ERIC RONDEPIERRE CHATEAU DE JAU (P.O)

Le travail d'Eric Rondepierre, tel qu'il se présente dans cette proposition estivale, est uniquement axé sur une photographie qui s'appuie sur des images empruntées au cinéma. En fait Rondepierre traque l'accident destructeur qui signe l'arrêt de mort d'une image mais en révèle du même coup la présence immédiate. Il peut s'agir d'une brûlure, d'une détérioration causée par le temps, les conditions de conservation etc. mais aussi d'un générique facétieux, d'un fondu inédit. L'image en est alors complètement perturbée, elle acquiert une dimension fantastique inattendue, d'autant qu'elle échappe à la temporalité linéaire du septième art. Ailleurs ce sont des effets lumineux qui dessinent un signe incongru, attribuant une signification surprenante, parfois comique à l'image choisie. L'artiste ne se contente pas alors de sauver des images de la mémoire collective. Il les combine en diptyque par exemple, ou en polyptyque (cf. la série " L'étreinte ") ou se contente d'un écran monochrome, assorti d'un sous-titre, diversement mis en scène. Bref l'image retrouve une deuxième vie, sans doute plus longue que la première. Par la magie d'une élection ce qui s'abîme est restitué et en quelque sorte transfiguré. N'est-ce pas le destin de l'artiste de se distinguer ainsi de la masse anonyme en raison de ses brûlures intimes ? Et son rêve le plus cher n'est-il pas à l'instar de ses images fixes de s'extraire, de s'abstraire du temps ? BTN Jusqu'au 25 septembre. Château de Jau. 66600 Cases de Pène. 0468389138.

PETER KOGLER/BERTRAND LAVIER CRAC (SETE-HERAULT)

Il s'agit là de l'une des deux trois manifestations régionales incontournables de l'été. L'oeuvre de Bertrand Lavier est certes reconnue mais davantage dans son rapport à la sculpture, ses appropriations d'objets peints à la colle transparente. Au CRAC ce sont quatre écrans, un par salle, qui proposent un plan fixe d'une toile vénitienne de Bernard Buffet. La production peut se lire à plusieurs niveaux : tout d'alors elle ne manque pas d'humour puisqu'en règle générale le visiteur des Centres d'art contemporain s'attend à voir de tout sauf de la peinture, qui plus est cette peinture-là. Ensuite, rendre hommage à Venise dans cette petite émule de la prestigieuse cité italienne, en pleine biennale, n'est probablement pas gratuit. Enfin, outre que le film de Lavier donne l'impression, par ses défauts revendiqués de surface et le son adéquat qui l'accompagne, d'avoir été tourné dans un autre temps (celui de B.B. par ex), il pose la question des conséquences ultimes du ready-made duchampien : rien au monde ne peut échapper aux choix orchestrateurs de l'artiste, y compris l'œuvre des autres, a fortiori si cet autre porte un nom d'objet du quotidien. La lumière filmique ici a pris le relais de la colle. Mais la démarche demeure la même. L'autrichien Peter Kogler s'inscrit dans une perspective inverse. Que ce soit par le biais de papiers numérisés ou de projections complexes et animées, il occupe pleinement un espace, dans lequel le spectateur se trouve donc impliqué. Son univers est fait de quelques éléments auxquels il donne force et vie, qu'il s'agisse de tuyaux organiques ou de bataillons de fourmis cliquetantes. Le résultat est très impressionnant et nous plonge dans une autre dimension que celle à laquelle nous sommes habitués : davantage vouée au virtuel, au labyrinthique, aux réseaux sans fin d'exécution des messages et communication. Dans ses installations, la terre, mobile dans l'espace qui lui est dévolu semble sortir de ses gonds et le cerveau humain vouloir s'émanciper de son confinement intérieur. L'ensemble est spectaculaire, dérangeant et donne un aperçu pas seulement de l'art au présent mais de celui de demain déjà. BTN Jusqu'au 25 septembre. CRAC. Sète. 046749437

JEAN-LOUIS BEAUDONNET POUSSAN-(Hérault)

