MICHAEL VIALA/HAMID MAGHRAOUI A VASISTAS (MONTPELLIER)

Ce sont deux artistes issus de l'école nîmoise, parmi les plus doués apparus récemment dans la région, qui seront présentés en ce début d'été chez Vasistas. Le premier travaille essentiellement à partir du sol ou de l'articulation mur/sol afin de redéfinir l'espace. Ainsi parmi toutes les possibilités que nous offre une salle d'exposition Michael Viala en choisit-il certaines qui nous forcent à reconsidérer notre appréhension de l'architecture des lieux. L'œuvre chez lui vise donc à déranger à la fois notre rapport à l'espace mais aussi notre relation à l'art tout court. Dans ses pièces, on a l'impression que le plancher se soulève, fait des vagues, est prêt à décoller. La courbe apparaît également sur ces panneaux de bois qui s'inspirent des pistes de roller. Qu'attendons-nous en effet d'une œuvre sinon qu'elle perturbe nos repères, nos critères de définition et au bout du compte notre représentation de l'art ou de la façon dont celui-ci doit se présenter à nous ? Michael Viala utilise des matériaux empruntés à notre environnement quotidien mais détournés à d'autres fins, accentuant les particularités d'un lieu, le remodelant le temps d'une exposition et rappelant la fonction essentielle de l'art : nous surprendre, j'allais presque dire, nous en boucher un coin… A Vasistas, ses sculptures proposeront un parcours inédit et coloré où, comme disait peu ou prou Lacan, il faudra mettre bas le regard devant la proposition de l'artiste. Les matériaux de l'urbanité, domptés, montrent un visage plus humain, à même de nous réconcilier avec eux.

Hamid Maghraoui s'est fait connaître grâce à des vidéos où un montage radical et répétitif bouleversait notre perception des informations télévisées. Aussi par ses photographies d'architectures urbaines que l'on dit " périphériques ", dont d'aucuns prétendent qu'elles sont inhumaines, dans un esprit proche de l'allemand Thomas Demand. Il sait au besoin détourner à d'autres fins l'usage d'une antenne parabolique. Toutefois c'est un travail inédit qu'il présentera à Vasistas : trois photos assez imposantes ou des cartons d'emballage au premier plan rivaliseront avec les tours de la ZUP se profilant dans le fond tandis qu'un tapis - volant - en fait une feuille de canson, tentera d'arpenter le ciel immaculé qui veille sur les barres et autres habitations à loyer modéré des cités de grande solitude. Le miracle est celui de la perspective et de la distance qui perturbe les échelles et confond les perceptions. Du coup on se rend compte qu'un trompe-l'œil nous fait supposer plus grand qu'il n'est l'assemblage cartonné, en fait de dimension modeste. Comme le carton est retourné tous les signes qui en animaient la surface disparaissent, donnant à ce matériau pauvre une sorte d'austérité polie ou pour tout dire racée. Quant à la feuille de canson, orange comme le soleil, verte comme la végétation ou jaune comme la flore, et surtout bleue comme le ciel bleu elle prend l'allure d'un fond d'atelier en plein air. Au-delà de son caractère photographique, cette œuvre relève bien de la sculpture (minimale à l'extrême, mais rappelant aussi les " architectones " de Malevich), de la peinture (monochromie du canson) de l'architecture (comment se réconcilier avec Le Corbusier et ses avatars), de l'installation… Certes, il s'agit de montrer que l'on peut regarder les périphéries urbaines autrement que comme des lieux de violence et de déshumanisation. Avec ses mises en scène d'objets, qui font penser à des boîtes à l'instar de celles des barres et tours où pourtant des gens vivent, Hamid Maghraoui sait mettre de l'humour là où certains ne mettent que de la gravité et de la condescendance humiliante (d'autant que le carton est de dernier logement des exclus des mégapoles internationales). Normal dès lors que sa production soit reconnue à sa juste valeur et qu'il fasse de ses emballages vides, carton plein. BTN

Jusqu'au 9 juillet, Vasistas, 37 avenue Buisson-Bertrand 34090 Montpellier 0467524737

