DOSSIER  30 ANS DU FRAC
LES TRENTENAIRES DE L’ETE
2012, ce sont les 30 ans du Frac. Si certaines expositions sont prévues à la rentrée, bon nombre de lieux ont prêté leur concours à cette institution qui continue, régulièrement, à susciter des réactions hostiles. Nous consacrons à ces diverses présentations un dossier, non exhaustif (Les cavaliers de Xavier Veilhan, valent pourtant le déplacement à Mende, chapelle des Pénitents, pour qui ne les a jamais vus), ceux qui ne connaissent pas le Centre de sculpture romane à Cabestany (PO) pourront y admirer les portraits hauts en couleur de Mao, Laurel et Hardy, Marx ,et bien d’autres célébrités entièrement nus, pompiers du 11 septembre compris par exemple de Gabrielle di Matteo). De même, en la chapelle des Pénitents d’Aniane, les plasticiens de la lumière (et parfois dus on) tel Rémi Dall’Agglio, ou Patrick Saytour, Lilian Bourgeat ou Philippe de Crauzat, Franz West… En attendant Carré d’art ou l’ESBA de Nîmes cet automne, voici ce que nous avons pu voir et apprécier de visu : le Frac à Montpellier, le musée de Lodève, celui de Lattes, les artistes choisis s’intégrant parfaitement à la spécificité du lieu, le Vallon de Villaret, Le palais des archevêques à Narbonne, l’inusable Lac de Sigean enfin.

  1. MIKA ROTTENBERG AU FRAC L-R.

La galerie du Frac sera donc l’épicentre de ce trentième anniversaire dont on pourra, sans plaisanter, affirmer que l’exposition de cette artiste d’origine argentine pointera la cerise sur le gâteau. Or un gâteau est fait de pâte et la pâte se pétrit. Elle est donc, à la base, sueur humaine. Cette humeur, qui fait du corps humain une véritable industrie, devient un élément récurrent des œuvres présentées en cette exposition caniculaire d’été. Les photos de pains pétris à la sueur humaine, l’installation « Tropical breeze » où une femme à vélo récupère les mouchoirs avec lesquels une conductrice black de camion, bodybuildée, s’essuie la sueur dégoulinant de son visage : une sueur parfumée au citron contenue dans la boisson énergisante qu’elle ingurgite. Le petit trou kaléidoscopique, et donc encore un peu magique, par lequel on peut visionner la « Fried sweat », où un danseur indien récupère en casserole la sueur qu’il produit. Comme on le voit le corps est sollicité dans sa puissance à produire de l’énergie et donc comme petite entreprise industrielle, commercialisable et exploitable à souhait. A propos de souhaits, les éternuements présentés dans une autre pièce, produits par des visages au nez remodelé, engendrent comme par magie, on pense à Méliès, des images en tous genres qui vont du steak au petit lapin. On reste dans l’humeur puisque c’est elle qui s’exprime, si l’on peut dire. Mais le clou de cette exposition est sans conteste la pièce intitulée « Mary’s Cherries ». D’abord parce qu’elle est spectaculaire dans sa présentation en forme de cube théâtral, avec des reliefs de meringues en plâtre, éclairée par le bas où tourne un ventilateur. A l’intérieur du cube défilent des images d’une femme toute en rondeur, et qui fait ainsi commerce de ses charmes, confectionnant à partir d’ongles monstrueux et vernis à souhait encore, des bocaux de cerises confites. Le lieu de travail est reconstitué créant un jeu de mise en abyme par rapport à la mise en boîte du modèle travaillant et suant, en l’occurrence pour la cause artistique, au demeurant pour assurer son intégration dans le la société du spectacle généralisé. C’est que l’art et la vie ne sont plus si éloignés, l’art pour certains étant précisément l’essentiel de leur vie, d’autres ne sachant pas forcément qu’ils peuvent faire de leur corps une œuvre d’art. Tout cela trouble et entremêle nos critères de référence, et c’est au fond ce qui nous fascine le plus, à l’heure actuelle dans les réalisations que l’on persiste, faute de mieux, à nommer de l’art contemporain. BTN
Jusqu’au 29 septembre, Frac L-R, 4, rue Rambaud, Montpellier 0499742035

  1. « LES INVITES » AU MUSEE PRADES, ESPACE LATTARA A LATTES (HLT).

