GUILLEMINOT/ELEMENTO A SERIGNAN

L'ancien Espace Fayet a laissé place à un superbe musée voué à l'art contemporain où l'on peut admirer de grands artistes de ces cinquante dernières années (Ecole de Paris, Supports-Surfaces, figuration narrative, Buren, Hybert, Figarella…). Mais le musée de Sérignan ce sont aussi ces expositions temporaires toutes en inventivité. En témoignent les œuvres pour une fois croisées de Nathalie Elemento et Marie-Ange Guilleminot.

OBJETS AU FEMININ

Si la production de Marie-Ange Guilleminot s'est imposée comme l'une des cent incontournables de l'art contemporain en France celle de Nathalie Elemento ne devrait pas tarder à la rejoindre. En fait les réalisations de M.A. Guilleminot sont à la fois interactives, ludiques, magiques, anthropologiques, corporelles, multifonctionnelles et socio-politiques. Interactives car elles requièrent souvent la contribution du visiteur invité à fabriquer des grues en papier, à partir de moniteurs qui vous accueillent sur un tapis immaculé, à expédier ensuite devant le monument des enfants de la paix à Hiroshima. Ludiques, il suffit de voir quelques personnes décliner les multiples possibles contenus à l'intérieur d'un simple oursin de toile à même de se transformer en manteau, parachute, citrouille, tente, maison…, ce qu'illustre une vidéo en plongée où le fameux objet est manipulé durant trois heures dans un salle de danse. Magiques quand on voit toutes les formes que prend son " chapeau-vie " en jersey, de la robe à la camisole sans compter les connotations que prennent ses démonstrations dans des lieux divers (une vidéo montre dans une salle d'art précolombien l'artiste en scribe). Anthropologiques car il s'agit aussi pour elle de collecter les spécificités vestimentaires et moyens divers de concevoir la chaussure. Aussi a-t-on droit à un salon d'essayage où on peut à la fois se jucher sur des modèles invendables, apprécier leur mise en plan photographique, et se mirer les pieds dans du papier argenté réfléchissant. Corporelles car on ne saurait travailler sur des séries de robes (la mariée est l'une des plus connues) sans traiter du corps qui les contient et de la façon dont nous le maltraitons parfois, sublimons le plus souvent, et le protégeons pour le meilleur et le pire. Il lui arrive aussi comme dans ce récit de Jean-Noël Vuarnet inspiré de Maupassant, de masser des inconnus à l'aveugle, ses deux bras traversant en quelque sorte les murs. Multifonctionnelles ainsi que le démontre le projet conçu pour la plage de Sérignan à partir d'une énorme oursin laissé à la liberté imaginative des estivants, liberté contrôlée tout de même par les potentialités qu'y a incluses l'artiste. Une production généreuse qui ne se conçoit pas sans l'autre. Et où l'autre peut " prendre son pied " tout en faisant œuvre utile (Hiroshima). Nathalie Elemento, recourt également à l'objet, celui qui meuble notre quotidien, et lorgne davantage du côté du design, du mobilier, de notre environnement stéréotypé et bien sage. Chez elle une simple plante verte éclairée devient pré-texte à un travail en trompe-l'œil sur l'ombre, et des interrupteurs géants, baptisés " Blanche Neige et les nains " déclinent sur les murs des formes banales, manipulables et modernes qui la situent quelque part entre le pop art et l'art minimal. Elle requiert aussi la participation du visiteur, invité à éprouver la chaleur de ses élégants radiateurs en forme de tableaux, de ses paravents dépliants, de ses placards modulables en bois laqué et qui révèlent leur intérieur coloré… Mais ce sont surtout les conglomérats d'objets familiers (tables, étagères, bureaux) qui frappent l'attention, l'artiste leur faisant subir d'étranges développements, les emboîtant selon des combinaisons inattendues. On n'est plus dans le fonctionnel mais dans une virtualité inexploitée de l'objet un peu comme dans nos rêves un seul désir suffit à réveiller par association d'idées une fantasmatique imprévisible. Il y a quelque chose d'anthropomorphe dans le traitement de ces assemblages ainsi que le prouvent ces deux chaises et leurs petits jumeaux miniatures. Tout cela est plein d'humour et de fantaisie, notamment lorsque l'on voit une table se plier en deux sous le poids de la culture, incarnée en l'occurrence par un simple livre, et l'on ressent comme une impression de familière étrangeté devant ce bricolage ingénieux détourné à des fins artistiques. Deux œuvres qui, si elles ne se complètent pas se combinent bien et qui ont de quoi ravir tous les publics dénués de préjugés. BTN Jusqu'au 8 janvier, Musée de Sérignan (34410), 146, avenue de la plage, 0467323305

LES 7 ANS DE LA GALERIE PANNETIER (NIMES)

Cela fait déjà sept ans, le chiffre du cycle parfait, que Philippe Pannetier concentre les collectionneurs d'un département sinistré en la matière. A sa galerie-librairie du Centre ville viennent s'ajouter les 100 m2 de la rue Ste Agnès à partir desquelles seront programmés maints événements à même d'animer la vie artistique nîmoise.

