Pour Béa

HISTOIRE DE MAINS          
Je ne me souviens plus
C’était peut-être une nuit d’ivresse
Ce fut sûrement lors d’une nuit d’ivresse
Toutes les nuits c’était l’ivresse en ce temps-là
Quelque chose nous manquait
On ne savait pas quoi à l’époque
Une chose qui n’avait pas de nom
Et ce quelque chose c’était quelqu’un
Et ce quelqu’un déjà nous faisait des signes
Et ce quelqu’un ne pouvait être que toi

Nous avons beaucoup lu
Nous avons beaucoup vu
Et nous avons marché
Et nous avons chanté
Et quand la rive est arrivée
Que la barque t’a embarquée
On s’est fait plein de signes
Avec nos les mains qui s’éloignaient
Et l’on n’en finit plus de loin
De se faire signe de la main

On a pleuré il fallait bien
Sinon à quoi serviraient les larmes
Puis le temps a mûri
On l’a a laissé nous surprendre
Il reste tant de choses sur cette rive
Et ces mains qui faisaient signe
Au creux des planches des adieux
Ont trouvé support à leur juste mesure
Sur le banc de l’embarcation
Et elles voguent à leur tour à deux mains

De sorte que c’est nous qui ramons

 

(Paru aux éditions Rivières)