MARTINE ABALLEA, PIERRICK SORIN, LES ETABLIS… AU CRAC
Les vidéos et installations citadines de Pierrick Sorin Lille, Lyon, Galeries Lafayette à Paris, Nantes, la cité de Carcassonne transformée en fusée spatiale…) sont ce qui se fait de mieux en matière de burlesque et de réflexion sur les bases mêmes de la création. Le grand public raffole de ses commandes publiques, de leurs effets magiques produites par un miroir sans tain, dont l’artiste n’hésite pas à montrer les coulisses. On a ainsi l’illusion de voir l’artiste en modèle réduit raconter ses rêves en jouant divers rôles, ou recourir à des top-modèles affrontant les situations les plus inattendues. L’artiste a également confectionné des colonnes de téléviseurs fonctionnant comme des panneaux publicitaires rotatifs ou des machines à sous, aux symboles fruitiers et légumiers,  avec son visage au fond qui reçoit sur la tête des dizaines de savates censées traverser les écrans. Cette exposition au Crac sera donc une bonne occasion de découvrir cet artiste de premier plan. On y reverra la série des vidéos qui auront permis à Pierrick Sorin d’amorcer son essor vers une vie bien remplie, un « dommage » dégoulinant d’ironie à Buren, des dessins inédits et des photographies où, à son accoutumée, Sorino le magicien se dédouble et se met en scène, accompagnés de textes narratifs. C’est alerte, frais, bien dans la continuité de cette œuvre qui vient d’acquérir une nouvelle dimension depuis que l’artiste s’est fait dramaturge, sa pièce étant jouée au Théâtre des 13 vents. Mais ce qui signale le mieux, aux yeux du public, le travail de Sorin, ce sont ses « théâtres optiques » où l’artiste glisse sur un vinyle, plonge dans un aquarium, se livre à mille pitreries, aussi dramatiques que burlesques. Méliès et Buster Keaton. Dans une pièce centrale, une trentaine de téléviseurs, avec du son, de l’image, du mouvement, du comique qui n’exclut pas des réflexions plus profondes, devraient être le clou de cette installation bien remplie. Il était donc inattendu de confronter cette œuvre, haute en personnages, avec la production plus discrète, plus réservée, plus énigmatique de Martine Aballéa, et donc de voir comment ces deux univers pouvaient se voir confrontés. A la magie de l’un, Martine Aballéa appose sa touche de merveilleux. Et donc se rapproche aussi de l’univers de l’enfant, que séduit tant l’œuvre de Sorin. Au Crac, excluant les personnages, elle a conçu une maison mentale, telle qu’il nous arrive d’y rêver, durant l’enfance et après. Une maison plongée dans la pénombre, où les portes sont au ras du sol, les fenêtres suspendues dans l’espace, où les ombres créent d’étranges ouvertures lumineuses, sur les murs ou au sol, bref un espace qui se prête bien à une déambulation dans un univers onirique, avec des ouvertures vers un ailleurs végétal, un ailleurs qui nous rappelle aussi que nous sommes dans un port, lieu de tous les départs, de toutes les invitations au voyage. L’installation est construite en boucle. Des projections en fondu enchaîné d’escaliers et de couloirs, en négatif, se répondent d’un bout à l’autre du rez de chaussée, totalement remodelé. Le tout bercé par une musique country, pleine de mélancolie. En fait, cette proposition fait allusion à la « maison sans fin » de Sarah Winchester, qui fit remodeler jour et nuit la sienne, jusqu’à la fin de ses jours, se pensant victime d’une malédiction familiale. Une œuvre étonnante et qui pourrait faire date, dans la production de l’artiste comme du temps présent. Et une complémentarité insoupçonnée des deux artistes qui partent tous deux de la banalité du réel pour concevoir un univers étrange, de nous être justement par trop familier. L’un dans le pléthore, l’autre dans l’apparente discrétion.
A l’étage, les diplômés de l’école des Beaux-Arts de Montpellier. J’ai déjà dit combien je trouvais formidable cette initiative d’offrir à des anciens étudiants en voie « d’être ou ne pas être » des artistes confirmés, des espaces dignes des plus grands noms. Ils sont 19, dont certains se sont déjà fait remarquer : à Sérignan (Nicolas Kozerawski) ou chez Al/ma, actuellement et jusqu’au 25 février, (petits Lu géants de Sébastien Duranté ; -  au Crac avec des régurgitations de plombs fondus, posés au sol comme des cannes). J’ai noté la présence réconfortante du dessin, en net regain d’intérêt dans les écoles d’art, un wall drawing intelligent en forme de cercle noir irrégulier et une flaque de peinture blanche, renversée sciemment sur le sol. Une expo à ne pas rater, malheureusement trop courte. BTN