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Daniel Dezeuze est l’un des artistes-phares de la région mais il est
surtout connu et reconnu pour ses travaux impliquant le support ou
châssis dont il a décliné toutes les variantes. Ceux qui le suivent de
près savent que rien ne lui est plus éloigné que l’austérité à laquelle
une partie infime de sa production semble l’avoir réduit à tort. Ses
dessins en particulier, très organiques et floraux, traduisent une
expressivité que l’on croirait inconcevable de la part d’un des piliers
et des théoriciens de Supports-Surfaces. C’est qu’un artiste a plusieurs
facettes, plusieurs périodes aussi (que l’on pense à Picasso !)
et c’est par commodité journalistique ou par aperçu historique superficiel
que l’on a tendance à le limiter à deux ou trois de ses productions,
entérinées par l’histoire de l’art. Ainsi la série des « papillons »
a-t-elle pu naguère surprendre du fait de sa figuralité, alors que l’artiste
travaillait entre autres depuis belle lurette sur le thème de la
cueillette et donc sur une approche anthropologique de la création
artistique. Or, il est une partie de l’oeuvre de Dezeuze qui demeure
inconnue, c’est celle qui précède son apparition aux yeux du grand
public, avec les châssis recouverts de transparents notamment. Elle
est en partie inspirée par les voyages qu’il fit dans les années 60 en
Amérique, au Mexique vers 64 notamment et au Canada en 66.
L’exposition est d’ailleurs intitulée OEuvres de voyage : Mexico-
Toronto. On notera que ces deux pays encadrent les USA et qu' à cette
époque, la scène new-yorkaise triomphait de l’Ecole de Paris, qu’il
s’agisse de la reconnaissance universelle de l’expressionnisme abstrait,
du pop-art ou de l’art minimal. Les peintures et dessins de Daniel
Dezeuze prennent dès lors une sacrée importance pour qui veut
considérer les enjeux de la production artistique française des années
60, années cruciales s’il en est dans l’évolution des pratiques picturales.
Nous avons en effet affaire à un jeune artiste qui ne peut se départir
de la culture dont il s’origine, qui va se frotter à l’avant-garde,
comme on disait à l’époque de la production américaine du nord, tout
en s’intéressant à l’art précolombien dont il peut voir d’authentiques
exemples au Mexique, et notamment dans la relation très particulière
que certaines cultures d’Amérique Centrale ont entretenue avec la
mort. C’est-à-dire que le Daniel Dezeuze de l’époque se trouve à la fois
marqué par la réflexion anthropologique que l’on est en droit de
mener sur les origines et les enjeux de l’expérience de l’art, tout en
considérant à l’autre bout de la chaîne, l’état de l’art avancé de sa propre
époque, le tout conjugué à la tradition culturelle de son propre
continent et bien sûr aux audaces et rebellions de sa jeunesse. C’est
un peu de tout cela que l’on devrait trouver le long des murs de la
galerie Hambursin-Boisanté. Avec une tendance expressionniste néofigurative
très matiériste et vivement colorée, autour du Mexique et,
après une transition plus tendre, des tableaux beaucoup plus abstraits,
beaucoup plus sobres et plus pâles, avec des supports de carton
déchirés, réalisés à Toronto. Et des oeuvres sur papier qui préfigurent
des propositions plus récentes. Une redécouverte ou du moins
une mise en perspective du passé à la lumière du présent, à moins
que ce passé n’explique certains aspects de la production récente de
l’un de nos incontournables explorateurs. BTN
Jusqu’au 28 février, 15 Bd, jeu de Paume, Montpellier. Tél. 04 67
84 43 17. + le 25 février, lancement à l' auditorium du Musée Fabre
d’un livre « Textes, entretiens, poèmes 1967-2008 ». Editions :
Beaux-arts de Paris. 20 euros. Ensuite Hommage à Goetz.
Daniel Dezeuze
Galerie Hambursin Boisanté