AVEC SEXE… OU PAS
ACMDCDM PERPIGNAN
L’été sera chaud du côté de la Catalogne, où  l’on n’a pas attendu le sieur Casanova pour prendre les devants. C’est donc à une exposition où le sexe est mis en exergue que nous serons conviés et auquel participeront dix-sept (comme l’arcane du tarot) artistes de la galerie (notamment les catalans d’au-delà des Pyrénées que Vincent Madramani déniche régulièrement) et quelques surprises comme le figuratif analytique Valerio Adami, le très fétichiste Richard Lindner que d’aucuns considèrent comme un précurseur du pop art et même Marcel Duchamp (lequel il est vrai est le concepteur d’Etant donné la chute d’eau… l’une des œuvres les plus perversement érotiques qui soient !). Certains auront, on s’en doute, traité le thème avec subtilité, on peut compter sur quelqu’un comme Jean Le Gac pour cela, lui qui s’inspire d’illustrés et de l’imagerie féminine de sa jeunesse en général, ou des héroïnes de papier qui l’auront fait rêver ou sur Richard Lindner avec ses personnages massifs aux couleurs vives, en l’occurrence un gentleman avec une peau de panthère en guise de manteau. Artur Heras a fait dans la suggestion analogique de type surréaliste en peignant une grosse banane sur un lit. D’autres se sont ouvertement inspirés de l’image pornographique en plans plus ou moins rapprochés - Joan Rabascall y excelle - vers les objets du désir ou du cinéma érotique parmi lequel on croit reconnaître L’Empire des sens d’Oshima par Jaume Plensa (fabuleux sculpteur qui s’intéresse depuis longtemps au corps humain). Certains artistes comme Stéphane Pencréac’h (qu’Hambursin-Boisanté vient de décrocher), dont c’est un sujet de prédilection, ne se sont pas gênés pour déformer le corps comme s’il était torturé par le plaisir – on a lu son Bataille ! – ou pour élaborer des mises en scène fantasmatiques, ou l’inévitable Robert Combas qui n’a jamais figuré librement dans la dentelle, pour ne rien dire de Ben qui n’a pas hésité jadis, car l’on ne peut pas être et avoir été, à payer de sa personne lors de ses performances mémorables et libérées. Vincent Corpet de son côté a fait du nu l’un de ses motifs favori. Mais ce seront les prestations des artistes méconnus de notre côté de la frontière qui attireront sans doute le plus l’attention et devraient réserver quelques surprises : Je pense à Miguel Navarro et ses trains-tunnels-ciudads pleins d’ambiguïtés  ou aux concours de boudins de Carlos Pazos. En tout cas on se rincera les yeux avec Michel Gouery et sa statuette phallique à base de coquillages et bibelots en rose et bleu. Ou avec ce pubis féminin aux poils noirs mêlés de fil rouge d’Esther Ferrer. Les volumes fessus de Charles Dreyfus. Et de cette scène de sodomie en sculpture dont je ne peux même identifier le matériau et qui semblerait être de Man Ray dont on a dit qu’il avait été peut-être impliqué dans la fameuse affaire du Dahlia noir. La femme est ultra minoritaire parmi tous ces mecs même si Carmen Calvo en vaut probablement deux, avec sa poupée nue en équilibre sur le sommet d’un tréteau qui l’entaille. Un scoop : Adami s’est polarisé sur les gros seins dans des tons particulièrement chauds. Comme l’été, disais-je. On en redemande. BTN
Du 3 juillet au 27 septembre, Acentmètresducentredumonde, 3 avenue de Grande Bretagne, 66000
Perpignan 0468341435

DOMINIQUE FIGARELLA
CARRE STE ANNE, VASISTAS
Nous avons, qui vivent en région, sans forcément y travailler, une bonne vingtaine d’artistes à même de rivaliser avec leurs confrères de Paris ou de la Province – et donc du monde entier ! Dominique Figarella fait partie de ceux-là. Son entreprise est d’autant plus surprenante qu’elle témoigne d’une relative fidélité au support tableau en tant qu’il est à même d’incorporer les principaux acquis de l’art contemporain en matière de réflexion sur l’image, d’intégration du corps à l’œuvre et bien évidemment la Peinture dans son historicité. Par ailleurs il constitue une tentative originale de dépassement des expériences extrêmes comme celle du monochrome ou de la répétition d’une forme à l’infini. Tout d’abord il faut se souvenir que cet artiste n’a jamais reculé devant l’incongruité tant qu’elle