RENCONTRE N°25 LA VIGIE (NIMES) Certes chacune des expositions à la Vigie permet aux artistes de concevoir des œuvres en fonction de la spécificité d'un lieu d'accueil. Ce sera encore plus évident avec l'invitation faite à trois artistes dont le travail semble adapté à une telle gageure. Tout d'abord Max Charvolen, que l'on a pu voir récemment chez AL/MA, l'aîné du trio et qui aura le redoutable privilège de mettre en exergue la cage d'escalier, lieu généralement voué au passage. Seulement ses toiles découpées et colorées seront montrées dans les pièces réservées aux expositions, ce qui augure d'un effet sans doute spectaculaire. Les morceaux de toile libre taillés sur mesure par Charvolen sont le fruit d'un processus d'élaboration engendré dans un autre lieu ou dans un endroit caché, habituellement non pris en considération dans l'endroit même où il expose. Ainsi son travail repose-t-il sur la mémoire mais aussi sur le déplacement à la fois physique et mental. Il ne se pose pas de problème d'inspiration puisque chaque espace lui fournit des possibilités à foison. Il peut se passer d'atelier puisque il inverse les données du problème qui se pose à bien des peintres d'occuper pertinemment un espace avec des œuvres réalisées chez soi : chez lui c'est l'espace d'exposition qui impose au lieu son empreinte et favorise les conditions de la présentation murale finale. Et puis la mise à plat des morceaux de toiles découpées sur des éléments d'architecture réserve des surprises. La forme est parfaitement inédite et témoigne d'une émancipation certaine par rapport aux cadres traditionnels. Le lieu en devient tout autre pas seulement celui où il s'expose mais celui qu'on expose dans le détail. Ainsi une initiative matérialiste peut-elle à un résultat visuel débridé, de style baroque. Chaque pièce se compose de divers éléments différemment colorés (la comme ayant son timbre propre) qui au fond ne font de que reproduire la réalité dont elle s'origine. Ainsi s'agit-il d'une peinture ancrée dans le réel, même si son aspect visuel la fait pencher vers une apparente fantaisie. Le cutter après tout est aussi efficace que le pinceau. Les deux autres artistes, moins connus, ne sont pas en reste puisque Miguel-Manuel Molina laisse la matière picturale se répandre sur le sol, de telle sorte qu'en durcissant elle trouve une forme requise. Le tableau ainsi cède la place à ce qui le recouvre habituellement et qui s'offre un nouveau contenant ou support direct : le lieu où la peinture s'expose. Cet artiste qui nous vient d'Espagne et de Paris n'hésite pas à recouvrir les objets de notre environnement immédiat de matière en concoction. Il ajoutera donc la composante matière au travail fidèle à l'emploi du support toilé de Charvolen. Sans renier pour autant la peinture, les œuvres d'Olivier Soulerin font davantage intervenir l'architecture En tout cas certaines de ses pièces nous renvoient à un énorme bricolage - activité du temps des loisirs - où apparaissent des matériaux familiers et des éléments qui rythment notre espace. Son installation à base de sphères maintenues par des câbles en particulier devrait montrer combien chaque lieu est modelable et réductible à la pensée de l'artiste. BTN Jusqu'au 23 juillet, La Vigie, 32 rue Clarisseau, 30000 Nîmes 0466217637

JEAN-LOUIS BEAUDONNET-Oddjborg Reinton GANGES-POUSSAN-(Hérault) LOS ANGELES (USA)

