C’EST L’AMOUR A LA PLAGE A SERIGNAN
A Sérignan il est plus question de prime abord de plage  que d’amour mais la proposition semble plus sérieuse que la simple connotation festive et légère d’une chanson populaire pourrait le laisser supposer.  D’abord  parce que certaines propositions témoignent d’un regard affectueux porté sur des gens simples que l’on peut rencontrer sur les plages tant dans le présent (Véronique Boudier en vendeuse de chichis, les baigneurs de Pierre Ardouvin) que dans le passé (les nombreuses activités repérées par Céline Duval et qui témoignent d’un art de vivre la plage comme une épopée  sportive qui nous a échappée depuis qu’elle est devenue une rôtissoire bétonnée, sursaturée de chair  humaine). Ensuite parce que ce regard se pose aussi sur la beauté des éléments naturels qui la composent : ainsi des soleils monotones effeuillés par Jean-Claude Ruggirello dans sa vidéo internautique. Surtout dans ce coucher de soleil fait d’un  néon et d’une plaque de verre teinté adossé au mur, de Pierre Ardouvin, face à un bac à sable essaimé de fragments géométriques de  miroirs, fragiles édifices humains bâtis sur le sable de l’éternité comme une œuvre d’art qui relativise sa place dans l’univers. Mais également de manière plus grave encore, au rez de chaussée dans ces asphaltes prélevés en forme de tableaux de Wilfrid Amendra et qui contiennent les maquettes d’utopies bétonnées qui défigurent les anciens lieux naturels de  plaisirs balnéaires. Même propos semble-t-il dans une pièce plus architectonique posée au sol où  le verre réfléchissant et le béton dominent. Inversement on peut lire l’une des deux  toiles de Ida Tursic et Wilfried Mille, à parfois lire en trois D, comme une allusion pornographique au caractère physique de l’amour « plagié ». La sculpture suspendue à l’entrée  du  musée, de Laurent Perbos, en jouets gonflables est évidemment spectaculaire, mais ce sont surtout les tapis de bain de Nathalie Elemento, compartimentés et ténébreux qui retiennent l’attention, tout comme les fausses peaux de bananes, tongs posées à même le sol, et bretzels dorés, ou Vésuve mis en boîte du plus new-yorkais des dijonnais, Olivier Babin. La vague bleue en papier de Davide  Balula fait son petit effet et la dimension historique est assurée par Gérard Deschamps (voiles sans les planches ou ballons emballés) qui rappellent quels précurseurs furent les nouveaux réalistes et artistes niçois en matière d’objets détournés, il ya déjà plus de quarante ans. Les paysages froissés de Pierre Ardouvin s’inscrivent dans cette tradition, ces cartes postales découpées, combinées et rehaussées s’avérant des petits chefs d’œuvre de minutie et d’intelligence esthétique. N’ayant pas trop accroché aux pixellisations de Pierre Joseph, ni au grand tableau de Carlos Kusnir (inspiré par un panier de plage) j’évoquerai pour finir  la transposition visuelle des sons d’une partition concoctée par Angelica Detanico et Raphael Lain et qui évoque de façon virtuelle un paysage maritime. Il y a donc un peu de tout dans cette exposition, comme sur les plages d’ailleurs : de la fraîcheur (Tursic et Mille) et de l’élasticité (Duval) mais aussi de la mélancolie (Ardouvin encore) et de la philosophie ironique (l’Empédocle de Babin), une réflexion désenchantée sur notre environnement (Almendra). En règle générale un renouvellement des thèmes génériques inspirés par le motif (Ruggirello), avec en prime une attention particulière apportée aux êtres (Boudier) et aux objets (Elemento, Perbos, Deschamps). C’est en ce sens que l’on peut parler d’amour. BTN
Jusqu’au 23 octobre, Musée régional d’art contemporain L.R. 146 avenue de la plage ; 34410 Sérignan, 0467323305


STEPHANE PENCRAC’H A ACMDCDM (PO)
Si une expo porte bien son titre c’est bien celle-là. « Tempestad » renvoie entre autres à des  références incontournables de notre patrimoine culturel, telle la pièce de Shakespeare où Ariel et Caliban s’affrontent (deux tableaux leur sont consacrés) mais aussi le Radeau de la méduse et probablement  les encres de Victor Hugo, l’auteur des Travailleurs de la mer et de ses fameux monstres marins. A la mythologie antique aussi bien sûr (la Gorgone) mais traitée à la manière shakespearienne, sans  tabous ni complexes. Car c’est toute la singularité de Stéphane Pencréac’h que d’oser franchir les portes du bon goût, du respect  iconique et des règles de l’art. La surface du tableau n’est pour lui qu’un plan parmi d’autres. Il est tout à fait capable d’entailler la toile ou de la marteler au besoin, de même qu’il n’hésite pas à y intégrer des éléments extérieur,  tels des morceaux, des membres, des monceaux de mannequins peints. Il se représente d’ailleurs lui-même avec une jambe de mannequin sur sa palette. C’est assez dire si Pencréac’h perturbe  la conception par trop sage et rassurante que nous nous faisons en général de la peinture, de ses codes et de ses motifs. Le vide, le relief sont des éléments qui fonctionnent à part entière dans l’élaboration du tableau. Au demeurant certains objets finissent par se découvrir une autonomie et fonctionnent comme de véritables sculptures agencées de pièces multiples auxquelles la peinture apporte son unité et le lien thématique sa cohérence. L’espace