Ce n’est pas la première fois que ce lieu voué à la mémoire sollicite l’art contemporain. Et c’est tant mieux. D’abord parce que ceux qui ont déjà visité le musée archéologique peuvent trouver de bonnes raisons d’y retourner. Ensuite parce que l’art au présent nous amène à voir celui des périodes primitives autrement, et vice-versa, enfin parce que une réalisation in situ montre la capacité d’un artiste à s’adapter à l’environnement, ce qui relève de l’intelligence, qualité principale de l’éternel humain. Trois artistes, habitués du Frac, ont donc joué le jeu. D’abord Laurette Altrux Tallan, dont les photographies de verres ou d’assiettes en pleine expansion, du fait d’un choc violent avec le sol, avaient naguère retenu l’attention. On les retrouvera, comme par ironie, en ce lieu où il s’agit justement de préserver intacts de précieux récipients d’une autre époque. Sa réalisation principale est une sorte de grappe proliférant, comme un essaim de porcelaine et d’opaline, qui semble, avoir fait son nid sur une poutre. Ainsi l’art vivant trouve-t-il sa place au sein d’un lieu de dévote conservation mais il faut aussi savoir relever la tête pour saisir toute la saveur de la treille. Si la référence ici semble végétale voire viticole, ou dans le meilleur des cas hybride (petites sculptures en pâte à modeler), elle est résolument animale chez Delphine Gigoux-Martin, qui recourt également à la pullulation, mais de petites poulpes en porcelaine, véritable dessins dans l’espace (style Michaux), à la fois similaires et différents, au fond un peu comme la population humaine. Ce qui surprend le plus ce sont ces terrines en formes de volaille qui auraient subi un choc violent avec le sol, d’avoir voulu jouer les Icare, et qui s’insèrent parfaitement dans les vitrines. Par ailleurs, Delphine Gigoux-Martin, enrichissant l’art de la poterie, projette d’animaliers dessins animés sur de grosses jarres ancestrales. Ainsi se conjugue le présent au passé. Enfin Stéphen Marsden, dont on sait qu’il recourt volontiers aux services de préservatifs pour concevoir des formes sculpturales diverses. En l’occurrence, il emplit une vitrine d’une collection d’objets blancs de petites dimensions, disons carrément de la main, celle qui saisit le sexe, des maquettes donc de projets réalisés. Mais ce sont deux pièces sculpturales qui frappent : l’une en fibre de verre et résine peinte, haute de trois mètres ouvertement inspirée de la Liberté, rebaptisée Gadget – on reste dans l’érotisme (sollicitant Brancusi ou Tony Cragg, avec trois étages : abstrait, modelé, figuratif), l’autre renvoyant à la sculpture antique, féminine et callipyge, en résine et bris de verre, érotique et malicieuse (« Madame rêve », hommage à Bashung ?). Enfin, la photo de Cécile Hesse et Gaël Romier où une jeune femme nue semble s’enfuir en préservant co-pieusement une pile d’assiettes ne métaphorise-t-elle pas le statut même du musée, qui voue son existence à la conservation prolifique ? Une exposition qui donne envie de voyager dans le temps, dans l’espace et les interférences culturelles. BTN
Jusqu’au 16 septembre, Espace Lattara, 390, Route de Pérols, 4970 Lattes 0467997720