Qui n'a pas vu le travail de Beaudonnet depuis de nombreuses années pourrait s'imaginer qu'il peint en dernier surréaliste lorgnant vers l'hyperréalisme, comme il le fit jadis, à la fin des années 70, ou qu'il est resté fidèle à la thématique de la porte, en volume ou en peinture, que Michel Butor était venu, à la fin des années 80 célébrer du côté du château d'O. Plus récemment, il est revenu au tableau d'abord avec des séries d'écorces d'arbres formant comme une forêt de plans inextricables. Enfin, après plusieurs voyages en Scandinavie où il expose régulièrement, il s'est laissé tenter par un paysage austère et peu dérangé par l'humain, l'un des derniers peut-être où l'homme, las des villes surpeuplées, pourrait trouver refuge. Beaudonnet retrouve alors le plaisir des effets de matière qui caractérisaient ses toutes premières productions, très marquées par la dynamique gestuelle de la deuxième génération surréaliste (Matta…). Mais tout à présent est plus statique, figé dans une superbe intemporalité, peut-être dans une inquiétante étrangeté. Le ciel est rare, les falaises ou éléments montagneux, les reliefs, occupent le premier plan si bien qu'on se plaît à lire dans ses tableaux la métaphore d'une certaine peinture : il lui faut beaucoup œuvrer, échafauder et étoffer pour qu'enfin elle ait des chances de rejoindre ce havre de sérénité qui se situe tout en haut du tableau, celui à partir duquel dominer le monde, le contempler avec détachement. Toutefois, il ne faudrait pas faire du peintre un artiste trop enclin à la recherche d'une d'une transcendance objectivée. C'est à l'intérieur du tableau, à sa surface que se règlent les conflits, les tensions et les relations ambivalentes. Du duel entre terre et ciel - le soleil en ces régions est si rare- on ne retient que l'idée d'accouplement, que ne marque que trop cette entaille, ou faille, ou allusion pubienne que produisent les chevauchements de deux sommets. Ainsi c'est à une véritable recherche des sources du vivant que se livre dans ses paysages nordiques J.L. Beaudonnet, une quête des premiers ébranlements terrestres, stipulant la révolte des titans, ce dont parlent si bien les mythes. Car sous la glace de la tranquillité apparente pourraient se réveiller des volcans voués à l'énergie jaillissante et pure. BTN Du 23-8 au 11-9, à Poussan (34), Foyer des Campagnes, (04 67 78 39 74).

BEN VAUTHIER PERPIGNAN

Qu'on l'aime ou qu'il irrite par ses jugements à l'emporte-pièce, Ben aura sans conteste marqué le paysage artistique contemporain de ces quarante-cinq dernières années. Il est l'un des rares artistes français qui ait réussi à se faire reconnaître du grand public de son vivant et l'une des deux grandes personnalités présentes dans le sud, l'autre étant Claude Viallat (qui lui succèdera cet automne). L'exposition de cet admirable lieu, comme il n'en existe que très peu en France émanant d'initiatives privées, qu'est Acenmètresducentredumonde, témoigne de la vitalité permanente de ce trublion qui remet sans cesse en cause les valeurs, les institutions, les oppressions sur lesquelles s'appuient les idéologies artistiques dominantes. Qu'il s'agisse d'œuvres d'anthologie ou de réalisations in situ Ben s'interroge, interpelle pas seulement par le biais du concept, que sa célèbre écriture a rendu identifiable, mais par le truchement d'objets récupérés et juxtaposés à même la toile, de photos, d'installations, de dessins avec une générosité qui se fait rare. L'engagement pour la cause occitane nous rappelle que cet artiste est également un militant qui revendique ses opinions comme une acte ou une postulation résolument artistique. Le lieu est à la mesure de cette démesure. On souhaite à Vincent Madramani d'autres partitions d'artistes en osmose avec son espace, un espace qui semble dès lors avoir été conçu pour chacun d'eux. Ben en donne un exemple magistral et édifiant. BTN Jusqu'au 29/9… Acentmètresducentredumonde, 3, avenue de Grande Bretagne ; 66000 Perpignan. 0468341435