7 ANS ET APRES

En sept ans, Philippe Pannetier a su se rendre indispensable et attirer à lui quelques-uns des artistes les plus importants de leur génération sans considération d'âge, de nationalité, de région ni de tendance. Au départ, sa démarche était au fond celle d'un libraire-galeriste conceptuel, soucieux de rendre compte de son époque, qu'il s'agisse du mobilier d'art, de documents et catalogues, de multiples et d'y mêler des œuvres contemporaines. C'est avec la présentation de la " Table à saluer " de Jean Dupuy et ses tableaux sollicitant sept langues majeures qu'un cap a été franchi à partir duquel les expositions collectives ou personnelles se sont multipliées, tandis que les sollicitations affluaient qui confiaient au galeriste le commissariat d'expositions extérieures. L'une des dernières, au Musée de la Poste, pour célébrer le timbre conçu par l'animateur-phare des années Supports-Surfaces et de l'effervescence gardoise, concerne notre Viallat national, plusieurs fois exposé dans les locaux de la galerie : des pièces accrochées telles quelles dans l'atelier du peintre, ou encore les maquettes ayant conduit au choix du logo définitif. C'est qu'il s'agit pour Pannetier de toujours surprendre. Ses cartons d'invitation sont des pièces précieuses à conserver et il lui est arrivé de céder de véritables enveloppes surprises, pour une somme modique, contenant des œuvres variées et dont nul acquéreur ne s'est plaint. Une autre fois, il a sélectionné un panel des artistes les plus chers sur le marché (de Mosset à Weiner, de Warhol à Morellet et Lavier…). Ou créé l'événement en demandant à Rodolphe Huguet de jouer les Père Noël auprès de qui se faire photographier. Pour lui Lawrence Weiner, le maître du concept, a conçu justement l'étiquette d'un petit vin local. Pannetier a produit un certain nombre de catalogues ou ouvrages (Weiner, Dupuy, Jarno, Viallat) dont un fort attendu sur l'immense Patrick Saytour dont la région réalise progressivement l'importance. Pour lui la relation de complicité qui s'établit avec l'artiste lors de l'accrochage est fondamentale : avec Tony Grand, décédé depuis, à l'époque où il réalisait ses volumes émondées à partir d'anguilles résinées. Pannetier a également participé à l'hommage à Marcel Duchamp (Chauffe Marcel) en proposant les photos et réflexions sur la fameuse boîte du maître Jean Suquet au Musée Pab et en exposant lui-même des diaporamas de Marcel Broodthaers. Pour l'événement estival autour de Rabelais, été 2008, il proposera l'atypique Sanejouand. Car Pannetier aime les originaux en général : ces artistes qui ne se positionnent pas forcément comme tels, du moins en fonction de l'image que l'on attend d'eux, de leur statut et de leur soumission aux règles du jeu du marché. Saytour fait partie de ses fidèles, Jean-Marc Andrieu, sans doute celui qui a réalisé l'installation la plus étonnante, une peinture en train de se réaliser au sol grâce à la magie de la vidéo, Jean-Claude Gagnieux ses objets qui ne sonnent jamais mieux que le jour de la performance, Dall'Aglio, Jean Laube, et des plus jeunes comme ce Seb Jarno qu'il a présenté à Bruxelles ou plus récemment les photos de Thomas Bernardet et sa vidéo d'un moteur " à l'huile " monté sur tableau. Mais ce qui nous intéresse c'est l'avenir. D'abord cette expo collective pour fêter dignement Noël avec la plupart des artistes cités auxquels il faut ajouter l'italien Griffa, l'africain Hassan Musa (Ben Landen version Boucher c'est lui !), le pop design de John Armleder… Que du beau monde. L'année à venir, avec donc l'ouverture officielle de la galerie (la portraitiste Nan Goldin ou quelque autre surprise ?) est également alléchante. Pour ce faire il s'est associé à Jacques Berville : on attend donc entre autres Kees Visser, Armleder, Saytour, Pradeau (en février), Peinado et quelques autres… Certains disaient Inquiéter, tel est mon rôle, Pannetier pourrait dire : surprendre, tel est le mien. BTN Jusqu'au 8 janvier, expo collective, à partir du 11, Surprise, 9, rue St Agnès Nîmes, 0609834226

SOCIETE GENERALE, TOM CARR, FREDERIQUE BOUET A CERET

Nous avons la chance dans cette région de posséder une dizaine de lieux de carrure internationale et Céret en fait naturellement partie. On a certes pu y voir des expositions tous publics, en référence au riche passé culturel de la ville. Mais on a toujours pu y découvrir aussi des artistes contemporains, d'ici (Bioulès, Autard, Grand…) comme d'ailleurs. Et ailleurs c'est l'Espagne, la Catalogne, la péninsule ibérique. Carrément.

