Ceci est une ébauche d'un recueil conçu comme une production en cours, totalement inédit. Il est voué à de profondes modifications. Je ne le mets sur ce site que pour garder une trace des premiers jets.                             

  

BERNARD TEULON-NOUAILLES

 

 

ETLESMOTSPOURLEDIRE

 

 

 

POEME

« Nous fûmes deux je le maintiens »


 

Le regard

Se dire que dès l’origine
Rien ne se concevait
Que du pourvoir à l’infini
Méandres sinueux d’une écriture sans fin

Que l’œil n’eût accroché que des formes sans nom
Qui n’auraient pas le nom de forme
Qui n’étaient même pas des formes
Mais de probables noms comme en devoir

C’est ainsi que l’on voit les choses
Au sortir d’un sommeil lourd
Ou face à la mer l’herbe des prés les feux de la nuit légère
Que l’on désigne si faux que nul ne saurait dire

Le regard qui ne sait dire
Il ne sait tant que désigner
D’un doigt muet comme il se doit
Ce que l’écrit ne saurait dire

On peut toujours scruter fouiller partir en quête
Rien ne saurait du bout des langues
Dire les rêveries du bois qui sert à table
Ou les lignes étroites bordant les cyprès

Sur l’absence

La grande affaire
Que ce qui nomme
Nous prive à jamais
De ce qui est

En l’absolu de tout écrit
Pointent des éclairs sourds
Cri des cailloux taciturnes
Râle du vent qui s’assoupit

Mais dans quelle infinitude
Situer les feux de chaume sec
Longs soupirs du solitaire
Au visage dévoré de mots

A chacun son abîme
Bouche de souffles avides
Affamée d’univers béants
Ou longs étouffements sans terme

Sans elle point de manques à gagner
Partant plus de désirs en pure perte
Aucun essor vers la requête
Et foin de fèves aux retours
Du phénomène

Ce qu’on attend
Qui s’inscrit noir sur blanc
Silhouette dans le brouillard d’hiver
Jamais ce qu’on présumait

Une question inquiète
Qui surgit des fonds du temps
Une douleur secrète
Qui se brise en rugissant

Un souvenir enfoui
Soleil terrassant les nuages
Comme un écho chu du volcan
Masse de glaise qu’on façonne

Une alliance de contraires
Franche caresse de dard
Une saveur mélodique
Au frais regard de rose

Parfois rien que le rien
Qui vise à dire telle chose
Feu qui couve sous la glace
Sombre creux du mystérieux

La pellicule

Avec elle le dire (comment dire)
Se met à lire (comment taire)
Un territoire se profile
Pour assurer ses avances

Mais le sol se dérobe
Sur les sentes du cratère
Le voile vif est déchiré
Sur les traits de l’écorché

Craie de pierre sur la pierre
Poudre d’anges sur les étangs
Traces de givre sur la fenêtre
A l’instar d’un trop humain néant

Dieu sait si elle résiste
Et pérennise le miroir
Au point du jour
Quand s’élance l’alouette

Pendant que le chasseur
Plus désireux de nombre
Que d’unité première
La couche sur l’herbe des nuits

Blanche

L’approcher c’est faillir
Sommet qui se dérobe
Quand le marcheur égaré
Étreint la neige durcie

L’ignorer c’est non sens
Qui n’aspire à ce lieu suprême
Borne au vertige des cimes
Gouffre aux abords d’épineux

L’atteindre c’est pure chimère
On y fait corps avec le lire
Neige qui tombe au creux des doigts
Ou qui s’infiltre au mieux des mains

L’atteindre c’est l’impossible
Regard insensé sur la Gorgone
Reliefs  de la soif défendue
Retour pérenne à  rien la vie

L’atteindre comme on n’y voit plus
S’en approcher  L’approcher seulement
Mais la forcer en simulacre
Et noir sur blanc enfin la teindre

S’affaisse

Ce qui s’écrit
Ce cri tendu
Cette parole
Qui dégringole

Le poème est cette candeur
Qui brûle
Mais quelle erreur que ce silence
Qui tombe

Pris de vertige
L’homme-Icare
Précipite sa chute
Inéluctable

Le condamné
Juste avant le coup fatal
Sur ses deux jambes
Défaille

La statue antique
La tour mythique
L’indéboulonnable
Tout se brise quelque jour

L’œil je

Le grand banni
Du pêcheur d’éponge
Le degré personne
Des vocations blanches

Le définir
L’inconcevable serait tel
Rumeur d’agonisant
Râle de jeune insensé

Le défier
Comme on tue le regard
Gémissement d’aveugle
Errant sur les voies du tragique

Dire qu’il fut souverain
Un bâtisseur d’empire
Tâche aveugle mal bâtie
Sur du sable se mouvant

Prohibées les études
Qui cherchent en vain leur source
Passeport pour les enfers
Vain mirage du réveil

