Je dédie ce poème à mon ami Marcel Séguier qui vient de décéder. Ce 7 juin 2017.

Il m'a été commandé par JPM des E Rivières. A paraître avec illustrations de Valérie Causaz.

 

 

CHAMPS DE RUINES                                                                  

              
Gratter puisqu’il faut gratter gratter jusqu’à plus d’ongles gratter à pleine mains
Gratter la terre c’est sur elle que nous reposons lui faire un immense trou qui devienne un abime
A la recherche de mémoire en quête de l’objet perdu dans l’attente d’une espérance

D’une perle égarée en plein exil barbare
D’une boucle martyre aux colères stériles
D’une carte éloignée de contours effacée

Creuser puisqu’il faudra creuser creuser jusqu’à plus soif creuser de tous ses bras
Creuser la tombe c’est elle qui nous rafraîchit de ses odeurs sereines creuser vers le cœur de  tout vide
Et savoir s’en souvenir connaître le fin mot de la conscience dans l’espoir d’une ultime attente

J’ai dû la perdre tout en marchant
Mais qu’avais-tu donc fait qui mette en cet état
Y aller certes mais sait-on jamais où

Oublier puisqu’il est dans l’ordre des choses d’oublier jusqu’à ne plus cerner le sens de l’oubli même
Oublier le monde c’est sur lui que nous nous appuyons pour ne point céder aux vertiges de l’absence
Jusqu’à en perdre la tête qu’elle rejoigne l’univers qu’elle trouble de sa présence pensante

Sans doute j’en avais une mais quoi
La rage me tourmente et ne sais contre qui
Quelle contrée déjà tout cela est si loin

Effacer tant qu’il reste à effacer les choses à effacer les têtes à effacer les mondes à effacer
Effacer les mots c’est le privilège de l’écrire effacer ce qui tend à se vouloir poème
Pour ne plus rien avoir à dire pour ne plus rien avoir pour ne plus rien pour ne plus

Efface
Effaçons
Effacé

 

 

 

Voici la version première d ece texte :

                                                                          DEBRIS

Gratter
Gratter la terre
A la recherche de mémoire

D’une perle perdue en plein exil barbare
D’une boucle martyre aux colères stériles
D’une carte éloignée de contours effacée

Creuser
Creuser la tombe
Et savoir s’en souvenir

J’ai dû la perdre tout en marchant
Mais qu’avais-tu donc fait qui me mette en cet état
Y aller certes mais sait-on jamais où

Oublier
Oublier le monde
Jusqu’à en perdre la tête

Sans doute j’en avais une mais quoi
La rage me tourmente et et ne sais contre qui
Quelle contrée déjà tout cela est si loin

Effacer
Effacer les mots
Pour ne plus rien avoir à dire

Efface
Effaçons
Effacé