DEPRALON-LABORIE ARTENIM 2005

Artiste protéiforme, alchimiste du verre, sculpteur de meubles à demeure, peintre sur bois, photographe novateur à l'occasion, Gérard Depralon travaille également aux crayons de couleur sur papier. Lui qui s'est fait connaître dans les milieux autorisés par des bandes dessinées et dessins d'humour appréciés, s'inspire de ces deux genres qu'il traite alors librement, ce qui n'exclut pas la sobriété ni la maîtrise. Le graphisme n'est en effet ni abstrait ni figuratif ; il est vaguement allusif et par là même explore la faillite du langage, sa difficulté à mette un nom sur des choses inattendues, inqualifiables comme telles et pourtant existantes sous les doigts du créateur, comme si, faute de mots pour les dire, seul le dessin leur permettait d'advenir. L'artiste crée, avec ses compositions qui laissent une grande place au blanc de la feuille, une relation intime puisée dans les profondeurs de l'inconscient. Cela crée un monde étrange, sans doute en relation avec celui de l'enfance, quand les choses excédaient leur désignation respective. Ainsi pense-t-on à un chaos originel, pré-verbal, fait de formes en puissance, directement suscitées par la couleur, son trait ou son traitement en zones plus nettement tranchées. Mais un chaos qui contient sa propre logique, assurée par la continuité des formes produites. Depralon traite ainsi son sujet de manière baroque, grotesque, originale. Mireille Laborie travaille surtout des supports sur bois qu'elle taille de sorte que le format ne soit jamais parfaitement plat, régulièrement équarri, totalement aux normes. Cela déstabilise évidemment nos repères visuels et permet des jeux avec les tranches visibles. L'artiste semble hésiter entre une représentation à la fois citationnelle, culturelle et métaphysique de la figure humaine et le recours à de signes indiquant eux aussi le passage, le simple fait d'être là, traversant ou pénétrant - ou sortant de - la surface colorée, souvent monopigmentaire, ce qui n'interdit pas, le cas échéant les effets de matière. Par ailleurs Mireille Laborie propose des volumes, toujours sur bois qui ont la particularité d'être peints. Ainsi sa problématique tend elle à rendre moins clivée la séparation traditionnelle par genre. Ses peintures murales, qu'elle nomme d 'ailleurs structures, semblent désireuses de s'émanciper du plan du mur tandis que les volumes au sol revendiquent leur particularité picturale. BTN Dif Artothèque, Montbrison (42600) jusqu'au 3 nov. 0477580924. Arténim du 23 au 27-9.

RITA ALOUI + MAIMOUNE ET SOUZAF GALERIE TOUBKAL.(Montpellier)

Montpellier est en plein remodelage. Aux galeries qui se sont imposées depuis des décennies ou seulement moins d'un lustre, s'en ajoutent petit à petit des nouvelles venues, donnant à cette ville une dynamique à la hauteur de son ambition démographique. Parmi ces dernières, Toubkal se voue à la peinture marocaine, en voie d'émergence sur la scène internationale. C'est ce qu'a pu constater sa directrice, Valérie Hernandez, lors de son séjour de trois années qui a choisi le anciens locaux voûtés de Reg'arts pour en faire la démonstration.. La première présentation a pu montrer, par le choix d'Ali Maimoune combien la question de la figure représentée avait pu évoluer en ce pays, les toiles de cet artiste chevronné pouvant rappeler celles de nos célèbres sétois, la spécificité en plus. C'est que de part et d'autre de la Méditerranée et malgré des références différentes s'élaborent des arts proches par leur thématique et leur profusion. Mohamed Souzaf s'appuie davantage sur le graphisme et une symbolique traditionnel qui suscite le mystère. A la rentrée Rita Aloui, jeune artiste décomplexée d'autant qu'elle a vécu aux USA, montrera des tableaux empreints de légèreté et touchés par l'esprit de l'enfance, notamment dans sa façon de présenter le monde allusivement. Qu'il s'agisse de fruits, de légumes, de poissons ou de fleurs, c'est la couleur qui dessine une forme qui se confond avec le fond, dans le plaisir évident de faire naître les choses d'une matière qui ne renie en rien sa fluidité. Il y a sans doute de la part de cette artiste la volonté de se défaire de la calligraphie traditionnelle et de s'approprier le meilleur de la peinture américaine des années 60-70, notamment Twombly, Frankenthaler et le color-field. Une exposition pleine de fraîcheur en attendant cet automne l'immense star qu'est devenu Fouad Bellamine, de retour à Montpellier, plus de vingt ans après. BTN Du 1er septembre au 30 novembre pour Rita Alaoui. Jusqu'au 31 août pour Maimoune et Souzaf. Galerie d'art Toubkal. Place Glaize, Montpellier 0467910697

