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Ouvrages

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Michel Butor Qui êtes-vous?

Skimao et Bernard Teulon-Nouailles

Editions de La Manufacture.

Epuisé pour l'instant mais se trouve chez quelques bons bouquinistes. Cet essai ne se veut point exhaustif mais vise à frayer quelques voies à l'attention des lecteurs ne sachant par quel bout aborder l'oeuvre arborescente de l'un des grands écrivains du XXème siècle : Michel Butor. Divisé en 7 thèmes, il est complété d'un entretien avec l'auteur de La modification, d'un inédit et d'une bibliographie. Des photos de Michel Butor de Marie-Christine Boch + des photos de M.B..lui-même ou de ses proches.

Au-delà de l'assimilation restrictive de l'écrivain à ce qu'il est convenu d'appeler Nouveau Roman, "Michel Butor Qui êtes-vous ?" vise à montrer que cette production qui se veut englobante trouve son énergie, son optimisme (Rabelais) et sa sagesse (Montaigne) dans la conscience de sa nécessaire incomplétude. Le thème de l'adolescence est mis en exergue parce qu'il signifie la fraîcheur et les espérances que la maturité aura peut-être l'opportunité de transformer en réalité.

Et qu'est la vie d'un écrivain, cet éternel insatisfait - sans cela il n'écrirait pas - sinon une perpétuelle adolescence, avec ses indignations et émerveillements constamment renouvelés, ses doutes et enthousiasmes, ses expériences enfin ? D'où cet appétit hugolien de s'approprier la culture humaine dans son ensemble et sa diversité, conjugué à la rigueur mallarméenne du domaine musical mais aussi pictural et pluridisciplinaire en général. Mais Michel Butor est bien d'autres choses encore : un encyclopédiste du monde contemporain, un instigateur du nouveau monde amoureux, un pourfendeur de préjugés... Michel Butor ou la jeunesse d'une pensée qui se situe toujours ailleurs que là où elle est attendue. D'où son caractère inclassable donc dérangeant. Comme l'est tout grand écrivain.

375 pages. Prix de référence : 72 F

"Maurice Roche Sous la chair des mots"

par Bernard Teulon-Nouailles. Couverture et frontispice d'Alain Clément.

Peut être commandé aux éditions CMS, 3, rue Boyer, 34000 Montpellier

Cet essai, publié du vivant de l'auteur, suit la production rochienne dans l'ordre de ses parutions. De la densité quelque peu radicale de Compact ou de Circus aux derniers livres (Je ne vais pas bien mais il faut que j'y aille; Qui n'a pas vu Dieu n'a rien vu), plus accessibles, parus du vivant d'un auteur cyniquement cocasse et tragiquement tendre.

Avec Maurice Roche, cet autre inclassable, on ne sait plus trop si on a affaire à du roman radicalisé, du Récit-Ecrit bouffon, des chroniques tragi-comiques, de la poésie narrativisée, du théâtre intime, du texte autobiographique, de l'essai thanatographique et sans doute ses livres s'apparentent-ils un peu à tout cela. Les figures du crâne, du squelette, et bien sûr de la danse macabre, avec leur cortège de vanité, hantent cette oeuvre corrosive dédiée à la Camar(a)de..

D'où le titre retenu : Sous la chair des mots pour rappeler le décapage complet que Maurice Roche faisait subir au texte, à la syntaxe de la phrase, au lexique et à la typographie, avec l'humour comme antidote puisqu'après tout le squelette danse et le crâne rit... Le thème, récurrent et emblématique, de la mort permet en outre à Maurice Roche de tisser des liens confraternels avec d'autres auteurs, musiciens, peintres mais aussi avec d'autres cultures, anciennes ou modernes, non dans un souci de globalité mais de solidarité. C'est qu'on se sent moins seul pour mourir quand on sait que nul n'est épargné...

Prévu pour les éditions Cadex, cet essai est finalement sorti aux Editions CMS grâce aux bonx soins de Skimao. 106 pages. 100 Francs.

Voir aussi, sur la page d'accueil, le lien sur l'hommage collectif publié en 94 par LES VOISINS DU ZERO, 6, rue Du Dr Tallet à Isle sur la Sorgue aves des textes de Sollers, Faye, Glissant, Bénézeth, Vuarnet, Scarpetta, Novarina etc. et B.T-N

Roman paru aux Editions Climats en avril 95.

Cette chronique d'un suicide annoncé se veut l'interprétation contemporaine du mythe d'Antigone. L'héroïne en est une adolescente qui voit le voile des apparences se déchirer petit à petit jusqu'à l'inéluctable. Swannie refuse ainsi le monde réel, le monde des adultes, dont ses parents, déifiés, lui fournissent une image trop parfaite pour qu'elle puisse espérer la pérenniser dans l'âge qu'on dit de raison.

