DODECAPHONIE A L’HORIZONTALE

Et la terre est de mer et la mer est de feu et les villages d’air et les airs de nuages
Et le poème est d’air et le poème est d’eau et les doigts sont habiles et labiles les brumes

Et l’on plonge dans l’eau des landes dont gloutonne la terre gobe et absorbe les nuages
Une terre où le soleil se noie parmi les vapeurs dans les trous de l’air mauve

Et cet astre atterré qui se brise en éclats d’eau dans le ciel dépaysé de brume
Décline ses feux de terre sur les spectres des ponts et des ports du bord des mers violettes

Et ça doit être une fin de terre qui n’en finit plus de finir et qui pince les airs de l’eau glacée des mers
Et ça doit être une terre d’eaux marines où le poème s’abîme vers des landes de glaces inconnues

Et ça doit être un désert mais avant ce désert l’escale céleste au bout du port des artifices
Où la ville se crée avec ses doigts de fée son univers spectral plein de pensées liquides

Et des traces de mer traversent les nuages et les traces des airs pénètrent les villes d’eaux
Et le feu bleu gorgé du soleil des landes liquides s’écrase sur le tain de la terre des cieux

Et le poème est regard embué du fond des horizons des bouts du bout du monde
Et le poème est le port irréel où frottent du bout des doigts les mirages des fées

Et des lambeaux du ciel liquide arrachent au paysage des feuillages de nappes déchirées
Où s’ébauchent les reliefs des dômes et des toits de la ville effacée sous les doigts des bruines

Et c’est comme une scène qui s’ouvre sur le frottis du doigt des fées avec la ville en prime ligne
Et le jardin est comme une cour avec les nuages dans l’au-delà et cette cour devient jardin

Et le violet s’embrume de drames irisés quand le ciel pleure ses sanglots de terre brune
Et que les airs brûlent de cette flamme bleue qui fait des airs brouillés au feu des mers célestes

Et le drame est au port où l’attente se fait femme face à l’infini des airs dans le silence de la finitude
Ou encor dans l’appel du désert et qui lie ses accords boréals sous les doigts d’une fée qu’on espère

Mais ces accords sont beaux ces accords sont sublimes ils sont le pur exil des humaines humeurs
Et le poème en feu exulte à exalter le rideau de l’eau qui rêve de saisir l’insaisissable paysage des airs

 

 

 

 

 

(Poème pour amie artiste finlandaise, Carita Sovalainen, à paraître dans un ouvrage concernant ses aquarelles longilignes)