FIGURES DE L'ACTEUR/COLLECTION LAMBERT Le soixantième anniversaire du festival d'Avignon méritait un événement digne de son impact et qui témoigne des relations du théâtre ou du jeu d'acteur en général et dans les activités plastiques. La collection Lambert contribue ainsi au rapprochement des genres, des disciplines et contribue à mieux faire comprendre l'art contemporain à la lumière de l'ancien.

THEATRUM MUNDI

Le monde est un théâtre, a fortiori depuis que nous vivons dans la société du spectacle dont l'exposition " Figures de l'acteur " fournit de nombreux exemples : le concours de sosies mis en page par Mathieu Laurette, les poses de célébrités (Deneuve, Garbo) reproduites par Yasumasa Morimura, les mises en scène de mauvais goût orchestrées par Darmon et Paul McCarthy avec une Elisabeth Taylor bien malmenée. Le phénomène n'est pas nouveau puisque cela fait quelques décennies qu'Andy Warhol a transformé l'image de Marylin en nouvelle icône, que Michel Journiac s'est travesti devant son appareil photographique ou que BB s'est vu incarnée en une Marianne qu'on eût pu croire définitive. Ces œuvres sont présentes en l'exposition, qui fait voisiner trois photos de James Dean jouant avec un catafalque sa mort prochaine et le visage de Marylin sur son lit de mort par Yan Pei Ming. Ou des caricatures d'Honoré Daumier avec les cruelles métamorphoses de la physionomie de Jerry Lewis par Jonathan Horowitz. En fait cette exposition, qui s'appuie dans son sous-titre sur " Le paradoxe sur le comédien " de Diderot, lequel était également critique d'art (Chardin ou Greuze, étaient ses peintres de prédilection), suit l'évolution des représentations de l'acteur à travers les âges, qu'il s'agisse du portrait de Molière par Mignard, d'un pastel d'Adrienne Lecouvreur par Charles-Antoine Coypet, de gravures en couleur de Melle Georges, d'une encre de chine de Talma par David d'Angers ou d'une huile, du même en Néron, par Delacroix, voire des pantoufles, du diadème de Rachel et surtout de l'incontournable Sarah Bernard mise en affiche par Mucha, véritable star de son époque, un peu oubliée aujourd'hui ce qui permet de relativiser nos engouements précipités. Les combles en particulier offrent un ensemble de documents précieux et qui vont d'habits d'Arlequin façon Commedia dell'Arte (avec en prime un extrait du film Le Carrosse d'or de Renoir), aux diverses interprétations de Médée ou d'Œdipe assorties d'un hommage discret à Pasolini, en passant par un cliché édifiant d'Agnès Varda sur Jean Vilar, par une série de dessins rares de Picasso, par un Debureau en Pierrot tandis qu'un moniteur diffuse Les enfants du Paradis (de Carné). Ou ces dessins pour instructions de maquillage (de Denis Podalydes par exemple, selon Kuno Schlegelmich). Dès le début de l'exposition les masques de Miguel Barcelo (dont la performance avec le chorégraphe Joseph Nadj est présentée dans l'église des Célestins), proposent diverses déclinaisons d'un Moi qui, comme la clamait Diderot, prend cent visages en fonction de ses humeurs en une même journée, dont le portrait ne choisit finalement qu'un seul, qui nous fige ainsi pour l'éternité. Ses grandes toiles maritimes en sont un peu comme le contrepoint. On peut ainsi circuler et changer d'époque ou de pays entre une série d'estampes japonaises restituant l'attitude des comédiens du kabuki, un extrait de Taxi Driver (Scorsese) où le personnage interprété par De Niro se joue la scène qu'il est censé ensuite interpréter pour de bon dans la réalité, des photographies anonymes de Pierre Fresnay en tenue légère, un Van Dongen, une Bernadette Lafont à la mode Pierre et Gilles, un Steve Mac Queen brûlé par Douglas Gordon, des photos studio de Galabru ou de Roussillon jeunes, un très beau diptyque très pâle de Joey Kötting et des fusain sur la série des Doinel-Léaud-Truffaut par Elisabeth Peyton. Nous distinguerons toutefois quelques contributions contemporaines qui concourent à l'intérêt didactique d'une telle initiative. Candice Breitz propose en effet 14 moniteurs, l'endroit montrant une comédienne disant son texte sur un écran couleur, le verso en noir et blanc, l'artiste disant le même texte en imitant le jeu de la véritable actrice. On est alors en pleine ambiguïté : qui parle et de qui se joue-t-on ? Quelle crédibilité doit-on porter sur une émotion feinte ? Ailleurs Catherine Sullivan a réalisé un film en lequel certains acteurs s'adonnent à une pantomime, en plan moyen et en couleur, tandis que la même scène est jouée en plan rapproché et en surimpression noir et blanc, au geste près comme en écho fantomatique par le même acteur différemment déguisé. C'est très impressionnant et cela pose bien des questions sur ce qui se joue réellement sur l'écran. Enfin Franco Vezzoli, qui fait pleurer de sang Anna Magnani ou Edith Piaf dans ses broderies métalliques sur toile, s'inspire de La voix humaine de Cocteau pour doubler, avec émotion, le texte du maître. Il est impossible de citer toutes les petites surprises que contient l'exposition, qu'il s'agisse d'un magnifique portrait de Maria Casares, ou de la formidable série de gros plans d'Isabelle Huppert par une Robi Horn impitoyable, des devantures de cinéma photographiées par Brassaî, à une affiche lacérée de Rotella (encore Marylin, pastichée sur son lit rouge par Zoé Léonard), des nombreux Nadar et des " diamonds divas " de Vik Muniz. Ce sont pourtant les impressions sur papier de Barbara Kruger qui illustrent peut-être le mieux ce paradoxe sur le comédien : sa capacité à rester le même, malgré la diversité des émotions qu'il interprète. A moins qu'il ne s'agisse de dénoncer l'indifférenciation stéréotypée des sentiments suscités par l'euphorie publicitaire. Une exposition qui vise juste, interpelle, interroge, et pas seulement sur le théâtre : sur l'art et sur le monde. Comme théâtre. BTN Jusqu'au 15 octobre, Collection Lambert ; 5, rue Violette, 84000 Avignon, 0490165620

