ART ET DESIGN AU CRAC (SETE)
Dans le second volet de l’exposition Des constructeurs éclectiques, on trouve d’authentiques designers mais aussi des artistes qui ont placé l’objet quotidien au cœur de leurs réalisations inventives et ingénieuses. A l’étage toujours le wall-drawing et les vidéos d’Anne Deleporte.
ART ET DESIGN 2
Ceux qui reprochent à l’art d’aujourd’hui de n’être réservé qu’aux initiés devraient faire un tour au Crac où ils s’apercevront qu’il n’est pas si éloigné du quotidien qui les environne et surtout qu’un peu d’humour ou de fantaisie ne saurait faire de mal à personne. Qu’ils considèrent cette lampe de chevet supportée par une otarie de Guiddo Drocco et Franco Mello, les poufs en formes de rochers de Piero Gilardi, ceux cruciformes et lumineux de Tom Dixon. On se rend compte alors combien est poreuse la frontière entre l’intervention plastique et la création d’objets censés s’avérer fonctionnels. Duchamp l’avait compris avant tout le monde avec son urinoir détourné de son exutoire naturel… Les étagères prennent des formes inouïes comme si elles revendiquaient leur droit à l’émancipation esthétique : quoi de commun entre les célèbres dédales de Mathieu Martégot (datant de 1955), les frites de plage flottantes de Matali Crasset, la transportable de Joe Scalan et les spirales modulables de Ron Arad ? Une même volonté de reconsidérer l’objet domestique comme susceptible de susciter réactions et interrogations sur leur statut les rapports que nous entretenons avec eux. Dis-moi de quoi tu t’entoures (ou  ce dont tu aimerais t’entourer) je te dirai qui tu es.
Réaction d’étonnement quand on voit un Olivier Tourenc transformer une armoire métallique en bateau à voile. D’enthousiasme face au sol fonctionnel de Richard Floch capable de se métamorphoser en table, tabouret, bureau par la simple combinaison de plaques métalliques dépliées ou érigées. D’amusement devant le lit pour célibataire de Philippe Mayaux et son train électrique, ses appliques de chevet en forme de fesses stylisées ou son Ego dancing très onaniste. D’intérêt pour les projets d’architecture des sétois de Microclimax (aussi au carré Ste Anne ainsi que Dadu, Tilman, Rosse, Bartoletti…) et qui présentent leur documents sur un tapis roulant de supermarché, une fleur de poulet ou un vrai cœur de pierre au frigo, un siège d’auto rempaillé, un godemichet public. De surprise, face à la palissade de pneus de vélos multicolores de Rémi Ucheda. D’émerveillement pour le banc photo sensible d’Ann Veronica Janssens ou « l’étendoile » d’araignée de Florence Doléac, pour qui sait lever la tête dans la salle vidéo (où alternent Marie-Ange Guilleminot et son chapeau transformable, Marie Legros et ses pieds en gros plan qui marchent sur les choses, Elizabeth Creveseur qui s’introduit dans les boîtes…). De nostalgie internationale avec la Mise en musique (à partir de roseaux) du Monument à la IIIème internationale de Tatline revisité par Michel Aubry,mais aussi sur un plan local avec les costumes et défilés de mannequins habillés de tissus champagne par Philippe Cazal en l’espace sponsorisé naguère par Paul Boyé. Le tout mêlé à la chaise de décor pour « Hamlet machine » de Bob Wilson ou au véritable aspirateur Dual cyclone de chez James Dyson, peu dérangé par « l’odor de femmina » en boutons de rose biscuités de Johan Creten ou par le parfum d’un bouquet « im-mobile » de tickets de sécu géants de François Curlet. L’image n’est point oubliée avec le poster de container de Philippe Durand qui occupe tout un pan de mur, les interventions « agriculturelles » de Microclimax, la maquette virtuelle au cœur de la cité d’Alain Bublex… Et même la peinture, ou la sculpture avec les toiles et volumes vanille/chocolat de Stephane Dafflon. Florence Doléac nous invite à méditer sur un lit de moquettes, avec accompagnement sonore emprunté à l’opéra de Siksous. La même artiste nous accueille avec une fenêtre méditerranéenne, très