est porteuse de questionnement, qu’il s’agisse de recourir aux chewing-gum, au sparadrap, à la balle de tennis ou aux ventouses. Mais c’est surtout avec l’insertion de la photographie que son œuvre a pris un nouveau tournant. L’artiste en effet met en place tout un dispositif visant à saisir la peinture en cours d’élaboration avant que de confronter le résultat final à son état temporaire car qui peut dire à partir de quel moment un tableau est achevé ? La tache abstraire fonctionne comme une flaque reflétant l’image du peintre et son environnement en train de photographier l’œuvre. On a donc dans un premier temps un acte d’affirmation picturale, dans un second temps sa réflexion photographique, avec son cadre, ses limites et ses restrictions, dans un troisième temps son dépassement dialectique avant l’affirmation d’une clôture ou d’un possible achèvement. Mais cette démarche n’est pas seulement spéculative. L’artiste recourt à des couleurs étranges, inattendues, décalées. L’interrogation critique va jusqu’à l’intégration de mots dans la peinture, en couleurs comme dans les voyelles de Rimbaud. C’est dire si la dimension ludique, partant l’univers de l’enfance est sollicité, la peinture devant également être à la fois source d’émerveillement face à sa puissance magique et distanciation spéculative car elle est depuis longtemps une chose mentale, depuis De Vinci et les moustaches de Duchamp au moins. Et  puis cette image du peintre qui apparaît en transparence ne nous donne-t-elle pas l’impression que le peintre surveille nos réactions, photographie notre attitude de spectateur plus ou moins passif qu’il invite ainsi à interroger sa peinture, la Peinture ? BTN
9 juin 8 août Carré St Anne, Vasistas, 37 avenue Buisson-Bertrand, 34090 Montpellier 0467524737
Du 19 juin au 27 septembre 2009, Carré Sainte Anne, Place Sainte Anne, Montpellier

CELINE N
KAWENGA (MONTPELLIER)
Voué aux arts numériques, Kawanga n’est pas seulement un espace d’exposition mais un lieu de ressource tourné vers les nouvelles technologies de l’image et de la communication visuelle. L’univers des nouveaux médias est en effet un continent en voie de découverte, lequel anticipe sur le monde de demain. Certains ont passé l’âge de s’en rendre compte mais quelque chose est en train de changer dans les diverses conceptions que l’on peut se faire de nos valeurs culturelles et Kawanga est le type de structure, initiatique, éducative, documentaire et artistique pouvant contribuer à nous faire prendre conscience des modifications profondes en train de s’opérer dans les mentalités. Ainsi les jeunes générations sont-elles plus sensibles que les autres au formidable pouvoir de l’image contemporaine, qu’il s’agisse de la reprographie, du bricolage informatique, des conceptions virtuelles et de l’apport décisif du cinéma d’animation ou de la vidéo à vocation créatrice dans le champ des activités professionnelles et artistiques. C’est cet aspect que nous retiendrons à travers la présentation de Céline N, déjà montrée au Baloard « A fleur de peau », qui vient d’obtenir un prix pour Son « ombre du soupir » et qui présentera une conception soutenue par la Drac, Take your time. Assorties d’une musique plaintive, les images défilent, parfois fixes, parfois en mouvement, souvent mises en diptyques et créant ainsi des associations visuelles et mentales, sonores et graphiques voire textuelles car cette dimension joue un grand rôle dans ces propositions offertes aux spectateurs. Le corps et le paysage sont les thèmes de prédilection comme s’il s’agissait de restituer une relation équilibrée au monde, en leurs points de rencontres, soulignée par les associations d’images. D’autant que le rythme est volontairement lent. On n’est loin de la frénésie des clips et spots publicitaires. C’est d’ailleurs ce qu’indique bien le titre de la vidéo à découvrir lors de cette exposition, et qui invite à « prendre son temps ». De regarder la vidéo certes mais aussi de plus près les choses et êtres auxquels elles nous renvoient, à fin qu’ils s’incorporent mutuellement. S’identifier à l’autre, et ressentir ce qu’il éprouve. Telle est l’ambition qui sous-tend le projet.