NOUS NOUS SOMMES TANT AIMES/LE BONHEUR OBJECTIF COLLECTIONS DE ST CYPRIEN (PO) L'amour est de saison, quand vient le temps de l'été, sur la plage… St Cyprien qui, près de la cote vermeille, s'honore de son littoral touristique propose donc aux amoureux de toute confession d'aller voir du côté des artistes, lesquels n'en parlent pas en général mais le montrent - ou le vivent par procuration. Le plateau est royal et St Cyprien avec cette exposition se montre à la hauteur des lieux d'art contemporain de toute la région. Pensez : Jeff Koons, Larry Clark, Nan Goldin, Martin Parr, Fabrice Hyber et quelques-uns des artistes répertoriés dans le très sélectif (Art at the turn of the) Millénium comme Noboyushi Araki, Wim Delvoye ou Andres Serrano ! Ou dans les collections du Crac comme Claude Closky. En fait les œuvres abordent les thèmes liés à l'amour, qu'il s'agisse de l'interprétation singulière de " La jeune fille et la mort " par Abdel Abessemed, des petits secrets de la vie familiale ou en couple d'Alberto Garcia Alix, de l'identification amoureuse au mythe, Marylin en l'occurrence, par Yasumasa Morimura, de l'enfant de l'amour selon Claude Closky, de l'ambivalence des sentiments façon Valérie Barré revisitant le film de Charles Laughton avec Robert Mitchum ou de l'amusant lit pour dormir à deux abstinents de Kader Benchamma. Une fois n'est pas coutume laissons Stéphane Planas, le nouveau directeur des Collections, présenter cet ensemble qui ne traite pas l'amour à la manière des chansons d'été ni de façon idéaliste, platonicienne en général : "Nous nous sommes tant aimés" laisse volontairement la place à ce sentiment et à son traitement dans les oeuvres des artistes contemporains présentés. Plutôt que d'illustrer un propos théorique sur l'amour par quelques oeuvres, l'exposition laisse la parole aux artistes dans leur diversité de traitement. Ceci a pour conséquence une exposition riche et complexe, où des contradictions constitutives de ce sentiment apparaissent. Car l'amour est fait de joie et de peine, d'humour et de vexation, de vie et de mort. C'est ainsi que les oeuvres d'Andres Serrano posent leur impressionnante gravité à coté de l'humour critique de Closky, ou que la douceur du regard d'Araki côtoie la violence de celles de Miri Segal. L'érotisme est également partie prenante avec le traitement frontal de Camille Henrot ou Adel Abdessemed, qui à travers leurs vidéos soulèvent le rôle des corps dans un amour que l'on voudrait de plus en plus aseptisé et maîtrisé. " Parallèlement à ce sujet le musée expose des portraits de belles femmes de cet amoureux de la vie et de l'amour que fut le grand photographe Jacques Henri Lartigue, mais aussi un portrait de Picasso, des photos de course automobile et bien d'autres choses encore qui valent franchement le détour. Le bonheur, c'est simple comme un objectif… BTN Jusqu'au 9 septembre, Collections de St Cyprien, Place de la république, 66750 St Cyprien, 0468213207

BANG BANG AU MIAM (SETE)

Comme chaque été, le Miam propose une de ses expositions tous publics à même d'interroger l'art au confluent des disciplines et des réalisations populaires. Les armes étaient évidemment un sujet consensuel de choix.