exposée au vent de l’esprit. Je ne puis tout citer des vasques, fagots, ventilateur de papier Q, service de table (Morellet), fontaine (Blazy), tapis, cactus, chaise longue, table basse, lampe baladeuse, portemanteau, vase, chaise et bicyclette (Sterling), hamac à même de donner des idées au profane et des motifs de réflexion à l’initié. N’oublions pas à l’étage l’exposition personnelle d’Anne Deleporte dont on revoit avec plaisir le wall drawing bleu avec, disposées de manière régulière, des images sauvées du naufrage, empruntées aux médias, qui composent un univers à la fois familier et énigmatique, personnel et universel. Sa vidéo  d’empreinte digitale qui apparaît magiquement sous ces coups de pinceau alors qu’il s’agit en fait d’un recouvrement filmé à l’envers. Ses dessins trouvés dans l’imprimerie d’un journal new yorkais quand l’information est illisible pour cause d’accident de calage. Un travail intéressant sur les images venues des médias. BTN
Jusqu’au 11 mai, CRAC, 26, quai Aspirant Herber, 34200 Sète 0467749437

CLAUDE VIALLAT A NIMES
Certes Claude Viallat est un peintre prolifique et qui récolte les fruits des graines qu’il a semées tout au long de sa vie de rigueur, d’obstination mais aussi de passion, pour l’art tauromachique notamment et la course camarguaise en particulier. Le public nîmois et les touristes qui visitent la capitale gardoise auront l’heur de voir ses toiles accrochées dans des endroits inédits, mais cet hommage de Nîmes à un artiste du cru réserve bien d’autres surprises.
VIALLAT SUPER NIMOIS
De la féria de Pentecôte jusqu’à l’automne ce ne sont pas moins de cinq expositions qui seront proposées au public, nîmois ou d’ailleurs. Le clou de ces manifestations consacrées à l’un des artistes français les plus importants de sa génération devrait se situer autour des arènes, tant à l’extérieur avec des oriflammes inspirés des publicités asiatiques, qu’à l’intérieur (déambulatoire et vomitoire) ainsi que sur le haut du monument comme pour couronner le tout en demi cercle d’étendards colorés. Il est à noter que ces tissus fins, très sensibles au vent, et intouchables, seront maculés recto verso de telle sorte que l’on ne puisse n’en appréhender qu’une surface à la fois. Cette traversée par la peinture d’une face à une autre de la même toile n’est pas sans rapport avec le génie du lieu qui leur est proche, la Camargue et ses taureaux qui viennent précisément accomplir leur destin mythique dans les arènes. La Camargue n’est-elle pas cette terre qui se gorge d’eau sous un ciel d’éternité ? La peinture revendique cette éternité à laquelle le territoire perméable de la toile assure un écho sur l’autre face, comme un reflet céleste dans l’eau. Le plein air permettra à Viallat de « faire respirer » des toiles au vent du midi, de les sortir non seulement des ateliers mais des lieux, abrités ou couverts, auxquels elles sont habituellement destinées (un peu comme le taureau sortira définitivement de son pré) : en l’occurrence marchands, privés, institutionnels, muséaux ou en tout cas dévolus temporairement à la peinture. Le public des aficionados sera ainsi confronté à une autre activité humaine qui relève également du risque si l’on considère le destin de nombreux artistes. Non seulement le non initié découvrira une peinture qui a des points communs avec la raison de sa présence en ces lieux historiques voués à la mémoire, au tourisme et au divertissement mais il appréciera l’habillage ponctuel que lui aura fait subir l’artiste, comme Christo naguère avait su « emballer » les visiteurs du Pont neuf. Autre monument offert à une autre lecture : la Maison carrée où Viallat accrochera deux bâches géantes, anciennement dévolues à un restaurant. Mais Viallat n’est pas seulement ce peintre dont la forme répétitive s’est imposée aux yeux du grand nombre. Il se révèle passionné de tout ce qui relève de la culture et du culte du taureau, plus particulièrement