QUAND MECENAT ET ART MUSEAL FONT BON MENAGE

En 2002, le Musée d'Art de moderne consacrait à Tom Carr une importante exposition et s'est ainsi aujourd'hui porté acquéreur de l'une de ses œuvres " I by numbers " anamorphoses de chiffres dispersés le long des murs extérieurs mais qui nécessitent la participation active du visiteur censé trouver le point de vue et la bonne position corporelle pour en restituer les parties détachées. Or c'est la Société générale qui aura en l'occurrence joué ce que l'on appelle, d'une belle antonomase, le(s) mécène(s). D'où cette idée de présenter au public, au-delà de Tom Carr et de l'une de ses réalisations essentielles (Verrière, Hélice et miroir d'eau), qui habite l'entrée de leur fameuse tour de la très sculpturale " Défense " à Paris, quelques pièces phares de la Collection. A l'étage, tout un ensemble des sculptures murales sur bois teinté de Tom Carr qui nécessitent une mise en espace originale dans les lieux qu'elles occupent, surtout quand il recourt au câble pour les maintenir en équilibre. Le choix est à la fois éclectique et cohérent puisque l'on y trouve des artistes qui jouent avec la couleur, chacun dans sa perspective singulière : les organisations méticuleuses du minimaliste Sol Lewitt, spécialiste du wall drawing, les ludiques ronds colorés de résine perturbés par Bernard Frize, Les constructions géométriques de Dominique Debais à partir de pavés de bois rehaussés d'acrylique, ou les structures d'agglomérés marouflés, peintes et transgressées par Frank Chalendard. La photographie d'artiste, qui fait tant jaser les peintres matiéristes ou figuratifs en mal de reconnaissance, représentée ici par les paysages gelés et fantasmagoriques de Sonja Braas, le citationnisme médiatique et culturel de Victor Burgin, les miroirs vénitiens ou le coffre-fort lumineux de Valérie Belin, les immeubles de Van der Rohe, floutés, par Thomas Ruff. Et puis Des œuvres difficilement classables, parce que se jouant des codes et tendances les ayant précédés, comme les étagères pour livres rouges de Nathalie Elemento, qui revisite le minimal art à la lumière de notre quotidien fonctionnel. Raymond Hains que l'on n'en finit plus de redécouvrir depuis son décès et qui n'est pas seulement un affichiste ainsi qu'en témoigne ses pochettes d'allumettes Seita géantes, style néo pop. Ou cet incroyable boulier chinois et qui se déploie sur plus de cinq mètres et dont les boules sont repeintes par Stéphen Dean. A cela il faut ajouter, pour la jeune création, la road movie photographique de Frédérique Bouet intitulée Voyage en Lapsodie, les images étant réalisés en cours de déménagements supposant des déplacements et donc un parcours visuel et physique d'un lieu à un autre. C'est superbe et très pictural. Le traitement des arbres en particulier est à la fois énigmatique, magique et envoûtant. En outre le musée présente les superbes sculptures avec bidons malmenés et récupérés, les troncs d'arbres torturés, ou les bottes de paille bancales de Bernard Pagès. Des séries de filets enrichis d'éléments ironiques de Patrick Saytour, des paysages avec ponts de Céret par Vincent Bioulès, trois aperçus dont un filet des réalisations de l'incontournable Viallat… Plus les grands ancêtres : Herbin, Masson, Pignon… Sans oublier Picasso… BTN Jusqu'au 14 janvier, Musée d'art moderne, 8 bd Maréchal Joffre, 68403 Céret

