SIX TEXTES PARUS DANS UN CATALOGUE POUR l'ASSOCIATION AMIS DU CARRE D'ART ETE 2206

1) REMI DALL'AGLIO

DE LA PHYSIQUE AVANT TOUTE CHOSE…

Les œuvres de Rémi Dall'Aglio relèvent à la fois du détournement d'objet, d'une exploration des règles de l'acoustique, d'un recours aux lois de la physique comme source et prolongement d'une démarche qui se voue à d'autres fins : esthétiques, en l'occurrence et artistique. Le son en particulier y joue depuis plusieurs années une place prépondérante, qu'il s'agisse de réaliser en plâtre des objets s'y référant tels ces moules de haut-parleur rassemblés en trièdre, posés au sol et rendus portables par une poignée revolver - ou d'installer un dispositif produisant du son, comme ce tube troué reliant deux murs, surmontés d'un volume elliptique, et produisant une note continue. Toutes les disciplines sont sollicitées, qu'il s'agisse de l'architecture car les objets fonctionnent par rapport à un espace qui les intègre (c'est évident avec la série des paraboles installées chez le particulier ou le collectionneur) ; le volume, à l'instar de cette ellipse suspendue à un ressort ; la peinture comme ces moulages colorés d'écrans de télévision mais aussi ces digicodes peints ou ces télécommandes multicolores; le dessin quelquefois au fusain, parfois limité au raclage d'une surface ; la photo même, avec les séries d'ombres d'objets d'atelier sur papier sensible baptisés " photogrammes ". Ajoutons-y l'installation ainsi qu'en témoigne une vieille marmite percée posée sur un caisson creux à partir duquel le souffle d'une basse intermittente fait vaciller la flamme au sol d'une lampe à pétrole. Et, bien sûr, cette dimension sonore qui peut s'avérer vibrante, enveloppante, envahissante et donc toucher également le tactile, le corporel ou la kinesthésie (on peut tourner autour de l'œuvre pour en éprouver les modulations ; et les battements d'un cœur servent de base physique à l'expérience). Leur statut d'objet peut en outre les rapprocher du design, du mobilier ou tout simplement des choses, comme dirait Pérec, de la vie quotidienne, hantée par la télématique et les mass medias. On reconnaîtra, dans cette interdisciplinarité, comme une propension sinon à l'art total, du moins au principe d'unification qui semble intéresser à présent les chercheurs en matière scientifique. Chez Dall'Aglio, cette idée que lumière (à la base de tout visuel possible, pictural ou pas) et son ne sont guère différenciés mais intimement, ou plutôt " physiquement " liés, fonctionnent comme un principe unificateur. Il y a certes une dimension ironique dans cette production qui se plaît à user d'une pratique ancestrale et académique, le moulage en plâtre, pour révéler en négatif un écran de télévision, un clavier d'ordinateur ou une parabole numérique. C'est que pour Dall'Aglio l'activité artistique est comme la face cachée qui révèle les revers du réel. Elle s'inscrit en creux par rapport à une époque qui privilégie l'utile et bannit le futile, ne considère que le pragmatique et oublie, pour parler comme Voltaire, le " superflu, chose (si) nécessaire ". Car il est le plus sûr garant de la liberté, de la désaliénation, du droit tout simplement à la différence, à l'altérité, au singulier. Ces objets détournés d'une part, les lois de la physique de l'autre, sont les moyens d'ancrer l'activité de l'artiste dans un réel qu'il ne s'agit pas de reproduire mais de faire fonctionner et même auquel parfois il s'agit de donner vie, comme cette marmite au cœur qui bat que j'évoquais plus haut et qui combinait sa respiration à la flamme vitale dans un enchaînement de phénomènes primordiaux. On est au plus près alors du sens premier du mot âme, anima : le souffle. En outre, l'éventail des possibles est ouvert au niveau technique comme il est ouvert à toutes les sources offertes à l'artiste par la réalité afin de nourrir l'œuvre. L'objet est d'ailleurs présent dans les premiers travaux picturaux de Dall'Aglio qui utilisait alors la couleur en tant que la vibration lumineuse d'une fréquence donnée. Il s'agissait pour lui de prolongements géométriques à partir de leur forme dans l'espace. Au fond son travail actuel n'est pas éloigné de cette époque. Mais le son occupe l'espace comme s'il était un niveau d'abstraction optimal de prolongement géométrique. Tantôt il est l'effet d'un dispositif, tantôt il en est comme le moteur. Dans tous les cas de figure il en est comme l'excroissance. C'est ce en quoi on peut qualifier ce travail de baroque. Il aime à combiner des éléments, comme on particularise un être ou un objet fétiche (une voiture, une femme, une peinture ?). Et ce n'est pas pour rien si l'ellipse, si chère à Severo Sarduy, est la forme qu'il privilégie. Elle est à la base de la révolution copernicienne, cette prise en compte du fait que le réel n'existe pas autrement que dans sa représentation qu'on s'en fait. De même l'espace et le temps sont les deux visages d'un même phénomène, ou la lumière et le son, et bien d'autres choses encore car tout est dans tout et réciproquement. C'est dire si le champ de forces que traverse Dall'Aglio est ouvert à bien des expériences - artistiques s'entend. A commencer par l'ouverture à l'autre, hors de l'espace de la galerie, ce qu'illustre magistralement son travail sur les paraboles et on l'espère, son intervention dans le lavoir d'Aubais. BTN

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