CLAUDE LEVEQUE CHAPELLE DES PENITENTS, ANIANE (Hlt)

Avoir réussi le tour de force de faire venir à Aniane un artiste aussi reconnu, sur la scène française contemporaine, que Claude Lévêque prouve à la fois que les grands noms peuvent être plus généreux que les méconnus, que rien n'est impossible pourvu que le projet en vaille la peine, qu'enfin la témérité paie, en l'occurrence celle d'Olivia Mauron et de la CIT.

Claude Lévêque remodèle en général les lieux qui l'invitent, en vertu de sa vision souvent critique voire désenchantée du monde qui nous entoure. En tout état de cause il tient compte de leur spécificité. Les néons et effets de lumière jouent un rôle capital dans son œuvre récente notamment quand il les conjugue à une écriture tremblé et intimiste ainsi que ce fut le cas récemment au LAC de Sigean avec le mot " vinaigre " (fort à propos dans d'anciens chais). Chacune de ses installations, que l'on pense à celle qu'il a réalisée à la biennale de Lyon (une piste de danse vouée à Barbie et à sa chaussure géante) plus récemment à l'île de la Vassivière (un chemin de paille ponctuée de cercles lumineux transforme le lieu de culture en une ferme, lieu d'exploitation de la nature), en Touraine, ou plus près de nous au Lac de Sigean (une sorte de salle des pas perdus) reste définitivement ancrée dans nos mémoires. Les sens sont sollicités, notamment l'ouïe, ce qui devrait être le cas à Aniane à partir de murmures d'enfants (" Rumeur ", allusion tragique à l'existence d'un ancien bagne d'enfants dans le village) et, de manière plus générale, notre corps, plongé dans une atmosphère particulière, ressuscitant justement les émotions premières, l'étonnement foncier de l'enfant découvrant le monde.

En la chapelle des pénitents d'Aniane, Claude Lévêque a ainsi conçu une œuvre au noir qui plongera le public dans une ambiance impressionnante et ténébreuse. Il y sera question de la mort dont, après tout, toute religion s'origine, la grande refoulée de notre civilisation. D'une représentation de la mort à travers la symbolique de la faux que l'artiste fait ici tourner autour des têtes, chacune justement n'en faisant qu'à sa tête, comme s'il s'agissait de ventilateurs menaçants. Des faisceaux lumineux, soumis aux feux des projecteurs, complètent le dispositif. L'étrange ballet lumineux sur les lames et l'espace de la chapelle devrait prendre des allures de danse macabre, c'est-à-dire au fond tenter de nous réconcilier avec cette échéance ultime qui nous terrorise et explique les comportements individualistes dans nos sociétés où l'échange a laissé place à un usage erroné de la communication de masse. Et dans l'art donc. Car la mort fascine, elle a ses beautés,, sa lumière cachée. Tous égaux devant la mort : il s'agit ici de restaurer une émotion commune. Voie vers la réconciliation ? Toujours est-il que la conception de l'art selon Lévêque, qui s'appuie sur le phénomène miraculeux de la lumière (sujet de jeux pour les enfants, peut-être le seul) , incite à aimer ces jeux illusoires qui sont notre seule certitude en ce monde, autrement dit, fait taire toute vanité et naître une humilité sacrée. Une autre manière d'habiter autrement, temporairement, radicalement, un espace jadis voué au culte en images, et aux représentations de l'éternel, auquel Lévêque oppose le temporel, de saprestation comme de notre condition.

Une installation qui, au demeurant, risque de faire grincer quelques dents. BTN