BRIGITTE HORION PIOCH PELAT (CASTELNAU LE LEZ). Chaque saison estivale permet à l'association d'Henri-Michel Morat d'enrichir la longue liste des artistes régionaux qu'il a toujours soutenus et dont on a pu vérifier l'importance et la qualité dans l'une des sessions des Quatre saisons de l'art au château d'Aubais cet été (d'A.P.Arnal à Patrice Vermeille, D'Elise Cabanes à Elisabeth Krotoff, de Fançoise Deverre à Serge Lunal…). Ainsi en Septembre, cette liste s'enrichira-t-elle de la production radicale de Brigitte Horion, intitulée sobrement : " Peintures…noir…blanc ". Il s'agit d'une sorte d'écriture abstraite, blanc sur noir, et qui recouvre la surface, " all-over ", de formats carrés. Le geste est toutefois lyrique, malgré sa répétition, confiné à la rotation manuelle, plus intime, et même s'il semble limité par les lignes approximatives que l'artiste s'est fixée comme structure - scripturale, graphique, musicale - du tableau. Le langage se fait ici muet, silence et s'inscrit donc en creux voire en négatif par rapport au pléthore de paroles, d'images et de couleurs qui caractérisent notre appréhension de la réalité contemporaine. Au demeurant l'écriture semble petit à petit, au fils des tableaux, se dissoudre dans une indétermination graphique qui n'est pas sans rappeler les grouillements visuels, sans repères apparents, d'Henri Michaux. Une œuvre exigeante et qui, pour se vouer au noir ne fait pas pour autant sans blanc. BTN Du 3 au 24 septembre, Fondation du Pioch Pelat, , 511, route de la Pompignane, 34170 Castelnau le les (34170).

MICHEL BLAZY VALLON DE VILLARET (LOZERE)

En invitant, dans la tour historique, véritable pivot du parcours aquatique et ludique, un artiste aussi original que Michel Blazy, le vallon de Villaret a choisi une fois encore l'audace. On sait que l'ambition de son concepteur, Guillaume Sonnet, est de mêler étroitement nature et culture, ce que favorisent les nombreuses œuvres jalonnant la promenade. Mais le mot culture chez Michel Blazy prend une autre résonance. Blazy qui s'intéresse aux objets du quotidien les plus inattendus (bouteilles plastiques, papier hygiénique…) fait volontiers intervenir ce que nous nommons l'alimentaire, qu'il s'agisse d'observer de l'intérieur un poivron, de cultiver les lentilles ou de comparer plusieurs états de nouilles organiques. Au 3ème étage de la tour seront d'ailleurs présentées des vidéos exaltant en gros plan l'aubergine ou la tomate, légumes de l'été et du sud qui plus est. L'artiste n'hésite pas en effet à faire de ses expositions un véritable laboratoire d'étude des processus vitaux, notamment de la putréfaction, de la moisissure, du passage du végétal à l'animal, car rien ne perd, rien ne se crée tout se transforme. Ainsi peut-on s'attendre à du spectaculaire dans cette installation baptisée Patatown, vouée donc à la célébration de la pomme de terre et qui se présentera donc comme une sorte de work in progress, l'œuvre évoluant nécessairement durant le cours de sa présentation. On imagine les tubercules, protubérances et autres ramollissements qui feront de cet objet culte de notre consommation quotidienne un élément baroque, se présentant au visiteur sous un jour nouveau, exubérant, comme la nature foisonnante qui sévit alentour et qui donne peut-être à l'homme la mesure réelle du monde. Mais la pomme de terre est associée aussi à la purée et à la frite, deux incontournables de l'alimentation moderne, notamment, en barquette (ici sur roues) au fast-food. Bref on a affaire à un véritable jardin futuriste au cœur du vallon et de sa tour renaissance. Enfin à l'étage d'accueil, une sculpture est fabriquée avec du coton, du colorant alimentaire et de la farine de riz, censée évoluer " d'un vert " hollywood chewing gum " à une plantation de champignons noirs "? Que des couleurs naturelles, puisque c'est la nature qui fournit le modèle aux formes et à leur transformation. BTN

Jusqu'au 30 octobre, Vallon de Villaret, 48190 Bagnols les Bains 0466476376