Qui n'a pas vu le travail de Beaudonnet depuis de nombreuses années pourrait s'imaginer qu'il peint en dernier surréaliste lorgnant vers l'hyperréalisme, comme il le fit jadis, à la fin des années 70, ou qu'il est resté fidèle à la thématique de la porte, en volume ou en peinture, que Michel Butor était venu, à la fin des années 80 célébrer du côté du château d'O. Plus récemment, il est revenu au tableau d'abord avec des séries d'écorces d'arbres formant comme une forêt de plans inextricables. Enfin, après plusieurs voyages en Scandinavie où il expose régulièrement, il s'est laissé tenter par un paysage austère et peu peuplé, l'un des derniers peut-être où l'homme las des villes pourrait trouver refuge. Beaudonnet retrouve alors le plaisir des effets de matière qui caractérisaient ses toutes premières productions, très marquées par la dynamique gestuelle de la deuxième génération surréaliste (Matta…). Sauf que tout à présent est plus statique, figé dans une superbe intemporalité, peut-être dans une inquiétante étrangeté. Le ciel est rare, les falaises ou éléments montagneux, en fait les reliefs, occupent le premier plan si bien qu'on se plaît à lire dans ses tableaux la métaphore d'une certaine peinture même : il lui faut beaucoup œuvrer, échafauder et étoffer pour qu'enfin elle ait des chances de rejoindre ce havre de sérénité qui se situe tout en haut du tableau, celui à partir duquel dominer le monde c'est-à-dire le contempler avec détachement. Toutefois, il ne faudrait pas faire du peintre un artiste trop enclin à la recherche d'une spiritualité ou d'une transcendance objectivée. C'est à l'intérieur du tableau, à sa surface que se règlent les conflits, les tensions et les relations ambivalentes. Du duel entre terre et ciel - le soleil en ces régions est si rare- on ne retient que l'idée d'accouplement, que ne marque que trop cette entaille, ou faille, ou allusion pubienne que produisent les chevauchements de deux reliefs. Ainsi c'est à une véritable recherche des sources du vivant que se livre dans ses paysages nordiques J.L. Beaudonnet, une quête des premiers ébranlements terrestres, stipulant la révolte des titans, ce dont nous parlent si bien les mythes. Car sous la glace du calme apparent peuvent se réveiller des volcans voués à l'énergie pure. Oddjborg Reinton peint de plus en plus des bustes d'animaux, notamment des gorilles en tant qu'ils représentent une race en voie de disparition. En fait elle part d'images qu'elle travaille en fondant de plus en plus la figure dans son environnement de matière colorée. C'est que la peinture également est une espèce en voie de disparition, et le peintre un être à préserver. Les tons sont plutôt sombres, l'artiste n'hésitant pas à jouer sur un fond noir nimbant la figure à peine plus claire. Le but recherché ne semble pas pourtant de susciter en priorité l'émotion de type écologique. Ces animaux virtuels semblent nous interpeller sur le mystère de l'être au monde. Ils sont des moyens indirects de parler de nous. Ils ironisent sans doute également sur le genre même, historique, du portrait et de l'autoportrait. Ils nous regardent avec un regard familier et nous forcent à nous poser la question de ce que nous révèle la peinture, sur nous-même, sur les autres et sur ce qui fonde l'humain. Au demeurant des formes abstraites ressemblent à des bulles de B.D. à partir desquelles pourrait s'engager la communication. A ses animaux qui tendent vers l'humain ne ma,que en fait que la parole. Dans les petits formats récents les singes ne nous tendent-ils pas un miroir ? Lequel a dès lors copié l'autre, du singe ou de l'homme ? Si bien que l'on ne sait plus lequel des deux est le singe qu'on pense.BTN

Du 24 juin au 10 juillet pour JLB, et du 15 au 31 juillet pour O. Reinton Le Petit Temple, Plan de l'Ormeau 34190 GANGES ( 04 67 73 15 62 ). Du 23-8 au 11-9, pour JLB et du 16-9 au 4-11 pour O. Reinton, à Poussan (34) , Foyer des Campagnes, ( 04 67 78 39 74 ). Art and Impression, 9007 Melrose avenue, West Hollywood CA 90069 LOS ANGELES : 310 848 5984 (automne 2005)

ANNE MARIE PECHEUR GALERIE AL/MA (MONTPELLIER) Après Fauchier, Autard, Charvolen, ALMA nous propose une autre peintre, marseillaise, dont le travail n'a pas toujours été considéré à sa juste valeur. Ses tableaux et huiles sur papier s'articulent depuis quelques temps déjà autour de formes difficiles à identifier, fonctionnant le plus souvent en paires, et qui oscillent entre le végétal, l'organique voir l'anthropomorphe traité avec fantaisie. La forme sert de toute façon de prétexte à l'artiste pour traiter de la transformation qu'opère la couleur sur la surface à peindre si bien que l'on peut dire que tout motif est chez elle comme la métaphore de l'acte même de peindre en tant qu'il force à la métamorphose. Les formes sont à cet égard d'une souplesse et d'un dynamisme jubilatoires, comme si les motifs dansaient de joie, du fait même d'être extirpés du néant afin de flotter sur la surface peinte. C'est donc une sorte d'hymne à la vie, dans ses efflorescences comme dans sa virtuosité végétative et chromatique, à quoi nous convie l'œuvre d'Anne-Marie Pêcheur. Elle est vouée au mouvement, à l'instar d'une peinture dont le recours au geste élémentaire reste un présupposé. BTN Jusqu'au 9 juillet. AL/MA, 35, rue de la Valfère 34000 Montpellier 0467604803

