La nuit percée à jour (a priori pour André Pierre Arnal)

 

En valeur absolue
Garder à l’esprit
La conscience des limites
Plonger dans les ténèbres
De l’indifférencié
Sur l’axe qui relie les pôles

Ne pas se laisser effrayer
Par le deuil sans espoir
Par le silence sans avenir
Par la chute sans retour
Dans les abîmes sans fond
Du néant sans fin

Oublier la veuve colombe
Qui noie son chagrin
Dans les eaux profondes
Le long du chemin des vierges
Où reposent les hiéroglyphes
Du fleuve sacré

Ignorer la faucheuse
Qui déballe les illusions
Anéantit les apparences
Et déchire la terre stérile
Où dort en paix
La prudence du sable

Ne pas se laisser leurrer
Par les degrés gravis
Jusqu’au moiré minéral
Du stade suprême
Où la substance même
Se fait cosmique

Eviter du chaos les vertiges
Tout embaumé
De principe humide
Et qui n’espère nulle fleur
Sinon l’obscure
Humeur de mélancolie

Se protéger des abysses
Des gouffres océaniques
Tout à leur puissance
De taureau d’ébène
Et leur originelle opacité
Que l’on dit créatrice

Rejeter avec dédain
Les vertus de l’ignorance
A tramer de sombres desseins
Dans l’obscur souterrain
Où se perdirent tant de Mystes
Dans les rites immémoriaux

Ne point céder aux cavaliers
Qui abusaient de leurs balances
Les pieux génuflecteurs
Du grand cube de pierre
Et priver de son sang
La Grande mère monde

                *

Car l’œil s’habitue
Au fur que l’esprit s’éclaire
Et projette ses rayons
Sur la face cachée
De la parole qui délie
La lumière aurorale

Puis c’est midi plein de prestiges
Sur l’instant immobilisé
De l’ardente inspiration
Dans son face à face fixe
Avec la lampe en sa niche
Et ses huiles noyées d’étoiles

Or c’est ici le terme végétal
De l’ascension qui fortifie
Où Vénérable se sent l’âme
Illuminée tout comme un glaive
Ebloui de clarté subite
En l’euphorie qui l’épanouit