SAINT CHINIAN. HERAULT

L'atelier Neitzert a été ouvert au public l'été dernier dans le hameau de Castelbouze, près de Saint Chinian, haut lieu viticole mais peu sensible aux arômes subtils de la production artistique actuelle... En attendant de présenter ses réalisations dans le cadre d'Arténim, par le biais de sa galerie berlinoise, Treztien, Jorg Neitzert a élaboré une exposition consensuelle sur la Tour, de Babel dont l'actualité n'a jamais été aussi pertinente depuis les événements du septembre noir de l'année dernière…

Consensuel et prophétique

Après la troublante exposition sur la bande de Moebius et des réalisations sur la mise en illusion du mouvement, Jorg Neitzert est revenu cet été vers cette tour de Babel qui hanta les érudits de la Renaissance et qui le préoccupa dans les années 70, alors qu'il subissait de plein fouet l'influence du graveur néerlandais, passionné de mathématiques, M.C. Eischer. A la suite de l'attentat qui a vu s'effondrer le symbole d'une Amérique arrogante, grattant, à ses risques et périls, le postérieur des cieux, le thème de la tour babelienne s'est imposé comme sujet de réflexion esthétique, enrichi par les moyens actuels de présentation de l'art. Jorg Neitzert présente certes des gravures ou des dessins à l'encre de chine datant d'une trentaine d'années et figurant des tours pyramidales conçues à partir de cellules géométrique simples mais il n'a négligé aucun paramètre à même d'intéresser tous les publics. Ainsi a-t-il accordé une grande importance à l'installation vidéo, en forme de tour elle aussi, dont les images sont le fruit d'un travail en numérique à propos du clonage et de la flamme éclairant le monde.

Ailleurs sont projetés des films sur fond de musique appropriée, comme au bon vieux temps du muet. Ou la reprise des premières images tournées après l'effondrement des twins towers. La photo n'est guère oubliée ainsi qu'en témoigne cette tour Eiffel couronnée par collage d'une statut de la liberté miniature, ou plus réaliste, cette authentique scierie de Frontignan en forme de tour de Babel. Ni la production "picturale " sur tableaux au motif élaborés à l'aide d'images fixes, empruntées aux films (où l'artiste fait danser en pleine nature un immense ruban moebien de soie), scannées et agrandies, et dont les couleurs irréelles sont le résultat de jets d'encre. Une nouvelle façon de perpétrer la Peinture…

Au mur, une immense bande de moebius en tissu de soie ajoute une touche support-surfacienne inattendue tandis qu'au sol, il nous est loisible de piétiner des reproductions des travaux montrés grandeur nature sur les murs. Bref une exposition à la fois esthétiquement polymorphe et consensuelle, à même de réconcilier les tendances habituellement clivées. Mais aussi une exposition conjuguant un sujet éternel revendiqué par l'histoire de l'art à des préoccupations politiques en prise sur la réalité la plus brûlante. Une exposition aux ambitions métaphysiques enfin, s'appuyant sur les vérités mathématiques pour envisager la place et le rôle de l'homme ou des créateurs dans l'univers à l'heure où la réalité du mythe babelien n'a jamais été aussi criante même si, comme le souligne le titre de l'expo "la probabilité du chaos reste incalculable"..

BTN

Atelier Neitzert : Hameau de Castelbouze 34360. Jusqu'à la fin de l'été sur R.V. (télé : 0467380429). Consulter également programme Arténim 2002.