LA NOUVELLE PEINTURE ALLEMANDE CARRE D'ART (NIMES) Voilà une exposition consensuelle. Les amateurs de peinture auront de quoi apporter de l'eau à leur moulin ; le milieu branché sait déjà que les fresques murales et les tableaux centripètes, véritables explosion de formes et couleurs, de Franz Ackermann, la proliférante imagerie populaire de Michel Majerus (décédé en 2002 à 35 ans à peine), les créatures étranges solorisées par Daniel Richter ou les puissantes compositions saturées de textes et images de Jonathan Meese (on pense au mur de Berlin investi par les artistes) n'ont eu aucun mal à s'imposer sur le plan de l'art international. Sans parler des deux véritables " stars " de cette sélection que sont devenues le regretté Martin Kippenberger (dont l'œuvre est d'une extraordinaire variété formelle et iconique, du Christ aux architectures peintes, en passant par des travaux sur latex ou des supports au noir, inclassables) ou Albert Oehlen, notamment depuis qu'il s'est mis à recourir aux collages générés par ordinateur. De tout cela il ressort que l'Allemagne, et notamment Berlin, est en train de devenir le pôle incontesté d'une Europe artistique en laquelle la France fait plutôt pâle figure (ce qui n'est pas toujours justifié) dès lors que l'on regarde les "au-dessous des cinquante ans révolus ". D'autant que les capitales régionales ne sont pas en reste qu'il s'agisse de Dresde, Leipzig (bref l'ancienne RDA), de Hambourg, de Munich, Hanovre qui fournissent des artistes ou lieux branchés, ou des villes dont nous sentons plus proches telles Stuttgart et Francfort. Mais au-delà de ces peintres incontournables et déjà reconnus, cette exposition est l'occasion de montrer que la nouvelle peinture allemande ne se limite pas aux derniers avatars de la génération des nouveaux fauves, représentée ici par Werner Buttner. On y trouve en effet un peu de tout, du " conceptuel libre " de Johannes Wohnseifer aux dessins éblouissants de Ralf Ziergovel, véritable jardins des supplices d'un dynamisme impressionnant en passant par le néo-expressionnisme lorgnant vers l'abstrait d'André Butzer, sans doute la plus belle toile de cette exposition (et qui peut rappeler Bordarier, la figure émergeante en plus). La figuration est dominante mais s'exprime de diverses manières : elle est voilée, féérique et comme revendiquant son droit à montrer l'inexistant chez Valérie Fabre (et ses triptyques fabuleux dans une débauche de végétation colorée), plutôt hyperréaliste chez Tim Eitel ce qui n'exclut pas une rigueur de construction et le recours à la mise en abyme puisqu'il s'inspire du milieu de l'art, plus ambiguë chez Eberhard Havekost dont l'échafaudage gris sur fond gris nous interpelle sur l'identité de ce que nous regardons, tandis que Markus Seig imprime sur Toile des scènes fantastiques élaborées sur ordinateur. En fait il faudrait citer les dix-huit artistes, tous nés après 1953 et avant 1975 : je n'évoquerai pourtant que Dirk Skreber dont la toile striée d'horizontales faites dans la matière même renvoie au statut de la peinture comme acte terroriste d'explosion des carcans réducteurs, ainsi que sa ferme inondée, noyée par la peinture car l'Allemagne n'étant pas la France, elle n'a pas attendu pour continuer à peindre qu'on lui en donne les autorisations officielles. Une exposition immanquable en tout cas et qui montre que l'Europe a sa carte à jouer entre un extrême orient qui se réveille et un nouveau monde qui n'en finit plus d'imposer ses lois. BTN

Jusqu'au 18 septembre, carré d'art, place de la maison carrée 30000 Nîmes 0466763570