  1. VOUS EN REPRENDREZ BIEN ENCORE UN PEU, VALLON DE VILLARET

Comme chaque été, après avoir traversé tous les jeux d’eau que propose ce parc artistico-ludique, avec des œuvres de plus en plus nombreuses, bien intégrées à la nature arrosée du lieu, on fait une halte dans la tour historique du vallon : et cette année on vous incite encore et toujours à jouer !  A l’instar des enfants qui, en général, vous accompagnent. A jouer, qui plus est, avec des œuvres du Frac ce qui, pour les grincheux et les réfractaires, ne va pas toujours de soi. Commençons par Erwin Wurm qui réclame précisément la participation active des visiteurs en lui fournissant les consignes à même de les intégrer dans son œuvre, à base photographique. Un peu comme dans ces musées où l’on vous propose, en début de visite, de poser devant un chef d’œuvre, voire d’avoir l’impression d’être dans un tableau vivant. Un détournement intéressant d’un effet touristique en pleine expansion. Un paysage troublé par un jet d’urine (donc un jeu d’eau) vous accueille à l’entrée. Till Roeskens nous convie, en vidéo à un voyage en train, où le jeu consiste, pour un adulte et une enfant, à désigner tout ce que l’on perçoit de l’extérieur ; Sauf que la structure mentale de l’adulte ne correspond pas à celle de l’enfant et que cette dernière, au fur et à mesure que le train prend de la vitesse, dérive vers l’imaginaire ou vers la narration, le dialogue. Jean-Claude Gagneux est un véritable magicien de l’objet quotidien dont il extrait des sons et effets tactiles qui enrichissent la sculpture muette et figée. Un petit transat nautique, un gonfleur, un ventilateur, un aspirateur et voilà une pièce ingénieuse confectionnée, une impression de vie des objets suggérée grâce au truchement de la fée électricité. De ce point de vue on peut affirmer que les œuvres de J.C. Gagneux sont, en règle générale, branchées. Branchées sur la part d’enfance qui persiste en nous et qui, selon le poète, constituait l’essentiel du génie. De simples branches sont concaténées à des pièces de bois usinées, très incurvées, style cintre, formant comme un volume circulaire qui tient sur lui-même, avec un ergot en guise de socle. C’est que le Vallon s’inscrit dans la perspective Du Champ… Enfin Joa Mogarra et ses photographies si aisément identifiables maintenant qu’il a trouvé sa place dans l’Histoire de l’art. Toujours en noir et blanc, avec un fond neutre, grisâtre, et qui nous plonge ici aussi vers un univers improbable, où les choses ne sont plus ce qu’elles paraissaient être, où il s’agit de porter un regard nouveau sur des objets de tous les jours. L’agrandissement leur fait acquérir un statut imprévu, non sans y mêler cette part d’humour que suscite l’esprit critique de l’adulte, quand il vient compléter la part de génie de l’enfant. Au vallon, ce sont les appareils photographiques collectés par l’artiste qui seront présentés en série, rehaussés de l’un de ces détournements plein de drôlerie dont Mogarra garde le secret. La magie de l’art photographique avec une galerie paradoxale de portraits de l’appareil photographiant. Mogarra les transforme en train, en scène de guerre, en scène de guerre, en les rehaussant au pinceau et en les assortissant d’une légende… Une exposition rafraîchissante,adaptée en un lieu d’eau et d’art nous donnant envie de nous purifier le regard et régénérer l’esprit. BTN
Jusqu’au 2 novembre, Vallon de Villaret, Bagnols les Bains 48190, 0466476386

  1. FLIPPANT TIME AU MUSEE DE LODEVE

Voilà une exposition qui risque de faire parler d’elle, d’autant que le musée nous avait davantage habitués aux fleurons de l’art moderne, cette confrontation au contemporain risquant d’en surprendre et, on l’espère d’en séduire quelques-uns. D’autant que l’ensemble des pièces exposées va prendre en sandwich les portraits (dont un d’André Gide) et paysages du postimpressionniste Théo Van Rysselberghe. Et que certaines s’intègrent parfaitement à la partie archéo-géo-paléontologique du musée, au 2ème étage : le fouet à cheveux humains et manche en verre de Jana Sterback, la cornue ou les visages soufflés d’Emmanuelle Etienne, l’huître moulée assortie d’un oursin d’Anne Pesce. En fait, c’est le thème du temps qui fédère ces travaux, parce qu’il s’adapte bien au lieu qui l’accueille (voué au passé, immémorial), et parce que le contemporain oblige à interroger notre relation au présent. Ainsi, toujours à l’étage, cet escargot géant qui forme une petite sculpture, de Valentin Suquet, recourant à un mécanisme d’horloge. Tout près de là, l’hypnotique vidéo de Guillaume Paris, représentant un reptile endormi. Le temps au ralenti donc. Temps aussi qu’il faut prendre, et qui rime avec patience, dans les cinq panneaux au stylo bille de Alighiero Boetti, au graphisme serré et incisif, scandé par des virgules. Mais temps qui peut s’accélérer ou battre à la mesure de nos rythmes corporels, à l’instar du cœur d’un mannequin fait de balles de ping-pong sur une table de jeu, et que vient troubler la projection d’une pièce de monnaie. Œuvre facile à interpréter sur ce qui fait vibrer nos contemporains, confectionnée par Le gentil garçon, et d’autant plus impressionnante que la dimension sonore y joue un grand rôle, et qu’elle est plongée dans la pénombre. Pourtant, des œuvres donnent le ton dès le rez-de-chaussée, même si certaines entrent en résonance avec l’étage, notamment Stéphen Marsden, qui expose dans les deux, en particulier ses sculptures en résine à base de préservatifs géants et aux formes inédites, qui l’ont fait connaître. Les chevreuils naturalisés d’Eric Poitevin, l’éléphant, grandeur nature, en contre-plaqué, peint de Virginie Youssef (avec dispositif sonore ventral), les animaux fantomatiques, tout de drap blanc vêtus d’Eva Marisaldi, beaucoup de sculptures donc. Mais aussi le dessin d’A.Benchamma (l’homme à la tête en essaim de mots), la peinture de Bernard Frize (juxtaposition de ronds de pot/peau de peinture), extraordinaires photos de Jeanne Dunning (nature morte aux fruits, très caravagienne ; citrouille en voie de pourrissement, très inspirées d’une Vanité). Le corail, serti de mie de pain, sous vitrine, d’Hubert Duprat. De quoi se familiariser avec les confrontations Contemporain/Passé de l’étage où se voit, en outre, Le nuage en marbre de Carrare, de Clairet et Jugnet, dans la salle réservée au climat. Enfin le duo Tixador/Poncheval, a reconstitué, à partir de débris prélevés dans un tunnel souterrain de 20 mètres, les objets dont ils proviennent. Le clou de cette exposition ? Le squelette géant de Mickey, assez décapant de Nicolas Rubinstein. L’une des curiosités de cet été, pour sûr. BTN
Jusqu’au 21 octobre, Musée de Lodève (34), Square Georges Auric, 0467888610