Du 12 juin au 17 juillet, Kawenga, 21, boulevard Louis Blanc, 34000 Montpellier 0467065166

 

LA PREMIERE IMAGE
CRAC DE SETE (DERNIERE MINUTE !)
Que serait l’art occidental aujourd’hui, et notre espace culturel en général sans l’empreinte indélébile et indéniable qu’y aura laissé la civilisation grecque, en ses multiples avatars ? Mais s’est-on intéressé à ce que représente la Grèce actuelle sur le plan international ? C’est sans doute le premier intérêt de cette exposition estivale, dans un port de surcroît ouvert sur la Méditerranée intemporelle, que de rappeler à notre mémoire ces apports essentiels qui ne demandent qu’à se pérenniser de nos jours. D’où l’idée de laisser à un artisan de cette affirmation spécifique, Denys Zacharopoulos, directeur du mac de Thessalonique, le choix d’une double douzaine d’artistes, certains résolument contemporains, d’autres ayant ouvert les voies de cette contemporanéité. En attendant de la découvrir de visu et d’y revenir dans notre numéro d’été, soulignons le fait que ces artistes recourent en grande partie à l’image filmique, présentée à l’extérieur et donc ouverte à la fois sur le public des non spécialistes et sur le vent du large, les objets occupant plutôt l’espace intérieur du Crac. Cette problématique de l’extériorité et de l’intériorité semble avoir une importance toute particulière en Grèce où les Ulysse sont légion mais sans doute aussi les Pénélope. Aussi sera-t-il passionnant de voir quelle vision sociale, politique et esthétique la douzaine de femmes présentées offriront dans ce florilège à 24 composantes, contrastées comme la nuit et le jour, ou comme ses figures divines dont parle Nerval et qui se découpent sur les fonds bruns des fresques d’Herculanum (la ville vouée à Herakles, l’homme aux douze travaux précisément dans lesquels Mallarmé a cru découvrir la figuration allégorique des douze heures de la journée). Le titre de l’exposition est emprunté à un roman contemporain de Costas Taktsis, universellement connu, preuve que la Grèce sait encore faire parler d’elle et pas uniquement dans nos références profondes. Qu’il ne s’agit pas d’oublier, il s’en faut, au contraire et ce sera certainement l’un des intérêts multiples de cette exposition que de voir quelle représentation les artistes grecs se font de leur propre culture, de la façon dont cette culture a irrigué les autres et notamment autour de l’espace méditerranéen, comment enfin en retour ces filiations lui sont revenues pour les irriguer ou pas à leur tour au présent. BTN
10 juillet 27 septembre Crac,  26 quai aspirant Herber 34000 Sète 0467745955

PIERRE BENDINE-BOUCAR
GALERIE GM
Pierre Bendine-Boucar se veut résolument peintre. Depuis des années on l’a vu décliner sous toutes les formes décoratives le motif floral, ses lignes souples, sa propension à la planéité parfaitement adaptée à la surface du tableau, sa plasticité voire sa sensualité, et ses potentialités chromatiques. Comme de surcroît PBB pratiquait la juxtaposition sur le même plan de zones jouant sur les différences de taille entre les motifs on aboutissait à un équivalent pictural de notre univers mental, lequel ne se gêne point pour rendre compossibles des espaces et des temps différents. Le regard unifiait tout cela. Il faut ajouter que la toile était rigoureusement quadrillée comme si l’artiste voulait contrecarrer par une structure forte sous-jacente les émancipations graphiques et colorées qui s’offraient au spectateur. Les œuvres récentes tendent à réduire la présence du motif floral, à le réduire à la synecdoque de lui-même et, dans les cas extrêmes, à le pousser vers la sortie du tableau. C’est donc la structure qui revient au premier plan sous forme en particulier de rayures et avec elle l’affirmation de la couleur sans la caution figurale du motif. C’est dire si le peintre a conscience de se trouver à la croisée de chemins qui pourraient l’amener vers une abstraction plus austère et sans doute aussi plus dérangeante. Pour l’instant du moins, si la fleur, qui incarnait au fond la Peinture, se fait plus discrète, ou du moins méconnaissable du fait de son évocation en très gros plan, la gamme chromatique demeure intense et extrêmement variée. Mais le tableau est moins trépidant comme la ville qui en fin de compte l’inspirait
