
- Découvrir mon jeu, oserais-tu ?
- La question serait le but.
- Mon ange, c’est le jeu, le but du jeu !
- Oui, mais au bout du jeu…
- Un bout au jeu, et dans quel but ?
- Pas debout dans le jeu : à cette règle, je me plie.
- La matière me pétrifie.
- Je ne te suis pas quand tu penses…
- Tu penses, tout de suite, les grands mots…
- Les grands remèdes…
- Parlons-en… A quoi songes-tu ?
- Je dirais le remède en jeu…
- L’enjeu serait le remède ?
- Le dire me pétrifie aussi.
- Alors, ne disons mot…
- Il faut arriver à ne jamais mot dire ?
- Jusqu’à s’imposer le silence…
- Un silence de mort…
- Et cette mort, dans leurs yeux ?
- Au fond ce serait ça, voir…

 

- Que fixes-tu à présent ?
- Du jeu, tu veux dévier…
- Tu les scrutes ?
- C’est pour toi que je plie, pour voir clair en ton jeu.
- Tu les observes et tu me vois ?
- Eh oui, et je vois que tu joues ?
- Pourquoi ne tournes-tu pas de mon côté ?
- Et toi ? Charité bien ordonnée…
- Moi, c’est autre chose, je veux voir que tu vois…
- J’invite à te voir…
- Je le vois bien, mais dans quel but ?
- Tu butes toujours sur le but.
- Pour me confondre ?
- Toujours les femmes trichent…
- Et tous les hommes des tordus…
- Les femmes rient si on biaise…
- Eh bien moi, ton regard, il ne fait pas rire…
- Il faut choisir, ou se tordre ou rire, mais pas les deux…
- Le rire n’est pas le but, un moyen, un peu tordu, il est vrai…
- Eh bien moi, je lis ton jeu dans leurs yeux…
- Tu livres le vrai au fond du faux ?
- Je le délivre en vérité, qu’il soit vrai ou faux…

- Cette dureté, dans ton regard…
- C’est qu’elle est grave, l’affaire…
- Et ne saurait s’arranger à tes yeux…
- C’est cela même qui dérange…
- Et semble inscrite dans la durée…
- Du moins tant que la matière dure…
- Une idée de sa durée pour assurer ?
- Jusqu’à ce que le carnet soit plein…
- Une idée de sa durée pour rassurer ?
- Tant que durera la matière…
- Cette tombe, sur tes lèvres…
- Je crierai, nul n’entendrait…
- Pas si sûr, l’œil sait entendre…
- Mais pas la voix du dedans.
- Je l’entends bien, moi, même chez toi…
- C’est pas pareil : du même monde sommes !
- Les grands maux, tout de suite…
- C’est un espace intime, non ?
- Je le crois, ça c’est dur……
- Notre univers, pour l’éternité…
- Les grands mots dits…
- Notre matière, à jamais…

 

- Et ce fond de noyé aux herbes insondables ?
- Le sol n’est pas mieux loti…
- La luminescence, les transparences…
- Je dirais les ombres discrètes…
- Et ta robe sculpturale ?
- Ta veste d’une raideur !
- Le bleu te sied à ravir.
- Elle paraît chaude, la tienne…
- Ta main tendue d’aumônes…
- Tes poings serrés !
- Les tricheuses, je n’aime guère…
- Toujours tes airs d’assaut…
- Ton calme, ta sérénité…
- Les licences du tabouret…
- L’équilibre du dossier…
- Toujours en mouvement…
- Les pieds sur terre…
- C’est je jeu qui le veut…
- Et la nappe…
- Un autre jeu, avec d’autres règles…
- Et la matière, elle pense ?
- Les grands mots, toujours…

 

            Atout A toi A nous A tout