  1.       LE GRAND BLEU AU PALAIS DES ARCHEVEQUES A NARBONNE

 

Sous cette appellation toute méditerranéenne, et donc toute proche, se cache une allusion plus métaphorique aux diverses aspirations, que Freud qualifiait d’océanique, à un absolu toujours recherché mais rarement atteint, sauf peut-être par quelque grand mystique. Toujours est-il que c’est dans un lieu connoté religieusement que ce choix d’œuvres du Frac sera montré, une des deux vidéos de Marcel Dinahet étant d’ailleurs tournée dans un monastère. La présentation promet d’être spectaculaire, ne serait-ce que par la suggestion d’un fond de piscine, une installation aux néons de Dominique Gonzales-Foerster, qui nous plonge dans une ambiance contemplative, une sorte de lieu utopique teinté d’humour toutefois, car on n’imaginait pas qu’une piscine puisse rivaliser avec des années de vaines prières et de quête spirituelle. En témoigne aussi cette œuvre amusante de Grazia Toderi, s’évertuant à ouvrir un parapluie, debout, dans le fond. De la piscine à la plongée il n’y a qu’un pas, ou une brasse, si l’on peut dire, d’où ce Plongeon, installation vidéo de Marcel Dinahet qui filme, son à l’appui, les formes et matières sous-marines. Mais le grand bleu c’est avant tout la mer recommencée, avec son horizon qui réinvente la géométrie intemporelle, ses aspects universels et le passage temporaire des hommes : vidéo particulièrement émouvante de Luc Bouzat, qui vient de nous quitter. On peut aussi lui prêter les traits d’une déesse antique comme le fait Ange Leccia avec sa tête de Niobé. Ou se gratter, négligemment, devant la beauté de ses rivages, ainsi que nous le propose ironiquement le diptyque photographique de Saverio Luccariello. Chassez le quotidien, il revient au galop. Chercher l’île idéale à travers l’œuvre collée de David Renaud dans sa peinture murale. Envisager la mémoire de l’eau grâce au film de Pierre Joseph, sur la montée marine en Normandie, et ses pixels cristallisent l’image. Enfin, sur un horizon immaculé écrire en lettre de pluie un simple YES d’acceptation de la vie telle qu’elle est, avec ses éléments qui retournent à la terre, et ceux qui nous suggèrent des idées d’infini. Ainsi que le propose Jessica Diamond, dès l’entrée, dans sa peinture murale. Une scénographie très réussie pour un thème estival par excellence. BTN
Jusqu’au 16 septembre, palais des archevêques, 11, Narbonne, 0468903092
Il serait dommage, de ne pas faire un détour, Ventenac se trouvant tout près de Narbonne. C’est la vidéo qui y est à l’honneur avec des maîtres du genre comme Pipilotti Rist, ou un artiste que j’aime particulièrement : Hamid Maghraoui et qui révèle souffle de nos stars de lé télé entre deux prises de paroles. La Pépinière, Ventenac en Minervois, un merveilleux voyage sus l’eau de Jolley et Reynold, ou une pris en direct et fortuit d l’attentat du 11 septembre de Fiorenza Menini où la fumée se propage jusqu’à envahir l’écran.
Jusqu’au 21 septembre, La Pépinière, Ventenac en Minervois 0468435352.