A la limite

Qui  ne saurait intégrer
La quadrature du miroir
Même agrandi
Plus petit

Qui a perdu la forme
L’a-t-il jamais connue
Puissance de la bise des cimes
Douceur de la brise des blés

On le dit sujet
Mais ne serait-il qu’objets
Tel que perçus par d’autres
Sujets Eux-mêmes ces objets

Où commence l’altitude
Là où s’achèverait la mer
A quand remonte l’être
Pile là où la mer s’efface

Au bord du gouffre
Les mots remontent
Et le gouffre avec eux
Qui se remonte en mot

Un autre qui serait

L’inverse ne s’entend pas
Qui plonge aux tréfonds abyssaux
Où la peur se délite
Abîme noir de l’après-verbal

Celui qu’on ne connaît pas
Qui se connaît si bien tout seul
L’inconnu retrouvé
L’absolu qui cogne au mur

Autant dire sur l’espace
Fût-il en simple devenir
Sans le chiffre et sans le nombre
Réduit en lettres dérisoires

Ni sujet ni même objet
Figure neutre de l’informe
Sans contours décisifs
Sans consistance propre

Mais de qui peut-il s’agir
Du vaste monde qui s’incarne
Ou d’une illusion d’être
Qui frappe au tain des deux miroirs

Avant l’écriture

Tout était écrit
Si tout reste à écrire
Le muet recouvre ses droits
Le néant ses distances

L’innommé s’apprête
Mais n’a nul droit de cité
Langue comme au repos
Défaillance du bord des lèvres

Signes avant-coureurs de l’orage
Que l’âge seul sait décrypter
Ou le long usage
De l’éternité

Au commencement le commencement
En ce nom de nom
Insigne effort du manque
Cris des patiences en souffrance

Comme l’absence augure la présence
La présence de l’absence
Le néant s’est chargé
De l’écriture du monde

Une écriture

Elle attend son temps
L’unique digitale
La fleur aimantée
Que l’on distingue entre mille

Elle s’inscrit en creux
Dans les replis d’obscures cavernes
Larve promise aux plus hauts gestes
Pollen en quête d’un calice

Dans le dédale du pré
Choisir le brin qui germe
Haleine d’une herbe folle
Croyance en un cycle de vie

Peut-être une dite antérieure
Avec des moules bien fondés
Un songe qui s’accomplit
Avec ses contours d’à peu près

Une empreinte sur un mur
Une paroi  rupestre
Magnétique
Sensible

Le sexe de la mort

La répulsion qui fascine
Le désir du scorpion
L’apaisement fatal
Ô fille-mère

Le poison qui guérit
La terreur qu’on vénère
La sorcière chérie
Ô les amours sinistres

Le manque à gagner
Tant de temps à tout perdre
Tout ce néant sous la dent
Ô piètre dérision

Le démon qui séduit
Le nombre qui appelle
Le souvenir qui abrège
Que de leurres dits follets

Au faîte de la gloire
Se lancer du  ponton
Au bout du bout des connaissances
Goûter les saveurs du vallon

A son image

C’est la fuite en avant
La course échevelée
A l’encontre d’écrans
Qui cèlent la vérité

Mais la vérité
Puits d’étoiles dans le seau
A oublié sa nudité
Sous les crêpes des oiseaux

Qui saura si se prouve
La vérité des vérités
Chacun sait qu’elle est liée
A la foi qui s’anime sans doute

Or la question se pose
Du point de vue de la vache à trains
Et du mot même de vérité
La vérité des mots pour dire

Comme nul ne l’atteindra jamais
Sinon à se bercer de leurres
Laisser passer les images
Plates fumées le long d’un mur

Une autre mort que celle aussi

Celle qu’on écrit
Faute de la vivre
Celle que l’on signe
Faute de mourir

Celle que l’on lit
Parce qu’il faut bien vivre
Celle que l’on rit
Puisqu’il vaut mieux en rire

Celle qu’on porte en soi
Dès lors qu’on s’est vu naître
Titan meurtri par le vautour
Bouseux qui souffre de savoir

Celle qu’on éluderait
Si l’éluder se pouvait être
Mais qui rend tout si vain
Qu’à jamais on ne saurait dire

Celle qu’on garde en point de mire
Comme on sublime l’horizon
Prétexte à illusions
Qui  fixe en nous ses parenthèses

(Parenthèses)

(Volonté déviée vers
Si la vie
Mais
Faible

Ou vers
Si la mort
Plus la pellicule
De M.

