FABRICE HYBERT A SERIGNAN (cliquer pour images)

Paradoxalement, Fabrice Hybert est un artiste consensuel, à même de séduire toutes les générations car il pratique indifféremment tous les genres qui composent encore l'art d'aujourd'hui, qu'il s'agisse - et c'est le cas à Sérignan - de la peinture ou du dessin mais tout aussi bien de l'installation, de l'image ou de tout dispositif visant à affirmer une prise de position. Ainsi à Sérignan l'espace Fayet a-t-il été transformé en atelier dans lequel l'artiste français le plus en vue ces dernières années, sur le plan international, décline son interprétation toute personnelle d'un fléau social et humain, le Sida. D'une part en articulant ses productions picturales ou en volume autour du fameux ruban rouge, d'autre part en travaillant sur les désinences associatives du thème de l'entrejambe qui deviennent arches, forme fuselée sur un mur ou, par contreforme, jarres humaines démultipliées, étranglées par le fléau. Faisant flèche de toute inspiration Fabrice Hybert occupe l'espace de façon intelligente, conduisant le visiteur vers des lieux plus intimes pour offrir les moulages de son corps ou le fruit de ses associations d'idées. Par ailleurs est présentée au sol un détail de l'immense céramique de 1000 m2, sur le même sujet, conçue pour le Parc de la Villette, réalisées à Monterey au Mexique. Il s'agit pour cette commande d'une arborescence recensant la mythologie personnelle de l'artiste à propos de la pandémie. Une vidéo en rend compte tandis qu'au mur est donnée à voir la série de dessins peints réalisés au Mexique, avec des notes textuelles et les mots-valises forgés par l'artiste (hybersonique) si caractéristiques du style qu'a imposé l'artiste et qui font qu'on le reconnaît tout de go entre 10000 (c'est le nombre de céramiques disposées à la Villette). L'homme cellulaire est mis en exergue en cette exposition pour laquelle Fabrice Hybert s'est beaucoup investi. Son œuvre d'ailleurs prolifère et se développe à la manière de ces cellules "in progress". C'est qu'avant de s'inscrire aux Beaux-Arts de Nantes, cet artiste entreprenant avait envisagé une carrière scientifique. Une expo consensuelle donc et qui ravira les inconditionnels de l'art de notre siècle mais aussi ceux qui se sentent concernés par la façon dont les créateurs appréhendent les grands tourments qu'aura eu à affronter une époque. Les jarres sont à vendre au profit de la Recherche contre le virus. Car n'oublions pas que cet artiste se veut avant tout un chef d'entreprise. Par-là même, il concilie l'économique et l'artistique, les enjeux de l'art et ses préoccupations intimes. BTN

Jusqu'au 30 août. Espace Guillaume Fayet. Tél : 04-67-32-33-05