IMAGES NOURRIES
I)
Des avenues dans la structure
Et des coupés dans la texture
Des immeubles dans la mâture
Tout un monde à l’envers

Des halls se glissent dans la scène
Parkings ou escaliers sans fin
Verrières mouillées de lumière
Et des buildings qui se délivrent

L’Empire roule sur la toile
D’élégants arcs en métal tout
Reflètent le bruit à l’entour
A portée d’intrépide main

Des plaques, vitres et des coffres
Et des portières et des capots
Infini trafic en trajet
Toujours avide mon essence

L’image nourrie de substance
Ainsi s’unissent les deux sœurs
L’une que l’on croyait mortelle
L’autre qui sut l’apprivoiser

 

 

II)
Une silhouette griffonne
Face à des arbres de béton
Et des chevaux de frise
Rêve urbain de verre et d’acier

Le fusain double les bolides
Qui sont au pas des solitudes
Ou qui roulent sur les désirs
Qui oublient le point d’évasion

La ville paraît trop grande
Ce n’est même plus une ville
C’est pourtant sa démesure
Qu’on doit faire entrer
Dans le carré de la tête

Une silhouette crayonne
A cœur du bruit et des couleurs
Et la fureur de la cité
S’en trouve noire de silence

Une autre qui écrit
Ce silence se creuse
Dans des lignes de fuite
En souffrance au final du point

 

III)

Autrefois les chevaux se cabraient
Sous des ciels d’innocence

Puis l’invisible est venu
Qui a tout emporté

Et les couleurs se sont mises à danser
Et les formes se sont mises à rêver

Dure s’est bâtie la matière
Épaisse sa saveur

Les chevaux d’autrefois ont conquis des cités
De terre battue
Balayées par les sirènes urbaines
Et les trépidations du présent

L’heure est au gris

Et l’écurie comprend tout un monde

 

 

IV)
Quand d’étranges cailloux planent au-dessus des rêves, c’est la panique assurée sur les voies de l’éden. Dans le parking de mort, le silence attend son heure. Dès le signal, les mouches ne voleront plus. Les ventres des voitures vrombiront de concert. D’aucuns étoufferont, pour accéder à la porte étroite. La route du paradis n’est pas si droite. Déjà les viaducs aux jambes de gazelle prennent leurs airs hautains. Ils se savent essentiels et en tirent une vanité fatale. Bientôt on les verra se prosterner, psalmodier leur acte de contrition. Le firmament s’assombrit au fur qu’il reçoit les primes intrusions. Les nouveaux occupants s’en partagent les sphères et confins. On a beau savoir que chacun sera pourvu, que toutes les places se valent, on n’est jamais si bien servi qu’en ayant choisi sa parcelle. Les soldats du ciel, clos sur eux-mêmes, observent sans intervenir. Rien ne leur est autant étranger que ces espérances trépides. La pierre est froide, sous sa rassurante rondeur. Il faut toujours se méfier du gris. Pas sûr qu’elle se soit aperçue de la pensée du dessous, qui grouille et s’acharne. Personne ne regrette encore la conviction de l’absence et les promesses du vide. La nature a horreur de se voir désertée.
Dans leur nouvelle demeure, les gens d’ici-bas, partis pour ne point en revenir, ne perdent rien pour attendre.

 

V)
Dans le rêve de la danse
Le rêve de la danse en couleurs
Les flaques de plage semblaient fluides
On eût dit que la terre suintait des humeurs sanguines
Et qu’il suffisait de s’humecter l’œil
Pour entrer dans la ronde y épouser l’essor
Mais la ville est venue qu’on bâtit sur du sable
Ses rues chargées de chair et ses immeubles ardents
Ses tonnes de béton, d’acier et puis de verre
Sans compter le carton où patientent les déchus
Et partout de quoi se rassasier la rétine
Alors l’image vient se nourrir de substance
Les autostrades filent dur pour berner le point de fuite
Les parkings se noient dans le miroir des cieux
Les grues et les ponts entrent dans le ballet
Et la cité devient une fille d’huile
Épaisse comme la foi qui préside à nos rêves

Ne lui manque alors que la parole pure