naguère. Plutôt que du côté des Broadway Boogie-Woogie, il semble que Pierre Bendine Boucar ait envie de donner de l’air à l’atmosphère saturée de nos métropoles. De ce point de vue il se rapprocherait donc des suprématistes – d’où le titre de son expo A love suprême - peut-être plus proche de la méditation qui présidèrent à la gestation des toiles dépouillées de Rothko. BTN
20 juin au 18 juillet, GM galerie, 8 rue du cheval vert 34000 Montpellier 0499060794

EXPO D’ETE
LAC DE SIGEAN
Le Lac est certes un lieu d’art résolument tourné vers les expériences les plus contemporaines mais il est aussi la concrétisation des choix, des prises de position esthétiques et de la volonté d’un homme et artiste : Piet Moget. Il est ainsi naturel que celui-ci ait envie de montrer ses amis, ses goûts, ses confrères peut-être même ses influences, en tout cas ses affinités électives. Et c’est justement du pays dont il est originaire, les Pays Bas, que viennent trois des artistes invités pour la saison estivale, le quatrième, un français vivant à Dusseldorf, pouvant lui également être appelé Peintre du Nord. Si leur pratique peut paraître austère, elle ne manque pas de fraîcheur, idéale par temps de canicule. C’est en effet ce qui rapproche ces peintres nés avant-guerre qu’ils ont cherché dans le monochrome, la sérialité, le paysagisme dépouillé des réponses à leur besoin d’exigence et à leur conception de la peinture comme moyen de connaissance et essor de la matière vers une plus vigoureuse spiritualité. Jan Schoonhoven  en particulier a trouvé dans le carton ou le papier mâché, disposé de manière sérielle avec des effets de relief, un moyen de détourner la subjectivité du sujet peignant. Ses présentations peuvent s’avérer à claire-voie ce qui donne plus d’importance au vide. Bernard Aubertin, à la suite de Klein s’est fixé sur le monochrome mais aussi des matériaux plus inattendus comme le clou, les pitons, les allumettes. Au Lac il présentera en particulier ses rouges qui ne couvrent pas totalement la surface et ses ors qui réagissent différemment selon leur exposition à la lumière et révèlent dès lors toute la richesse et la subtilité de leur détail. Evert Lundquist, en bon hollandais, comme le Mondrian de ses débuts, privilégie le paysage exposé à une lumière crue, particulière, telle que l’on n’en trouve qu’en peinture. Mais un simple geste suggestif peut également animer l’ensemble de la surface. Il devient signe, à interpréter dans notre relation à l’environnement. Comme on peut le voir ces expériences d’artistes qui ont été animateurs de groupes de renom rappellent les fondamentaux de la Peinture. Le dernier JCJ Vanderheyden est peut-être plus proche de l’art actuel, en tout cas il ne néglige ni la photo, ni la vidéo, ni l’installation qu’il offrira en l’occurrence, notamment à partir d’une base de carré, ou de paravent, sur lequel il accroche ou peint son abécédaire formel. Le ciel semble également le hanter comme le prouve ces photos de hublots d’avions. Et ses chaînes enneigées blanches sur fond bleu présageant d’autres cimes. De l’air pur en perspective. BTN
Du 20 juin au 20 septembre, Hameau du Lac,  11130 Sigean-Corbières 0468488362

LUC BOUZAT 
MUR FOSTER AU CARRE D’ART