  1. PEINTURE-SURFACE + CARLIJN MENS + ETC. AU LAC

Si l’on cherche une raison objective au rassemblement d’œuvres picturales, acquises par le Frac, au Lac, on rappellera que Piet Moget est avant tout peintre (on peut d’ailleurs voir ou revoir ses toiles cet été au musée de Bédarieux), qui tient compte de la planéité de l’espace pictural, même si, en son cas spécifique, ses tableaux s’apparentent à un paysage quasi-abstrait. Ainsi, au-delà de toute perspective illusionniste, la peinture aujourd’hui perdure en dépassant tous les clivages qui l’ont caractérisée jusqu’à nos jours. Elle intègre et dépasse son autocritique, un peu comme au théâtre la distanciation brechtienne pérennise le spectacle théâtral. Aussi, n’est-il guère étonnant que certains des artistes présentés cet été au Lac, recourent à une image sur un fond neutre, quasi monochrome, dans le plus pur irréalisme donc. C’est le cas des autoportraits ou portraits d’animaux géants de Luc Andrié dont les motifs sont souvent les plus simples possible, Des visages de profil, à chevelure éclatante, de Nina Childress, quasi-hyperréaliste malgré l’emploi original du diptyque et d’un léger flouté, ou des silhouettes de l’islandais Sigurdur Arni Sigurdsson, ses arbres ou lunes stylisés avec jeux d’ombre, dont nous suscitons en quelque sorte, par notre présence, l’éclipse partielle. Car c’est moins la profondeur illusionniste que l’espace entre le regardeur et le tableau qui importe aux jeunes artistes. Comme on le voit, l’humanité revient au galop dans les travaux de ces peintres, mais se pose le rapport à l’image, surabondante dans nos sociétés, auxquelles la peinture apporte un peu de chair, et sans doute aussi un peu de temps : l’on passe plus de temps à contempler un tableau qu’à feuilleter ou consommer des images. Samuel Richardot n’est pas très éloigné de ses confrères, mais il se contente de quelques signes, créant une possibilité de narration, cherchant aussi perturber notre lecture en usant de différentes échelles. Denis Castellas aurait pu s’inscrire dans cette lignée, mais l’oeuvre présentée au Lac est un polyptyque à cinq panneaux sur contreplaqué, où se joue la disparition progressive d’une image. La peinture également revient sur son historicité, c’est une des constantes de l’histoire de l’art. Les artistes ont besoin de confrères. Filip Francis, qui reprend un tableau célèbre de Courbet, ou André Raffray, qui rend des hommages aux maîtres, dont un paradoxal à Marcel Duchamp, en témoignent. Le premier toutefois s’intéresse à notre champ de vision, trouble en périphérie, tandis que l’autre cherche à déterminer ce qui, entre le dessin et la photo se révèle au plus près du réel. On trouve enfin l’œuvre picturale, radicale, d’Antony Tapies (cf. Céret), un triptyque en croix, avec juste quelques signes puissants pour ponctuer des effets de matière, conçus comme un champ d’exploration. Dans la salle adjacente, les dessins de Carlijn Mens, au fusain ou charbon de bois, recourent souvent au paysage pour traiter de problème d’ombre et de lumière, plus exactement représentent graphiquement leur perception. Quelques photos des beaux arbres abstraits de Benoît Vollmer étoffent l’ensemble. Enfin, à l’étage un nouvel accrochage de la collection avec en particulier plusieurs dessins de Sol Lewitt, une sculpture en anamorphose de Tjeerd Alkema, un Marlène Dumas, bin d’autres surprises et plusieurs tableaux de Piet Moget. BTN
Jusqu'au 30 septembre, LAC, Hameau du lac, 11130 Sigean 0468488362