STEPHANE PENCREAC’H A ACMDCDM (PERPIGNAN)
On a pu découvrir l’ampleur et l’importance de l’œuvre peint de Stéphane Pencréac’h d’abord au Lac, puis chez Hambursin-Boisanté  via  le Carré Ste Anne, si bien que cet artiste n’est plus un inconnu dans la région. L’immense lieu d’exposition  de Vincent Madramani, qui lui a déjà ouvre ses portes, correspond  bien à la démesure de ce peintre original et dont l’œuvre dérange et  parfois même scandalise. Toujours est-il que cette expo d’été sera vouée à l’eau, pas celle que les perpignanais vont savourer au bord des plages estivale, mais celle qui fait rage et suscite encore la peur chez les civilisés arrogants que nous sommes devenus, tsunami oblige. Ainsi est-il question de Tempête, de celle qui fit frémir Shakespeare ou Hugo, bouscula Edgar Allan Poe et inspira les naufrages de Delacroix ou les radeaux médusés de Géricault. Le sujet est d’autant  mieux adapté à l’architecture des lieux que celle-ci, avec ses mezzanines et ses divers niveaux, peut rappeler la forme d’un paquebot. Pencréac’h  peut ainsi s’en donner à cœur joie, recourant aussi bien à la peinture qu’à des objets qui y sont intégrés, de manière à suggérer un immense tourbillon où la faible humanité ne saurait que perdre  pied. On pense à un enfer aquatique, et la peinture, ou l’orageuse encre de chine, par son caractère expressionniste et débridé, en tout cas décomplexé, cadrent à merveille avec l’intention du peintre : montrer l’humanité en péril, sans doute aussi la peinture, et mettre en exergue  la seule chose que puisse faire un peintre responsable : avertir de ce péril dans lequel hommes et peintres semblent submergés. Rappelons-nous la pensée de Pascal : nous sommes embarqués, et nul ne sait de quoi sera faite  l’autre rive, si tant est qu’elle existât. Cette peinture n’est pas seulement expressive et  mouvante ; Elle est métaphysique et politique. En tout cas elle secoue sacrément. Et, à me souvenir du sort fait à la toile sous-jacente, elle déchire. BTN
Jusqu’au 2 octobre, 2 avenue de Bretagne, 66000 Perpignan. 0468341435
PHILIPPE RAMETTE AU CRAC (SETE)
L’exposition estivale du Crac réserve en général des surprises, surtout quand elle permet à un artiste ambitieux d’occuper  tout  l’espace de cet  immense  ancien entrepôt. Et l’on peut faire, en la circonstance, confiance à un créateur aussi prolifique et aussi ingénieux que  l’est Philippe Ramette, tant sur le plan de la photographie que  des installations. Il faut ajouter qu’une ville sur l’eau comme l’est l’île singulière  ne saurait manquer se lui suggérer quelques  points de vue  originaux, lui qui a laissé voguer son fameux balcon dans la baie de Hong Kong ou qui s’est risqué à des expérience dangereuses au fond d’une  piscine.  En fait ce que  nous voyons dans les œuvres de Philippe Ramette et toujours en décalage avec ce que nous devrions voir. Les lignes sont  mises sens dessus dessous et ce qui  a été saisi à l’horizontale par exemple est présenté verticalement, suscitant trouble, inquiétude et vertige. Quand le spectacle merveilleux des montagnes sollicite notre sensibilité, il s’affuble d’un objet amenant à se regarder soi-même selon une perspective qui ne me semble pas éloignée des inversions logiques de Magritte par exemple. On ne s’étonnera donc point de le voir s’interroger à des thèmes comme la traversée du miroir. Ouvert aux éléments, il est tout à fait capable de présenter un miroir à la face du ciel ou de mettre en scène une ombre qui ne cadre pas avec les oripeaux dont elle semble provenir. Il me semble d’ailleurs, que cette œuvre, l’ombre de moi-même,  pourrait être l’emblème de cette exposition en ce sens qu’elle: prolonge et désincarne le corps de l’artiste, de même que les objets qu’il conçoit en prolonge et matérialisent l’esprit. L’artiste est toujours le grand absent, qui délègue à ses œuvres, comme à des prothèses, le fonctionnement  de ses performances pré-conçues. Au Crac  il semble que Philippe Ramette réalisera des pièces in situ ce qui devrait pas mal chambouler le point d e vue que nous avons sur ce lieu, sur cette ville et sans doute aussi sur l’art contemporain dont il est l’un des artistes-phares. Et peut-être en dernière instance sur cet artiste. BTN
8 juillet au 2  octobre, Crac, 26, quai de l’Aspirant Herber, 34200, Sète 0467749437.