Nous aimons beaucoup Luc Bouzat du côté de L’art-vues, tant ses années Peintrake que ses empreintes végétales (montrées au Château d’O ou à L’Arpac) dont il va dérouler une pièce monumentale sur le mur Foster, de 22 mètres de long sur 2 de large, assemblage de format 50 x 65 cm. Il s’agit en fait de spectres de feuilles de marronniers prélevées dans les jardins de la fontaine à Nîmes et reproduites sur du papier absorbant. On ressent dans cette initiative printanière le besoin d’exprimer l’énergie de vie présente dans le monde à travers des substances vivantes comme le jus de coquelicot, en tant que le vivant suscite des résultats formels étonnants. La forme végétale, extrêmement sensible, comme peut l’être l’image sur une plaque photographique, est reçue de l’environnement comme un cadeau, le monde devenant dès lors un réservoir de formes mis à notre disposition ce qui permet à l’artiste, de restituer son bien au monde mais transmuté par le truchement de l’art. Au fond l’opération alchimique qui aura permis à la nature de transmuter des formes jusqu’à aboutir à celle de feuilles d’arbres séculaires est reproduite dans le domaine de l’art de sorte que l’œuvre présentée restitue au monde ce qui lui aura été emprunté, transfiguré lui aussi.  On a affaire à une double révélation, celle que la nature propose à l’œil exercé de l’artiste, celle que l’art réintroduit de sa nature dans un lieu de culture. Cette œuvre en effet s’inscrit dans la grande tradition des ornements végétaux qui hantent l’histoire de l’art et de ce que nous nommons architecture ou décoratif.  Mais aussi dans la continuité d’expériences incontournables ayant placé le vivant au cœur du dispositif : Beuys et Laïb, peut-être Penone, assurément Anish Kapoor. L’artiste le dit à qui veut l’entendre : « La beauté est une clef qui ouvre le cœur et  l’esprit. ». Encore faut-il la déceler dans le fatras de sollicitations qui nous envahissent par médias et technologies de pointe interposées. Elle est souvent là, à portée de regard ou de mains, on va souvent la chercher bien loin. La feuille a également la capacité d’une part de se concilier par sa vulnérabilité à la fragilité de la feuille qui l’accueille et qui va lui permettre d’accéder à une autre vie, de celle qui se marque, se démarque et s’impose dans la mémoire des hommes. Car elle devient en quelque sorte fossile d’un instant à jamais fixé, comme certains êtres ayant brusquement disparu à Hiroshima ou Pompéi, et dont ne reste qu’une vague silhouette ou une ombre. Enfin sa souplesse plastique est indéniable, chaque feuille étant différente de l’autre et permettant ainsi des variations compositionnelles à l’infini, à même enfin de s’adapter à l’espace mural qui l’accueille. Au fond tout se passe comme si la feuille cachait l’arbre, recomposé dans sa planéité, comme celui-ci cache la forêt. Dans laquelle ont vécu nos ancêtres, et où l’on peut se plaire aujourd’hui à se promener, afin de profiter de l’instant présent. Et glaner comme Agnès Varda ses images, ou Richard Long ses pierres de quoi laisser des traces du vivant, de l’art et du vivant dans l’art. BTN
Jusqu’au 5 juillet, Mur Foster, même adresse que Carré d’art ci-dessus. 0466767449

VALERIE FAVRE
CARRE D’ART
Carré d’art propose régulièrement des expositions de Peinture comme pour prouver que l’histoire d’amour de celle-ci  n’est pas terminée avec le milieu de l’art d’une part, le grand public de l’autre. D’autant que la période estivale est propice à offrir à des gens qui ne fréquentent pas forcément les grandes expositions dans le courant de l’année, des œuvres de qualité à même de les ramener à la production contemporaine plutôt que de les en éloigner. D’origine suisse Valérie Favre s’est installée du côté de Berlin, la ville la plus inventive actuellement, avant de voir ses talents reconnus du côté de chez nous. Ses peintures d’aigles au  tapis ne sont d’ailleurs pas dépourvues de significations politiques dans le contexte allemand de l’après-mur. Des diverses séries présentées à Carré d’art on retiendra surtout ses emblématiques « lapines » et ses « Automobiles la nuit » qui permettent de mettre en évidence l’intérêt de son travail. Valérie Favre sait, le cinéma aura dominé la banque d’images du XXème siècle tout en supplantant, dans le cœur du grand public, ses parents pauvres que sont la peinture, la sculpture, la poésie et consorts. Une référence explicite est faite