de la course camarguaise, très pratiquée dans notre région, notamment à Aubais dont il est originaire. Pendant des années il a chiné, à la recherche d’objets ou affiches taurines, livres ou jouets, œuvres d’art parfois, achetées ou échangées. Ainsi Claude Viallat est un véritable collectionneur et c’est sa collection que montrera le Musée taurin jusqu’à l’automne, où l’on trouvera des gravures de Picasso ou de Tal Coat, des peintures de Chabaud, des œuvres de Le Gac, Titus Carmel, Erro, V.Bioulès etc. Dis-moi ce que tu collectionnes, ce qui te passionne, je te dirai qui tu es. Ainsi à travers l’homme certains découvriront le peintre et inversement. A l’école des Beaux-arts  ce sont 300 petites peintures sur morceaux de bois de récupération, couvercles de boîtes de peinture ou de camembert (la forme ronde pour des arènes se justifiant pleinement), ou morceaux de tissus, qui seront révélés au public. Car cet artiste abstrait a  une importante production figurative, consacrée au thème de la corrida afin de s’inscrire dans la tradition historique des Goya et autres Picasso, la course camarguaise lui étant plus spécifique, dont il pourrait bien devenir l’un des maîtres à son tour.  C’est le mouvement saisi sur le vif, celui des acteurs humains ou animaux, qui intéresse ici Viallat. On pourra voir enfin la trentaine d’esquisses réalisées pour l’élaboration de l’affiche de la feria, en vert et rouge, couleur de la ville, avec un  taureau en attente en haut et le toréador prêt à agiter sa cape en bas, sur le mur Forster de Carré d’art. Qui a vu, en son atelier ou lieu d’exposition, Claude Viallat déployer ses toiles colorées ne peut pas ne pas penser au roi de l’arène. BTN
A partir du 5 mai, féria de Pentecôte à l’école des Beaux-arts de Nîmes (jusqu’au 28 mai), 16, rue du chapitre (0466767022), jusqu’en septembre, Musée des cultures taurines, 6 rue Ducros (0466368377). Sur le mur Forster de Carré d’art, aux Arènes (0466028080) et sur la Maison Carrée.
Actuellement aussi chez Thérèse Roussel à Perpignan, puis Espace Paul Riquet à Béziers.

NINA CHILDRESS
ICONOSCOPE (MONTPELLIER)
On a déjà eu l’occasion de découvrir l’artiste d ‘origine américaine, enseignante aux Beaux-arts de Nancy, Nina Childress, à Sérignan puis au Frac. Toutefois pour cette exposition elle ne s’est pas exclusivement concentrée sur le thème du portrait mais propose à la fois des paysages intérieurs, ouverts sur la rue du fait de la physionomie particulière de la galerie, et inversement, dans une pièce au cœur de la pièce, une réflexion sur la représentation publique, dans un espace plus discret. Il s’agit toujours de peinture mais Nina Childress joue sur les codes de la représentation et n’hésite pas à entourer les détails minutieux des intérieurs quasi-hyperréalistes qu’elle peint, de halos lumineux qui en dégagent le flouté. Au demeurant il s’agit véritablement de « peintures dans la peinture » tant ses entrées ou chambres débordent d’éléments décoratifs, qu’il s ‘agisse des motifs plus ou moins abstraits de la tapisserie, de tissus aux plis sensuels, d’objets de valeur ou de miroirs et tableaux dans le tableau donc. Ceci dit Nina Childress n’est pas dupe de la représentativité figurale en peinture. Il n’est pour s’en convaincre que la juxtaposition d’un placard peint à l’huile, avec un sens aigu de l’observation colorée, sur une grande toile posée contre le mur, et un panneau de bois, lui-même maculé de peinture et accroché comme un tableau mais avec des charnières rappelant sa fonctionnalité originelle. Dans la petite pièce vouée au spectacle on a le même jeu de tension entre l’objet et sa représentation à partir d’un lustre laissé volontairement à portée de main et sa projection géante sur le mur. Une vidéo montre une chanteuse d’opéra submergée d’applaudissements et donc dans l’impossibilité de poursuivre son tour de chant. La même chanteuse est peinte sur une toile. Comme on le voit Nina Childress aime surprendre, inverser notre représentation du monde, pratiquer la mise en abyme. C’est la raison pour laquelle on rapproche son univers, très marqué par la représentation contemporaine, et les techniques ou technologies qui en enrichissent le champ, des « pièces dans la pièce » auxquelles nous a rendus sensible l’art d’un Pirandello entre autres. Il y a donc quelque chose de baroque chez cette artiste et il devrait en être de même avec l’exposition estivale qui s’annonce autour de la dégelée Rabelais. BTN