CAROLE BENSAKEN CHEZ HAMBURSIN/BOISANTE Nous l'a-t-on assez répété que la peinture c'était fini, que Marcel Duchamp en avait été le premier fossoyeur et qu'hors les nouveaux médias et les installations il n'y avait point de salut pour les nombreux appelés qui aimeraient se trouver dans la peau des heureux élus. Mais l'histoire de l'art est ainsi faite que chaque génération tend à prendre, après l'avoir assimilé, le contre-pied de la précédente, et que de toutes façons le peinture a pour elle une histoire qui lui permet de tout englober, y compris ce qui ne la constitue pas comme telle et vise souvent à la renier. Carole Benzakem fait partie de ces artistes patientes qui ont su imposer leur oeuvre de peintre et, suprême ironie, décrocher le prix Marcel Duchamp - lequel n'était peut-être pas aussi sectaire que ses descendants et thuriféraires l'ont laissé sans doute par excès de zèle ou par paresse intellectuelle laissé accroire. Toujours est-il qu'en exposant Carole Benzaken la toute jeune galerie Hambursin Boisanté montre une nouvelle fois son audace et son intention d'imposer ses choix plutôt que de se les laisser dicter par les goûts conventionnels du public montpelliérain. Cette artiste s'inspire en général d'images déjà médiatisées, de celles que l'on trouve dans les magazines ou sur les écrans magiques. Elle s'intéresse tant aux événements témoignant des valeurs qu'une civilisation s'est donnée au gré de la " peoplelisation " de la vie politique (Les funérailles de Diana) qu'aux petits moments occultés de la grande histoire des horreurs humaines (l'embarquement des esclaves). Mais Carole Benzakem ne se contente pas de peindre et de dessiner au besoin ; sa manière de mettre en scène ses peintures, sur formats inédits, allongés, en frises de polyptyques, crée dans un premier temps la surprise. Par ailleurs elle met toutes les techniques et singularités de l'image moderne (incrustations, pixellisations, flous, surimpressions, cadrage inattendu…) au service de l'image peinte. C'est donc à un univers familier et personnalisé que nous convie l'artiste, certaines de ses images jouant sur des effets lumineux de sorte que bien malin celui qui dira si nous sommes toujours dans la figuration du quotidien que nous percevons en général si mal ou dans une abstraction qui se donnerait des airs de flirt avec la réalité recomposée. BTN Exposition prolongée jusqu'au 15 janvier, Gal Hambursin Boisanté, 15, bd jeu de Paume, 34000 Montpellier. 0466520351

FRANCESCA CARUENA A COLLIOURE + PERPIGNAN+ CERET

Assurément, Francesca Caruana, qui vient d'inaugurer une toile à la médiathèque de Céret et et qui participe à l'expo " Milieu du Monde " (Acentmetresducentredumonde à Perpignan), aura proposé Villa Pams la plus riche expo perso de la région cette année. Sémioticienne de profession cette ancienne étudiante des Beaux-Arts de Montpellier articule l'essentiel de sa production autour du thème de l'épissure et, petit port catalan oblige, de l'horizon maritime. Ainsi ses grands formats de Canson ou de toiles jouent-ils sur la tension existant entre le dessin méticuleux d'immenses cordages au fusain ou à la mine de plomb et la couleur qui les affronte, les provoque dans un ballet graphique et coloré qui tient de l'attirance-répulsion. Le cordage est souvent divisé en deux segments antagonistes qui se livrent au même ballet. Ainsi le voit-on s'écheveler, se disséminer au point de devenir signe gorgé de sens, la couleur apportant sa corne finale, ouverte à tous les risques d'interprétation, d'interpénétration pourrait-on dire tant le visiteur est invité à aller y voir de plus près. L'artiste recourt également au tondo sur toile de bâche dans une volonté d'accentuer les déchirements, intérieurs s'entend, exhibés de façon symbolique, sur la toile. Car cette artiste a des choses à communiquer : sur elle, sur le monde où nous vivons, sur les civilisations qui se meurent et qui nous sont si proches si l'on garde à l'esprit que tout être porte en soi la forme entière de l'humaine condition. Mais Francesca Caruana ce sont aussi des installations à bases de sel et d'objets marins récupérés, un immense filet à poisson pris au piège, un bois flotté sollicitant des os en général consommés au préalable par l'artiste, des rangées de roseaux, des radios pisciformes, , des petits dessins de coraux intimistes et l'impression d'avoir affaire à une œuvre cohérente et aboutie, pleine et généreuse à l'instar de cette immense toile où un énorme cordage traverse la peinture marine de part en part, tandis qu'au-dessus dans une atmosphère de feu puis de plus en plus aérienne, son écho résonne comme une ligne de vie interrompue, et les multiples projets qui dès lors avortent. C'est que nous passons notre vie à larguer les amarres, par rapport à nos repères antérieurs, au temps qui défile, au voyage qui tend un jour vers la fin. Car la vie, ne tient qu'à un fil tendu. Cet horizon, tragique, nous l'avons si constamment sous nos yeux que nous finissons par ne plus le voir comme s'il était invisible. L'art de Francesca Caruana est de rendre le fil de l'horizon visible. Quant à sa prospection des fonds marins, elle figure cette autre origine de la vie, sur laquelle tant d'artistes sont actuellement " courbés " et qui relève lui aussi du féminin dans l'art. BTN Jusqu'au 6 janvier, musée d'art moderne de Collioure, villa Pams, route de Port Vendres, 66190 Collioure 0468821019. " Milieu du Monde " Acentmètresducentredu monde, avenue de Grande-Bretagne, du 11 janvier au 28 février