L’esprit du sel

Sur la voie des gamelles sacrées
En quête de la perle rare
Glaner maintes merveilles
A même d’abstraire
L’esprit du sel

Le bouchon dévoyé d’un dîner sur l’herbe
Un prisme de verre rêvant de virées au long cours
Des bris de tuile soufflés par quelque vent joufflu
L’angle droit et usé d’une ardoise d’école
Un écu tout en or si fier de raconter l’histoire
Une cartouche perdue dans la forêt gardienne
Quelques coups de bol manufacturés
C’est de là que je veux
Me mettre en quête du poème

Sur les chemins des deux mains
En quête d’aventure
Récolter le regard des doigts
Les images recueillent
L’esprit du sel

La dive carafe enivrant la partie de campagne
Un air vénitien pour vanter les vertus du négoce
La baraque abimée abritant la vieillesse
La salle de classe ranimée par de jeunes amants
La pièce au pauvre jetée jadis par l’impie
Un novice effrayé de l’apparition d’un lièvre
Une dispute et le présent se présente en fractions
Et je suis presque entré
Dans la quête du poème

Sur les arcanes de la pensée
En quête d’absolu
Arracher un peu de ce savoir
Que le sel suscite
A l’or de nos esprits

Les piquants triomphaux de la feuille d’acanthe
Les éclats qu’on gravait sur la table émeraude
L’étincelant airain du bouclier guerrier
Les sceaux à déchiffrer de l’amulette ferme
L’épingle de bois la jupe qui sort de l’onde
Le fragment fait de chaux de la souche céleste
Le bout d’une baguette qui promet au sorcier
La terre fécondée par la rosée de grâce
Et c’est l’esprit du sel
Qui  régit le poème

Et le vide telle une pierre qui vous ouvre la voie

(Pour Jean Marc Saunier et les Eds Rivières).