Jusqu’au 10 mai, 25, rue du Faubourg du Courreau 34000 Montpellier 00620375747

JORIS BRANTUAS
GALERIE DE LA SALAMANDRE
S’il s’avérait que le frémissement s’accentue, sensible en ce moment un peu partout en France, et qui verrait la Peinture ne plus être systématiquement tenue à l’écart des grands enjeux du marché de l’art et des grandes manifestations, il se pourrait que la position d’un Joris Brantuas, paradoxale et décomplexée, soit l’amorce d‘une nouvelle tendance. Dont on espère qu’elle n’attendra pas une reconnaissance venue de l’extérieur pour s’imposer parmi nos instances et institutions. On a pu la découvrir grâce aux amis de Carré d’art dans le château d’Aubais (Merci, M.Nick) mais aussi plus récemment à Némausus, porté à bout de bras par Pascal Fancony, et à la galerie du Tableau à Marseille. En fait le travail de Joris Brantuas est résolument pictural, sans cependant recourir à l’image dont nous sommes déjà par trop envahis, mais avec la volonté d’imposer un style singulier qui ne renie ni la relativité du goût, ni l’apport des cultures populaires, ni le caractère décoratif que l’on peut prêter au tableau. Son style est aisément reconnaissable, qui utilise des couleurs rompues, très pastel, avec une nette prédominance pour les roses et les bleu-ciel très connotés, les verts pâles, le jaune discret, à l’exclusion des couleurs fauve ou criardes. Sur ce fond neutre s’inscrivent des taches mais aussi des cernes graphiques que l’on peut rapprocher de bulles de BD, de nuages stylisés ou de motifs floraux, sans bien sûr que la forme soit figurale et précise. Au contraire c’est l’indécision qui intéresse Brantuas. Que sa peinture ne puisse laisser prise au discours rationaliste et intellectuel mais ramène au premier plan la sensation souveraine, le plaisir visuel qu’elle suscite, son caractère ludique aussi, car les formes chez Brantuas s’émancipent et semblent prendre du plaisir à s’animer sur le tableau. Plaisir qu’il invite le plus grand nombre à partager. Tel sera le cas en l’ancienne chapelle de la Salamandre, lieu de communion sensorielle, convivial. A l’entrée, face au comptoir, il recourra au portrait ovale, le portrait de la peinture. Le choix n’est pas innocent. En affichant ce qui peut paraître dépassé, relevant davantage de la culture domestique que de l’art pour initié, Joris Brantuas sait qu’il élargit le champ d’investigation de la peinture, dépasse ses clivages exclusifs en réhabilitant ce qu’elle écartait avec mépris et montre que l’on va chercher souvent bien loin dans les frontières du genre ce que l’on avait en quelque sorte sous les yeux. D’où les paillettes, dans l’œil du voisin, et qui ironisent sur notre regard contemporain, trop enclin à ringardiser les générations précédentes. Joris Brantuas ne s’en cache pas : il préfère les solutions aux problématiques. En ce sens il rejoint le caractère direct d’un certain art américain qui ne se culpabilise jamais des emprunts qu’il fait à la culture mondiale. A la Salamandre, il présentera entre autres deux grands formats sur toile libre (un clin d’œil aux illustres prédécesseurs nîmois)  et un travail sur le cadre, l’autre grand dédaigné du bon goût français. On notera aussi l’usage récurrent du feutre de couleur qui dessine d’étranges boyaux célébrant le caractère organique de sa peinture. Et la vie donc, d’où le titre de cette exposition Painting play the day. BTN