Construite sur le modèle d'une tragédie classique cette chronique reconstitue les trois dernières semaines de la vie de cette jeune élève. Le chiffre trois, à l'instar du trio d'inséparables maintenant une lueur d'espérance dans l'enfer vécu par la jeune fille, structure le livre, des signes avant-coureurs de l'exposition jusqu'à épilogue final. Chacune des trois parties est ainsi divisée en trois chapitres de cinq longs paragraphes - cinq comme les doigts d'une main, ou les continents que le trio a traversés...

La figure du père, incorrigible anglophile, mythomane sur les bords, joue un rôle capital en ce sens qu'à travers son délire anti-français, c'est une satire indirecte de nos moeurs égoïstes qui se fait jour. Au demeurant certains passages du livre ne sont pas faits pour engendrer la mélancolie...

La syntaxe volontairement dépouillée de ce roman cadre avec la personnalité de la protagoniste, nouvelle arrivante en France et peu apte à maîtriser toutes les ressources de notre langue, qu'elle apprend toutefois avec la méticulosité qui sied à une jeune fille de bonne famille, quand elle ne se laisse pas aller à un jugement radical sur ses contemporains. Le choc des cultures est d'autant plus difficile à supporter que celle-ci a passé la majeure partie de son enfance dans quelque paradis des Antipodes.

Inspiré d'un fait divers ayant touché de plein fouet l'auteur de ces lignes - qu'on ne confondra pas avec le narrateur tirant les leçons de la tragédie en fin de volume - cette histoire terrible se veut avant tout un hommage à tous les êtres dont on n'a pas su déceler à temps les drames secrets et à côté de qui l'on est passé, sans soupçonner que leurs jours étaient comptés et qu'ils nous laisseraient de ces regrets qu'on dit éternels...

Doit être commandé en librairie,168 pagess, 90 F.

Jeudi soir, Jeudi noir

Nacsel éditions - 126 chemin des fesquets - 34820 Assas - jansen.franz@wanadoo.fr - tel: 04/67/59/76/75 - (89F)

Existe aussi en exemplaire de tête avec couverture cuir, accompagné d'une peinture d'Aline Jansen.

Ce récit aurait pu s'intituler Le roman de la ville. Un déluge la submerge. Le narrateur, nouveau messie, est convaincu qu'il peut la sauver du naufrage. Il choisit le Jeudi Saint pour se mettre à l'oeuvre. Mal lui en a pris. Chacun s'ingénie à lui mettre des bâtons dans les roues.Tant il est vrai qu'une oeuvre qui se veut quelque peu prospective fait peur. Moins au public qu'aux éditeurs et libraires, aux journalistes et sans doute aussi aux confrères.

Le thème chrétien a été choisi pour souligner l'achèvement d'un cycle historique et d'une conception romanesque devenue trop conventionnelle pour rendre compte de la complexité de notre rapport culturel au réel.. Jeudi Soir Jeudi noir, qu'aurait pu compléter "Vendredi Matin, chagrin" et "Vendredi Soir espoir" (et ainsi de suite jusqu'au dimanche de Pâques), n'avait pour modeste ambition que de renouveler le genre romanesque en détournant vers une quête parodique les grands modèles scripturaux du passé (Proust, Joyce et Kafka notamment).

L'enjeu véritable de ce travail d'écriture ne consistait pas à raconter une histoire de plus - des histoires, il y en a plein les commissariats, fulminait Céline - mais à interroger la raison d'être de cette nécessité intérieure qui nous pousse à en lire ou à en écrire de nouvelles, quand il n'en est que trop déjà...

Le chapitre premier plante le décor; le second se présente sous la forme d'une galerie de portraits de "fâcheux" contemporains, puis c'est la rencontre avec une Prostituée, collectionneuse émérite, allégorie de la Civilisation urbaine, des retrouvailles avec un ancien prof de philo devenu SDF (événement inspiré d'un fait authentique), d'une étrange secte enfin vouée à la pierre philosophale et qui l'accuse, semble-t-il par erreur, des pires trahisons... Un vrai cauchemar quoi...

A la fin, le héros-narrateur, revenu chez lui pour constater saue sa femme l'a quitté pour un écrivain plus médiatique, tombe dans sa cave à la Kafka où il agonise. Ainsi n'aura-t-il plus le loisir de mettre son projet à exécution mais son imprimante s'emballe et épelle à sa place ce titre prophétique qui se confond avec celui du roman : Jeudi soir, jeudi noir. Celui que vous allez lire...

Voir aussi sur ce site Les corbeaux m'ont mis les nerfs.

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