Ou
La fausse mort
Du souvenir
- je parle ! –

On
Ouvrirait bien
Des parenthèses
Jusque dans l’infini

Mais pour quoi faire
Dieu de Dieu
Pour quoi faire
Et Pourquoi )

Et voyeurie du dernier XXXteur

Entre voirie
Et voyeurisme
Ce regard jeté
Sur le trottoir des mots

En quête d’un accord
D’un geste inutile même
D’un sourire quelquefois
D’une vie comme à l’extrême

Chercher l’objet
De sa recherche
En espérant
Ne point trouver

Besoin de voir
Besoin de dire
Besoin de dire le revoir
Et l’au revoir

Il est désolant
De ne jamais savoir
Le nom du nom
Du dernier XXXteur

De l’avant-dernier vide

Au bord du vide
Se tient le dit
Lui-même vide
De son non-dit

Celui qui dit
Se vide
Surtout s’il dit
Le vide

Celui qui vit
Est vide
Dont il se plaint
Avide

Vertige
Du vide
Terreur
Terrible

Fasciné
De vide
Effondré
A vide

Aveuglé par la grâce

J’ai dit le vide
Et je pense A Dieu
Qui se confine
Dans le vide

Et c’est ce vide
Qui aveugle
Le vide attire
Les aveugles

Le Vide de Dieu
Vide l’homme
De son trop plein
De vide avide

Le Dieu du vide
Dévie l’homme
De son trop plein
De vie à vie

De vie de vide
Comme un Dieu dévie
Comme un Dieu sans vie
Sans envie de dire

Derrière son anéantissement

S’effacer
Comme on dit
Comme on vit
Comme on nie

Disparaître
Sur la feuille
Célébrer
Cet aveu

Souffler
La bougie
L’étincelle
La nuit même

Dire au néant
D’être
Pour que l’être
S’abolisse

S’abîmer
Une seconde
La seconde
Ultime à d…

 

Rupture déjà facile

Au point final
Ne plus rien dire
Ne savoir que dire
Ne savoir dire

Attendre
S’indisposer du temps
Ce temps
Qui nous reste à dire

Mais dire le temps
N’est plus que le dire
A dire qu‘il nous reste
Du temps

Laisser la parole au temps
Qu’il nous reste à dire
Et dire au dire
Qu’il est grand temps

Ne plus attendre
Que le temps du temps
Et briser-là
Le dit du dire

Que dénier cet accord

La musique de l’homme
Ses nerfs et son sang
Le grand chef tout là-haut
Nous fûmes deux Et qui s’en va

La symphonie de chair
Inachevée
Comme est tout sexe
Une misère

Les mains de la mesure
Au rythme de l’air
Et le désert
Sans fin en point de mire

Les pieds qui trépignent
Le cœur qui chamade
La langue qui bout
La mort qui s’exprime

Le point Je
Avec son accent circonflexe
Sur sa ligne de fuite
Au timbre aveugle des éclats
Balbutiements blancs

Lui réserver le crédit
De qui l’a déniée
De l’avoir vénérée
Comme on tue aux carrefours

L’agonir
D’indulgence
A la pensée
De ses dessous

La reconnaître
Pour ce qu’elle est
Une autre qui s’écrit
Fumée qui s’échappe

Des mots à peine des phrases
Le moins du dire si possible
Même pour rien
Pour rien ne dire

Le peu qui reste à dire
Sur ce mode-là
Mais de ce peu qui perdure
Jusque dans l’au-delà

Renvois imprimés

Le corps à l’abîme des lèvres
Sans la pensée qui s’incarne
Sur un semblant de son
Se donne un peu d’air

Mais l’air devient visible
Vague de vent dans les voiles
Bosses mouvantes sur le drap tendu
Ondulations éphémères

L’air est libre de se poser
Etourneau sur le fil électrique
Volatile musique
Notes sur la portée

L’air est libre de sa forme
Quelque signe à déchiffrer
Quelque chiffre à désigner
Quelque friche à résigner

Et l’air est libre de ses notes
D’autres airs à siffloter
Il cloue sa trace en la portée
Mélodie qui soudain s’envole

Mormorythmes

La mort travaille au ventre
Comme une vipère timide
Elle avance à la crabe
Et ronge les mots à blanc

Ne pas trop l’éventer
Ne point trop s’exprimer
Laisser la mort œuvrer
Dans sa cadence osseuse

Savoir entendre son oreille
Savoir patienter le temps
Savoir savoir la science
S’ouvrir sur le volet clos

Laisser la parole aux viscères
Et placer la tête au nombril
Guerrier dans l’ultime terme
Héros errant au gré des îles

En matière de pensée
Passer le passé au crible
Creuser l’adresse des pionniers
Etlesmotspourledire

MESECRIT (JE LE MAINTIENS)

                               Le regard                       

Sur l’absence du phénomène
La pellicule
Blanche
S’affaisse

                               L’œil-je à la limite
Un autre qui serait
Avant l’écriture
Une écriture

                               Le sexe de  la mort à son image
Une autre mort que celle aussi
(Volonté déviée vers
Si la vie
Mais faible
Ou
Vers si la mort
Mais plus
La pellicule de
M…
Ou
La fausse mort du souvenir

  1. Je parle ! )

                               Et voyeurie du dernier lecteur
De l’avant-dernier vide
Aveuglé par la grâce
Derrière son anéantissement

                               Rupture déjà facile
Que dénigrer et renier cet accord

«JE » (à l’accent circonflexe)

Balbutiements blancs
Renvois imprimés
Mormorythmes