à la scène de l’escalier du célèbre film d’Eisenstein, histoire de mettre les visiteurs en condition. Mais justement la peinture n’a jamais cessé de se renouveler en intégrant les autres moyens d’expression, en les critiquant au besoin, ressuscitant en permanence de sa confrontation renouvelée à ce qui la conteste ou rivalise. Ainsi ses « lapines » semblent-elles l’hybride association de la femme comme emblème de l’image en mouvement et des héros animaliers du cinéma d’animation ou des comics. Quant aux Automobiles la nuit, elles inversent le rapport supposé de l’image et du temps puisque cette série est censée développer en 24 toiles une seconde de film, et donc nous donner à voir dans une temporalité dilatée  ce que notre appareil perceptif  n’a guère le temps d’enregistrer face à un écran. Ajoutons à cela que le travail de la matière, la singularité des couleurs, la profusion des nuances suppose une vision que le cinéma ne saurait offrir. V. Favre ne se limite pourtant pas à la peinture figurative même si elle réactualise au besoin des tableaux célèbres dans le souci de les traiter selon un style qui nous les rend plus proches. Elle produit aussi, annuellement, au compte-gouttes, des tableaux abstraits à partir d’une technique qui joue beaucoup sur l’aléatoire et en particulier ces « intitulés Balls and tunnels » aux évocations tant sexuelles que cosmiques. Entrer dans les tableaux de V. Favre, c’est ainsi pénétrer dans un univers étrange dont on repère tout de go la singularité. BTN
Du 27 mai au 20 septembre, Carré d’art, place de la maison carrée, 30000 Nîmes 0466763570

DANIEL DEZEUZE
MUSEE FABRE
Le Musée Fabre s’ouvre à l’art contemporain et offre une place de plus en plus importante, soit dans son fonds et ses collections permanentes, soit dans ses expositions temporaires, à des artistes majeurs du XXème siècle. Un enfant du pays, Daniel Dezeuze, ancien enseignant des Beaux-Arts, pilier théorique du groupe Supports-Surfaces, et vivant à quelques encablures de son aîné, l’immense Pierre Soulages, fait ainsi partie des heureux élus. Daniel Dezeuze est surtout connu pour ses déclinaisons inattendues du châssis, métamorphosé en échelle, en claies de jardin, voire en simple porte usagée alors que la tarlatane tenait lieu de surface. Cela ne l’a pas empêché de réaliser des toiles colorées inspirées de ses voyages en Amérique du Sud ou du Nord ainsi que l’on a pu le constater dernièrement à la galerie Hambursin-Boisanté. Toutefois il ne faudrait pas limiter Daniel Dezeuze à des partis-pris formalistes. Ses séries d’armes factices en particulier, réalisées à partir d’objets de récupération, font preuve d’une grande variété et d’un certain foisonnement que l’on retrouve par ailleurs dans ses dessins végétaux. Pour lui le papillon (Galerie Trintignan) est une peinture volante parfaitement identifiée et ses objets de cueillette montrent qu’une arrière-pensée d’ordre anthropologique hante cette production qui cherche à concilier nos origines et notre univers contemporain. Par ailleurs la question du passage du plan ou du mural au volume voire à l’installation (parvis Hôtel de région) prouve que la production de cet artiste polyvalent – et poète de surcroît – s’est constamment enrichie de nouveaux projets et aura fonctionné sur le modèle d’une expansion continue. Dans les quatre salles qui lui sont allouées, au Musée Fabre, on voit justement combien l’œuvre de Daniel Dezeuze est hantée par le volume et le décollement du mural, notamment avec ses pavillons repliés sur eux-mêmes, ce cube fait de croisillons en bois démultipliés, ou même ces nefs immaculées et transparentes. La couleur rappelle l’historique du tableau en tant qu’il semble avoir perdu d’un côté sa rigidité de l’autre sa dépendance par rapport au mur. L’œuvre de Dezeuze est donc toute en indépendance  et désaliénation. Elle est rigoureusement émancipatrice. BTN
Jusqu’au 5 juillet, Musée Fabre, 39 boulevard Bonne-nouvelle, Montpellier. 0467148300