Du 7 mai au 6 juin, Galerie de la Salamandre, place de la Salamandre 30000 Nîmes 0466762390

FLUXUS/LA STATION
ACMDCDM (PERPIGNAN)
Il y a plus de vingt-cinq ans, Christian Laune engageait huit sept à Nice, embarquant de jeunes inconnus nommés Combas, Di Rosa, Bordarier, Mogarra, Caillol, Laube et d’autres, ayant accédé depuis au premier plan. En sens inverse nous étaient venus Dolla ou Thupinier, Lanneau et l’animateur incontesté de la scène niçoise, le plus suisse des performeurs de l’avant-garde d’alors, l’incontournable Ben Vauthier. Acentmètresducentredumonde voit plus grand, ce qui est normal au vu de son espace imposant d’exposition. Ben oblige, toujours là pour intercéder en faveur de sa ville comme du grand Sud occitaniste, via la Catalogne en lutte, la galerie rendra hommage à Fluxus. Mais aussi à un lieu d’exposition niçois qui assure en quelque sorte la relève de ses illustres aînés : La Station. Fluxus : un mouvement post-dadaïste caractéristique des années 60, et l’art se souvenant de la vie, avec John Cage et ses pianos détruits ou désaccordés comme précurseur : Beuys ses coyotes, son chapeau de feutre et sa graisse providentielle, Nam June Paik et ses installations d’écrans de TV, Wolf Vostell et ses pianos chevauchés par des motos, Robert Filliou et son « bien fait tout fait mal fait », Yoko Ono et ses bed-in avec le Beatles le plus hostile à la guerre d’alors, Georges Maciunas qui nous tire la langue, les sons longs de La Monte Young, le toulousain Serge III et ses interventions, Marcel Alocco qui tisse et coud mieux qu’une épouse grecque, Jean Dupuy que défend si bien Pannetier, Georges Brecht, Alan Kaprow et du happening en veux-tu en voilà, Ben enfin qui prend un bain dont il offre l’eau « bénite », quand il ne tient pas sa fameuse boutique… Fluxus est devenu une référence voire une autorité alors qu’il revendiquait la simplicité de l’intervention et se situait hors du circuit du marché de l’art. Et pourtant : Fluxus est méconnu du grand nombre. Fluxus à Perpignan, à cent mètres de la gare célébrée par Dali, c’est tout un symbole et modèle d’ambivalence : parce que l’Avida Dollar, comme le surnommait à juste titre Breton, était aux antipodes de cet anti-art de l’éphémère et du gratuit, d’autre part parce qu’en bon génie qu’il était il a su en comprendre l’importance et se l’approprier au besoin. Mais Fluxus c’est déjà le passé, dont Ben Vauthier est le témoin magnifique et prolixe (ceux qui reçoivent ses poèmes-manifestes sur le mail ne sauraient dire le contraire). La Station incarnera le volet niçois presque 50 ans après : l’avenir dira s’il faut s’en féliciter ou s’en désoler. S’en féliciter car une conception positiviste de l’art du XXème aura eu tendance à ne rien approfondir et à chercher la nouveauté pour la nouveauté au risque de la superficialité ou du sophisme discursif et médiatique. S’en désoler parce que les peintres d’aujourd’hui pâtissent sans doute de l’autorité  de leurs aînés et des errements de ces mêmes ainés (sur le plan politique par exemple). Trop d’artistes seront présentés, par ce lieu qui s’honore de son rôle d’animateur sur la scène niçoise depuis une bonne dizaine d’années, pour que nous puissions les citer tous. Mais on ne saurait rester insensible aux jeux de jambes colorés et enrichis de colliers fleuris de Natacha Lesueur, aux partitions verticales de Cédric Tesseire (exposé récemment par AL/MA), aux sculptures d’inspiration cubiste, l’humour et la fantaisie en sus de Sinibaldi, aux dessins épurés illustrant les investigations sauvages et tranchantes de la piquante Marie Eve Destre, à l’ours dansant  sur un escabeau cubique en équilibre de Karim Ghelloussi, à Julien Bouillon et ses formes ovales pétries de lumière… Bref de quoi se sustenter ne serait-ce qu’en comparant les époques, l’influence ou pas de l’une sur l’autre. Et honni soit qui mal y pense (ô niçois…). BTN
Jusqu’au 8 juin, 3, avenue de Grande Bretagne, 66000, Perpignan, 0468341435