assez volumineux et multifonctionnel de  ce  centre d’art contemporain favorise un tel étalage d’exubérance maîtrisée et de virtuosité, Pencréac’h réalisant même une fresque  neptunienne et orgiaque sur place). Sans doute  faut-il beaucoup de courage et de ténacité pour  résister à ces tempêtes multiples qui emportent  régulièrement  la peinture vers les abimes d’une mort  annoncée et c’est sans doute le propos principal de l’œuvre de Pencréac’h même si l’on peut y adjoindre des tourments personnels et une vision pessimiste du sort voué à notre Humanité. A travers les mannequins ce sont en effet les hommes qui sont ballottés au gré des vicissitudes de l’Histoire, et de l’Histoire de la Peinture tout aussi bien. Car le voyage de la vie, tout comme celui de l’art, n’a rien d’un fleuve tranquille. Il a l’étendue, les contours mouvants, le caractère ondoyant et divers de l’océan en furie ou de la mer déchaînée. C’est cet aspect  baroque que l’on retrouve dans les excès de Pencréac’h pour qui la vie est lutte, violence, sexualité et mort. Et tout le reste est vanité, ce que montrent avec évidence certaines de ses peintures où apparaît un crâne. Signalons enfin la virulence du geste coloré en accord avec le thème plus subi que choisi de la tempête, et qui pour cela même émeut. BTN
Jusqu’au 2 octobre, ACMDCDM, 3, avenue de Grande Bretagne, 66000 Perpignan, 0468341435

CHEVAL DE BATAILLE A SALSES LE CHÂTEAU (PO)
Les expositions d’été de la forteresse militaire de Salses sont toujours un événement car elles n’ont en règle générale rien d’artificiel et c’est rendre ainsi hommage à l’ancien administrative, Jean.Michel Phéline, récemment disparu, que de souligner la cohérence des choix estivaux de son équipe. Les artistes en effet ont  à voir avec le caractère guerrier du bastion espagnol, ou ont su tenir compte de son architecture courbe  ce  que ne prouve que trop la sculpture en acier de Toni Grand, autre grand disparu, conservée près du puits de la cour centrale dite place d’armes (et aussi dans une écurie ou sur une terrasse). Cet été le cheval est  mis en exergue, et notamment le vif genêt d’Espagne d’oùprovenait le danger, d’autant que l’on ne saurait concevoir de bataille sans lui (antérieurement à la dernière grande guerre mondiale s’entend) et aussi parce que le vocable dispose d’un  riche champ sémantique inclinant justement vers des interprétations  belligérantes. Les artistes retenus pour cette nouvelle édition ne dérogent point à la règle. Ainsi Delphine Gigoux-Martin, la même qui embrocha des oies en la forteresse d‘Aigues-Mortes (Dégelée Rabelais), s’est-elle intéressée aux chevaux de frise, barrière défensive  mettant en abyme, la forteresse de Salses même. Dans sa vidéo une harde semble prête à s’y empaler, sans que jamais l’événement n’ait lieu. Delphine-Gigoux Martin joue avec nos angoisses et nos frustrations, nos réflexes conditionnés et ce que Pascal appelait notre imagination souveraine qui nous fait anticiper sur du virtuel en l’occurrence  ici une image, donc un simulacre, une illusion. Mais aussi sur le déferlement d’images  plus ou moins virtuelles qui visent à anéantir les activités traditionnelles telles la sculpture par exemple. Sans toutefois y parvenir. L’artiste sud-africain Gavin Younge suspend des figurines chevalines confectionnées en vélin, métaphore des peaux meurtries par les conflits et les discriminations violentes. Cela donne un effet surprenant d’onirisme car les chevaux sont des animaux associés à la terre et qu’ici on se retrouve dans un merveilleux angélisme, sans doute pour suggérer que la paix a pénétré dans ces lieux. D’autant que l’infirmerie  qu’ils traversent semble être une ancienne voie d’accès. Carolina Saquel s’escrime à capter des gestes furtifs  par des cadrages resserrés, et ses vidéo montrent le couple cheval/cavalier en exercice, comme un militaire, en sa carrière. De la guerre l’art équestre passe à l’équitation. Sans doute  l’art tel qu’elle le conçoit suppose-t-il  lui  aussi rigueur et patience pour aspirer à la perfection. Renaud-Auguste Dormeuil, dès l’entrée, ironise sur les dépouilles de la gloire, c’est-à-dire au fond sur  le caractère  relatif, et donc  inutile en définitive, de la coercition qui ne résiste jamais à l’injure du temps ainsi que le prouvent tant les empires déchus que les dictatures renversées. Il est connu pour ses animaux  naturalisés, notamment des lions et des aigles, et ici la britannique licorne dont ne demeure que la dépouille. Enfin Philippe Gérard Dupuy s’inspire des lieux et de ses habitants pour produire des photos très picturales recourant à un procédé technique dont  il a le secret. Il s’agit de  tête de poissons, rappelant la Méditerranée toute proche, et que l’on retrouve en toutes les pièces du donjon en lieu et place des portraits attendus des seigneurs ou héros habituels. Ils sont comme les reliefs eux aussi, les restes donc d’un prestige perdu puisque ce lieu autrefois actif et militaire est voué à présent aux visites guidées et touristiques et à la contemplation artistique. Un hippocampe à l’entrée donne le ton et établit un lien entre le cheval et le règne animal ainsi célébré. BTN
Jusqu’au 31 octobre, Forteresse de Salses, 66600 Salses le Château, 0468386013