SHEILA L'A CHANTEE

Gérard Collin-Thibaut et ses rébus onomastiques, Richard Fauguet et son détournement de récipients de verre à des fins figurales, Orlan en nonne quand elle était agréable à regarder, Bruno Peinado rendant hommage à sa compagne Virginie Barré, Xavier Veilhan et ses répliques de fusils en polyuréthane, les canons de Pino Pascali, les films de Larry Clark… Que des références majeures du milieu branché tant sur le plan français qu'international ! Voilà de quoi se sustenter ou se mettre en appétit au Miam. Mais Arman et ses accumulations, Ben et sa machine à se suicider, Eric Dietman et son sapin à 100 balles, Jacques Monory et ses meurtres urbains en bleu, Bernar Venet et ses tirs en rafales, Philippe Favier et son sens du minuscule, Michel Aubry et ses tapis afghans belliqueux, Patrick Saytour et ses détournements de panoplies, le sétois Daniel Dezeuze et ses armes de poing, variations sur le châssis dans tous ses états… tous sont des noms qui comptent, pour ne rien dire de l'omniprésent Claude Viallat à qui la poste vient d'éditer un timbre et qui est la véritable surprise puisqu'on y découvre les tableaux sur châssis de sa jeunesse très proches de la figuration narrative à préoccupation politique ciblée. C'est dire à quel point la contribution estivale du Miam, articulée autour du thème fédérateur des armes, étonne, brouille les repères et montre combien ce musée, pour modeste qu'il soit, ne manque pas d'ambition ni d'idées. Co-organisée avec le musée d'art et industrie de St Etienne, cette exposition rappelle que ce sujet aura accompagné l'histoire et même la préhistoire de l'art jusqu'à nos jours où il peut prendre l'allure d'un jeu vidéo comme la proposition interactive de Jean-Patrick Pelletier, d'un objet conçu à partir de produits recyclés comme chez le regretté Richard Baquié, viser le gigantisme à l'instar de la kalachnikov de Philippe Perrin ou lorgner du côté de la BD telle la délicate Virginie Barré. Parmi la soixantaine d'artistes retenus on notera aussi la présence de ceux que Christian Delacampagne nomme des outsiders (fous, naïfs et voyants), nouvelle façon de brasser les genres, de perturber les estampilles et de réviser nos références : pensons aux autoportraits au fusil, arabesques et pistolets de Alexander Lobanov ou les clous de l'atypique nîmois Denis Vingt-deux. Signalons aussi, entre autres, la présence de Jeanne Suspuglas que l'on avait pu découvrir à l'Esca et qui présente une série de diapos sur le rapport de l'arme à l'enfance (chanté jadis par la petite fille de français moyen, Sheila : Bang Bang en français c'était elle ! Son disque est présent dans l'expo !), et, à tout seigneur tout honneur du concepteur du lieu, Hervé Di Rosa et son revolver en perles cousues. Plus des mangas, des armes historiques ou fabriquées à partir de matériaux inattendus (pistolets en porcelaine de Suzan Graham, en carton pour Sylvie Reno), du design (la star, Philippe Starck), des bouts de films et des jeux vidéos, la chanson Bang Bang, version américaine de Nancy Sinatra, enfermée dans une caisse à munitions par Ange Leccia, la vidéosurveillance selon Thierry Féraudet, des bombes artisanales dans tous les coins de David Ter-Oganiyan, de très expérimentales " turbulences du blanc" de Frédéric Lecomte, ou les belles photos de Francisco Larios, tout ceci dans une mise en espace raisonnée et un peu oppressante, ce qui est logique étant donné le sujet. Après les narcotiques, un sujet brûlant donc qui s'inscrit dans la droite ligne des approches populaires de l'art et de ses périphéries, de ses avatar(t)s, à même de concilier tous les publics : Elvis, les pop-up, les paradis pacifiques… De quoi donc se sustenter donc même si le prix demeure élevé pour une surface d'exposition somme toute… modeste… BTN Jusqu'au 28 novembre, musée international des arts modestes, Sète 0467186400