ALBERT OEHLEN A CARRE D’ART
Il est certain que les artistes allemands ont  la côte de  l’autre côté du Rhin : Beuys certes depuis longtemps mais surtout Kiefer, Bazelitz, les nouveaux  fauves,  Polke, Richter… et  à présent  Albert Oehlen, et l’on peut se demander s’il ne faut pas lire dans cet engouement comme une nostalgie du tableau. Au demeurant Carré d’art semble s’être spécialisé dans cette prospection du génie germanique.  On nous dira qu’après tout  ce n’est pas le tableau qui importe mais ce qu’on y met dessus et, de ce point de vue, c’est fou le nombre d’épigones plus ou moins avoués que ce peintre a générés. C’est qu’il s’est ingénié à conjuguer informatique et peinture, montrant une fois encore la capacité que posssède la Peinture de se renouveler et de s’enrichir en intégrant ce qui la relativise, la ringardise ou la dénie. La surface, chez  cet admirateur de De Kooning, semble un vaste champ de tensions où cohabitent brouillages et parasites, lignes et taches, allusions figurales et grilles abstraites, mots dans la peinture et tracés de doigt, dans une volonté dynamique de déclinaison  des contraires dont  il revient à l’artiste de signifier l’unité cachée. En l’occurrence ce sont 35 grands formats qui vont être  présentés et qui vont permettre de mieux entrer dans l’univers abstrait de cet artiste dont Carré d’art vient d’acquérir un diptyque. Ainsi se familiarisera-t-on davantage avec ses peintures grises, par exemple, ses « Computer painting » et ses Œuvres  réalisées au doigt, et à l’œil. Sans soute la peinture d’Albert Oehlen correspond-elle au caractère trépidant, pour ne pas dire stressant, de notre vie actuelle, où nous sommes amenés à gérer plusieurs situations en même temps, à superposer dans notre esprit ou notre mémoire, des informations multiples et désordonnées, à maîtriser diverses techniques, du bricolage digital à la technologie avancée relevant des essors de l’informatique. Ce qui explique  pourquoi elle séduit tant les nostalgiques du tableau que les branchés du milieu de l’art. Et pourquoi nous nous en sentons, à la considérer, si proches. Elle est bien de notre temps. BT N
Du 24 juin au 9 octobre, Carré d’art, place de la maison carrée, 30000 Nîmes, 0466763570
VINCENT MAUGER AU VALLON DE VILLARET (LOZERE)
La tour 16ème (siècle) de ce parc d’attraction voué  à  l’eau du vallon, et aux activités ludiques, offre chaque été un espace de réflexion et de repos au terme d’un parcours qui réserve bien des surprises visuelles et physiques. En fait pénétrer en ces lieux revient à sortir du monde réel et entrer dans une dimension autre où le jeu d’eaux serait roi. Mais on est pourtant confronté au réel, à un réel préservé. Je me demande si l’exposition, surtout vidéographique, que Vincent Mauger y  propose ne  relève pas des mêmes enjeux. Il s’agit en effet,  par la vidéo, et l’allusion affichée aux jeux virtuels, de quitter le quotidien mais pour mieux nous y ramener, une fois l’illusion déchiffrée. En  témoignent ces images d’un carrelage, prises en très gros plan et qui, dans un sens inverse du parcours habituel, nous conduit du virtuel au réel, pour user de concepts philosophiques qui ont fait leur preuve.  De même l’immense installation de volumes rocheux ou urbains formant comme des éboulis se perçoit sous différents angles et souligne l’immatérialité du support qui lui sert de base : des sangles légères supportant en fait des casiers de  bouteille en polystyrène  léger. On comprend pourquoi l’artiste évoque l’illusion radicale. Au sommet de la tour,  l’artiste tronçonne la table sur laquelle il tient en équilibre et qui devient socle d’une  sculpture  vivante, ou piédestal à l’usage d’un performer cherchant à se faire remarquer. Car le milieu de l’art est un milieu branlant, instable, dans lequel il faut tout faire pour se maintenir, à commencer par saper les bases de son art, en ne se privant pas de le critiquer notamment. Une autre vidéo, où une feuille de papier en très gros plan se met à se consumer,  réveille en nous des angoisses ancestrales, les mêmes peut-être qui poussèrent nos ancêtres à laisser des traces sur des plans pariétaux : d’où cette main criblée de coups de feutre et qui semble s’être approprié le lieu, tout en nous amenant du virtuel au réel. Enfin ces images d’un paysage de montagne sur papier froissé, jeté,  après mise en boule. Une œuvre maîtrisée en tout cas, qui s’inspire des tenants comme des aboutissants actuels de l’histoire de l’art perçue comme une illusion pérenne. BTN
Jusqu’au 30 octobre, Vallon de Villaret, 48190, Bagnols les bains, 0466476376