RETOUR D’ART-NIM 2009

A l’heure où nous écrivons ces lignes nous ne pouvons dire si l’édition 2009 d’Art-nim aura été un succès commercial, médiatique, populaire et consorts ou pas. Il semble toutefois que la fréquentation n’ait pas été si mauvaise même si la chaleur estivale d’un automne particulièrement torride n’a pas plaidé en faveur des escapades culturelles sous abri. Comme toujours, la foire aura fait des heureux (la galerie Laik par exemple  qui fait chaque année un tabac en présentant l’incroyable Mohamed Lekleti et ses corps malmenés) et des mécontents qui estiment encore que la foire c’était mieux avant alors qu’avant, selon nos sources d’information, on se lamentait tout autant lors des éditions précédentes et que, de toutes façons, se lamenter sur le passé perdu ne le fera pas revenir. Vous en connaissez vous beaucoup de galeristes qui n’aient pas une âme de grincheux ? Comme nous l’avions suggéré aux organisateurs, une date plus tardive en la saison eût été préférable. Il faudra y penser, si prochaine édition il y a, ce que beaucoup de personnes, séduits par les promesses que la nouvelle formule induit, espèrent, et que Philippe Gilquin n’exclut pour l’instant pas.
Disons le tout net, Crystel Labasor n’a pas eu la tâche facile : il lui aura fallu en peu de temps convaincre les sceptiques, faire taire les préjugés, ménager les hésitants et attentistes, et elle aura abattu un travail remarquable dans un climat de crise qui ne plaidait pas pour la reconduction d’une telle manifestation, dans une région où les artistes sont légion, les collectionneurs plus discrets et plus rares. Nous espérons ainsi la voir reconduite dans ses fonctions, enrichie de l’expérience de son premier baptême du feu. Philippe Saulle, de son côté, a eu le culot, ou le mérite, de jouer la carte de la jeune peinture dans un contexte franco-français qui lui est encore pour une grande part hostile. Si une épidémie de grippe picturale se répand en effet sur le monde artistique qui nous importe comment ne pas supposer qu’elle ne finisse par toucher nos frontières ? On se souviendra dès lors que Philippe Saulle aura été l’un des premiers à oser ce pari. A condition toutefois de ne pas s’imaginer qu’un retour à la peinture signifie régression vers des démarches seconde main et à des pratiques anachroniques. Ce qu’on attend des artistes c’est un minimum d’inventivité, une sorte de révolution permanente à même de suivre voire précéder l’évolution de notre monde,  et de ce point de vue on aura vu de belles promesses du côté de l’exposition Tempéraments, événement attractif de cette dixième mouture. Je citerai en exergue nos régionaux Fabien Boitard et Joris Brantuas, mais aussi parmi les heureuses surprises Romain Bernini, Eva Guionnet, et surtout Christof Yvoret qui semble en voie de renouveler l’art de la nature morte. Et des confirmations comme Valérie Du Chéné. Des questionnements roboratifs avec Cyril Chartier-Poyet, distingué lors d’une édition antérieure.
Un seul reproche toutefois : l’absurdité, pour faire plaisir à quelques galeries payantes, d’empêcher les ventes parallèles et supposées concurrentes, tant du côté de l’exposition d’appel, consacrée pourtant à de jeunes artistes à même de constituer de bons investissements sur l’avenir, que des galeries associatives. D’une part c’est décevoir les éventuels acheteurs intéressés mais surtout, en admettant que la vente s’opère hors galerie, c’est habituer les collectionneurs à visiter directement dans les ateliers des artistes et donc à se passer des galeries. On ne peut mieux scier la branche sur laquelle on est assis. D’autant qu’il suffit d’avoir suivi quelque peu l’évolution de certains artistes présentés en galeries pour s’apercevoir que justement ils ont démarré leur carrière dans des lieux associatifs et ont été très heureux d’y fourbir leurs premières armes. Ce que je dis justifie par ailleurs amplement la présence des écoles d’art de Nîmes et Montpellier, pépinière de futurs talents. L’intérêt de tous c’est que la foire attire le plus de monde possible pour sa richesse et sa diversité, même si celle-ci se trouve essentiellement dans les lieux associatifs pour des raisons évidentes (elles sont moins vendables et donc plus créatives). Il est de ce point de vue regrettable que Boîte noire, GM ou Iconoscope, un moment pressentis, n’aient pu en définitive être présents. Cela eût créé un équilibre entre les lieux à vocation prospective et les lieux disons plus pragmatiques à vocation économique dont le principal intéressé, le visiteur/collectionneur, eût été le principal bénéficiaire. C’est le seul moyen, à ma connaissance de rendre la foire crédible aux yeux des connaisseurs et donc du milieu ou du marché de l’art.
Et puis même si l’essentiel des œuvres présentées pouvait se parer de l’estampille peinture, on aura pu voir de la vidéo assez trépidante chez l’invité d’honneur, Philippe Pannetier qui présentait également un sac à farine signé Viallat ou des filets à la Saytour. Une installation très drôle à l’Esca ou Maurin et la Spesa se mettaient en scène en larrons de crucifixion noire. Et je saluerai à travers la présence de l’autre invitée d’honneur parisienne cette fois, Patricia Dorfmann, l’heureuse cohabitation des contraires, Ferdinand Corte étant connu pour ses initiatives très post- duchampienne, tirant vers l’immatériel et le conceptuel, tandis que les cimaises présentaient les tableaux faussement naïfs de l’étrange Eric Corne. Les éditions Rivières, qui incarnaient la mouvance bibliophilique (dont on sous-estime en général l’impact) auront enrichi la foire d’une série d’animations à partir de signatures et lectures tandis que quelques débats attiraient ceux pour qui la peinture est également une chose mentale. Un BTN illustré par Clément y a d’ailleurs trouvé preneur.
Pour ce qui me concerne j’ai principalement aimé les travaux d’un certain Dub présentés chez Marina et à la Bear galerie, les anamorphoses de Pras chez AD galerie, les pingouins d’Ottmar Horr à la Maisenbacher Art (de Trier en Allemagne), les photos de Klibansky au Petit pont des arts (Isle sur la Sorgue) et les peintures de Campos ou de Clavel à la galerie Les Singuliers. Je suis heureux aussi d’avoir pu obtenir une carte blanche qui m’aura permis de miser sur l’avenir à travers les tableaux troublés d’Estelle Contamin (dont un semble avoir trouvé preneur, hors foire s’entend !) et les dessins symboliques de Cédric de Batz. La carte blanche offerte à la ville de Sète, Cécilia Mak, m’a semblé de grande qualité et j’ai été emballé par les diverses photos  proposées par Negpos, surpris aussi par Christophe Arbieu que présentaient mes collègues de L’art-vues.
Pour ma part je considère qu’une prochaine foire n’est pas exclure, à condition de ne pas lésiner sur les moyens, de laisser place à l’audace, que les consultants éventuellement pressentis soient en mesure d’être véritablement consultés (sur les galeries notamment, mais aussi pourquoi pas sur l’exposition d’appel). Enfin de ne pas la limiter la foire à la satisfaction bornée de quelques intéressés mais plutôt de créer les conditions qui feront qu’on viendra de loin pour ne pas la manquer. Il reste en l’occurrence du chemin à faire. Mais la qualité finit toujours par s’imposer. Si la valeur sait attendre le nombre des années. Ou l’atteint. A voir. BTN