LES QUATRE ELEMENTS   
Je ne sais si le caractère insulaire du mode de vie nippon a une forte influence sur le caractère labile de leur esthétique mais j’ai comme l’impression que la proximité de l’eau pourrait expliquer la fascination de Véronique Agostini pour les techniques ancestrales issues du pays du soleil levant.
Il suffit, pour s’en convaincre, de considérer les titres de ses productions récentes, Néréides et Héléades, créatures mythiques relavant de l’univers aquatique, mais réalisées à partir d’encre flottante, selon les principes du Suminagashi.
Ainsi Véronique Agostini conjoint-elle deux cultures, l’occidentale et l’orientale, atour du trait d’union qui les rassemble : l’eau.
Un peu comme le paysage japonais ne peut se concevoir sans les mille et une vues du mont Fuji, plus modestement, l’artiste méditerranéenne vit sur un coin de terre au plus près des étangs, avec en perspective une forêt littorale, sur l’une des éminences qui rythment le bord de mer.
A-t-on besoin de chercher plus loin que l’ici et maintenant, que ce que l’on a en permanence à portée de regard, qui nous crève les yeux, à l’instar de ce soleil que Véronique Agostini évite de prendre en compte, ses toiles marouflées recourant plutôt à des couleurs grises et brunes, paradoxales pour une artiste du sud. Ne nous y bernons pas toutefois, si les couleurs se font particulièrement discrètes, il n’en est pas de même de la lumière, omniprésente sous forme de reflets, et surtout de la répétition régulière des formes rondes. Au soleil elle préfère d’ailleurs les nuages (D’où sa série de Néphélées).
L’importance du « hic et nunc » est d’autant plus essentielle dans ce travail que la particularité de l’encre flottante posée sur du papier est de réagir dans l’instantané, sans repentir possible, comme si le hasard devait nécessairement bien faire les choses. Mais à ce procédé des antipodes, Véronique Agostini conjugue la réflexion qui caractérise nos contrées, plus sensibles aux armes de la raison, et de la pérennisation de signes. C’est la raison pour laquelle on lui verra associer, à la technique de l’éphémère (de l’effet-mer) du Suminagashi, celle plus familière de l’estampe, qui s’inscrit davantage dans la prédétermination et le contrôle des effets.
Ainsi, à la manière d’un poète qui pratiquerait une écriture spontanée tout en conservant les grands principes de la prosodie, Véronique Agostini mêle-t-elle l’intemporalité de la gravure à l’imminence de l’encre flottante. C’est un peu comme si elle transportait un peu de Japon dans sa terre natale et adoptive. Un peu de souplesse et de fluidité dans nos techniques rigides.
Au demeurant, si l’eau et l’air sont sollicités, la terre n’est pas en reste : la quatrième série est en effet consacrée aux arbres sans doute de la forêt toute proche : il s’agit des Adryades. L’arbre, tout comme la plupart des végétaux, semble planté tout exprès pour fournir la nature en éléments décoratifs plus ou moins modelables. Matisse s’en est souvent souvenu. Véronique Agostini a retenu la leçon. D’autant que la surface st traitée comme un plan, à la manière au fond, d’une estampe japonaise (dont on sait l’influence qu’elle a eue sur Manet ou Van Gogh…).
Quant au feu, outre dans l’exploration de la lumière, il est dans l’énergie toujours reconduite qui anime l’artiste, soumise aux rythmes quotidiens qui régissent les travaux et les jours.
Si bien que c’est une sorte d’ode aux quatre éléments qu’incarnent ces peintures, et par là même à ce dont au fond nous sommes pétris. Il n’est guère étonnant dès lors que l’artiste et son environnement sensoriel soient en parfaite osmose. Ce dont cette œuvre rend compte avec finesse et dextérité.
Nous ne sommes, a fortiori l’artiste, que ce que nous regardons. Encore faut-il le toucher du doigt et se l’approprier.. BTN