Le LAC de Sigean nous a habitués à des expositions surprenantes, servies par un espace privé hors du commun. Pour ce printemps ce sont deux frères venus d'Ecosse habitant l'un en Angleterre l'autre à New-York, amoureux des Pyrénées ariégeoises où ils résident, qui auront la lourde mission d'habiter l'espace. Du 6 Avril au 2 mai.

THE KÖTTING BROTHERS

BROTHER ANDREW

Les frères Kötting travaillent sur les rapports que nous entretenons avec notre environnement. Pour Andrew notamment, il s'agit de la Terre, dans sa rudesse et sa saleté, dont nos sociétés urbaines, aseptisées, refoulent le caractère élémentaire, viscéral, inhumain de prime abord.. Reconnu en tant que cinéaste notamment pour son film Gallivant, Andrew a beaucoup pratiqué dans les années 80, les performances et des expériences corporelles. Un bain de boue dans "La Terre" était donc un sujet de choix pour cet artiste qui vient de réaliser une adaptation du livre de Zola, "Cette sale Terre". Tournées au fin fond du Yorkshire, les images, projetées en vidéo, devraient placer les spectateurs, conviés à se déplacer d'un moniteur à l'autre, dans un état étrange lié à la volonté filmique de montrer la splendeur de l'horrible, la beauté de l'affreux, l'ambivalence foncière, faite de fascination et de répulsion qui lie l'humain à la bestialité. Des chants plaintifs formeront l'environnement sonore, Andrew aimant à manipuler les bandes sons et à les traiter en décalage avec l'image. "This filthy earth" relate l'histoire, tragique, de deux sœurs en butte à la brutalité du milieu rural, incarnée par deux hommes, mais à qui un étranger - serait-ce le représentant de l'artiste ? - offre une échappatoire. On y voit des images très fortes, rudimentaires. C'est assez dire combien Andrew semble désireux de montrer les sous bassements de notre monde civilisé. Car le milieu rural dont il s'inspire n'est pas seulement en dehors des villes, décalé dans l'espace et le temps. Il est également au cœur de l'homme moderne dont toutes les violences, toutes les pulsions primaires ou tout simplement les besoins physiologiques constituent les avatars.

BROTHER JOEY

Joey travaille plutôt le paysage dans sa matérialité terrestre, les montagnes pyrénéennes en particulier. La pâte claire qu'il utilise dans ses glacis leur fait acquérir la luminosité, quasi abstraite, qui les rend impalpables, le contraire de la représentation que nous nous en faisons. De surcroît l'identification ne se fait pas tout de go. Entre l'image et nous s'impose l'écran de la matière qui renvoie l'image à son artificialité. Car l'image n'existe pas comme telle mais grâce à la matière bien réelle qui lui prête vie. A côté de ces peintures Joey présentera une vidéo du tournage du film de son frère ainsi que des images le représentant, lui, l'artiste, un châssis sur l'épaule, marchant ou voyageant. N'est-ce pas signifier que l'artiste est partout chez lui, que tout paysage est potentiellement intégrable à l'œuvre d'art et que l'artiste sait faire flèche de tout bois ? Mais aussi que l'important c'est la démarche ? Pour Joey, qui agit ici en parasite terraqué, il s'agit de donner de la terre une autre vision plus dépouillée, poussée jusqu'au minimal. Une image de la boue, est-ce encore de la boue ? Toujours est-il que la conception d'une esthétique de l'idylle bocagère se voit battue en brèche. Mais qui ne sait que l'homme est fait de boue. C'est même inscrit dans le nom du premier d'entre eux. Au-delà de la valeur respective de l'œuvre des deux frères, on s'intéressera à leur confrontation en un même espace d'autant que cette exposition sera conçue comme une installation multidisciplinaire, Andrew n'hésitant pas à suspendre les vêtements des acteurs à des crocs de boucher (à la campagne, on tue le cochon) comme pour donner le ton à cette plongée dans nos territoires intimes. L'association de deux frères n'est-elle pas, comme l'union de la terre d'où nous venons et de l'humain qui y retournera, une question d'osmose ? Tout comme sont en osmose deux des emblèmes de ces réalisations : le cochon et de l'arbre. Suspendue, la bête s'y trouve en quelque sorte glorifiée. C'est bien qu'il s'agit de tirer de l'abject, l'admirable. BTN