COUP DE CŒUR BIMESTRIEL LOZERE :

Bagnols les Bains

A proximité d'une ville d'eaux, voué aux jeux aquatiques, le vallon de Villaret glisse sur le parcours du promeneur maintes réalisations artistiques dont les arcs en ciel du perpignanais Philippe Jaminet ou les tricotins de la gardoise Christine Boileau. Entre les valeurs sûres de la couleur tel Marc Aurelle et en attendant, la saison prochaine, Claude Viallat ou Alain Clément, Guillaume Sonnet a joué la carte féminine en invitant jusqu'au 2/10, la jeune chinoise Lan Mei, ancienne étudiante aux Beaux-Arts d'Aix et la marseillaise Elodie Moirenc.

DESORIENTER

Lan Mei propose des images en mouvement où elle apparaît corps et âme, Elodie Moirenc s'est limitée à une installation imposante puisqu'elle occupe plusieurs étages de la tour, lieu d'exposition et médiatation. L'une a joué la diversité, l'autre l'unité. Pourtant, dans les deux cas, il s'agit de déranger la conception que les gens se font de l'art. Lan Mei explore sa double culture pour orientaliser la nôtre ce qui ne manque évidemment pas de désorienter le visiteur aux idées arrêtées. L'une de ses vidéos la montre crevant un plein écran de papier pour y creuser avec la langue d'étranges déchirures qui, sur fond noir, prennent l'aspect d'une calligraphie inédite. Ainsi en s'appuyant sur une tradition Lan Mei offre-t-elle une vision à la fois humoristique et renouvelée de ce que nous nommons Peinture enrichie des apports de l'art corporel, la vidéo, le dessin ou l'écriture et l'art du trompe l'œil. Quant on sait que pour Matisse se vouer à la Peinture c'était se couper la langue… A l'étage des projections de courts films tous empreints de références ironiques à notre terroir (cet étrange rituel autour d'un morceau de roquefort) ou à nos influences envahissantes (un duel westernien dans les rues d'un village méditerranéen). Dans tous les cas il s'agit de conjuguer deux cultures et d'enrichir l'une de sa confrontation à l'autre, avec un humour irrésistible (l'artiste pratiquant les arts martiaux afin d'éteindre une bougie) et une poésie (cette bande dessinée à l'aquarelle où la jeune chinoise apprivoise les nuages) auxquels les enfants sont immédiatement sensibles, ou les adultes ayant gardé une âme d'enfant. Enfin l'apprentissage de la culture de l'autre est incarné par le thème de l'épreuve (comment dormir sur un fauteuil, comment apprendre les exercices d'élocution…). Elodie Moirenc a conçu un énorme objet suspendu rappelant un abat-jour oblong qui serait présenté à l'envers. la question se pose dès lors de savoir à quel objet nous avons réellement affaire et quelle est sa fonction. Ajouré en haut et en bas, il oblige à tourner autour et à le considérer de divers points de vue avant de choisir l'option la plus simple. C'est dire si la jeune artiste a privilégie le ludique. Le tissu extérieur est bleu ce qui fait penser à un rideau d'eau du parcours tout proche tandis que l'intérieur est teint en rouge orangé et s'apparente à un foyer de cheminée censé célébrer le caractère festif du soleil mais aussi maintenir la lumière intérieure toujours prompte à s'animer en nous. L'intérieur est tapissé de tulle se présentant en rideaux cintrés comme pour nous inviter à une pièce de théâtre dont nous sommes les prisonniers et les acteurs. En fait l'appréciation des distances lorsque nous regardons à partir du bas le conduit de la cheminée aboutit à un tel décalage avec celle que nous en avons de l'extérieur qu'ici encore le visiteur est complètement désorienté. N'en est-il pas de même lorsque les volumes des rochers ou montagnes nous trompent dès lors que nous les tenons à distance ou nous en approchons ? Ces deux jeunes artistes au féminin sont l'équivalent de ces nymphes fécondes qui hantaient jadis les sources et les lieux arrosés tel le vallon par la rivière. Comme quoi on peut être classique et actuel, réconciliés. BTN Lan Mei et Elodie Moirenc : Vallon de Villaret, jusqu'au 2 novembre. 0466476376

GARD : CHAPELLE DES CAPUCINS A AIGUES-MORTES

Quelque chose a changé au sein de l'ancienne cité médiévale. D'abord avec la réfection des Vitraux de l'église des Sablons confiée à Viallat, ensuite avec l'ouverture d'un nombre impressionnant de galeries et ateliers d'artistes, enfin depuis que la chapelle des Capucins, salle d'exposition municipale s'est vue confiée à Lisbeth Billiemaz-Formica et à son équipe. En témoigne cette initiative originale où seront sollicités pour une œuvre commune rien moins qu'une vingtaine d'artistes, et pas des moindres.

CADAVRE EXQUIS

"Si l'on jouait au jeu du cadavre exquis, chantait Gainsbourg, histoire de passer un peu notre ennui". Inventé par les surréalistes, il consistait à laisser plusieurs partenaires continuer ou terminer le texte ou le dessin entrepris par le premier sans avoir la vision intégrale de la réalisation. Cela réservait quelques surprises du style animal à corps de végétal dont la tête se confond avec un astre... C'est sans doute parce qu'une fête votive implique un brassage des conditions et populations que l'idée a germé de proposer à un certain nombre d'artistes - annoncés sous réserve - pour la plupart régionaux (Bioulès, Viallat, Di Rosa, Duport, Godebski, Arnal, Astor…) ou ayant des attaches fortes dans la région (le Gac est né à Alès, Lucio Fanti ou Boisrond ont réalisé des œuvres pour le Centre d'Art du Cailar) ou du moins du cru (Guy de Rougemont, Michel Gilles, Denis Vingtdeux, José Pirès, Ana Banarek…) de passer par l'atelier de Jean-Pierre Formica afin de se plier aux exigences de cette gageure. Cela devrait donner une œuvre hétéroclite puisque plusieurs tendances étant représentées, et qui couvrira les murs de la chapelle. Une œuvre monumentale donc et qui donnera en résumé un aperçu de la création picturale contemporaine en même temps qu'elle forcera les artistes à plier leur style aux impulsions fournies par leur confrère. Une œuvre au bout du compte généreuse et qui prouve que les artistes savent prêter leurs pinceaux quand l'enjeu en vaut la chandelle. Avec une inconnue : Que deviendra cette œuvre après la fête ? Il faut rappeler que la chapelle des Capucins n'en est pas à son premier coup d'essai : Amorcée avec Viallat, la programmation aura vu se succéder des archives Paris-Match autour des peintres et écrivains célèbres; une présentation d'œuvres réalisées par les étudiants des Beaux-Arts de Nîmes, la peinture naïve d'un espagnol exilé, Juanito Perez, qui mélangeait l'histoire de France à des anecdotes du cru, un hommage photographique à la ville telle qu'elle était au début du siècle.. Il y eut aussi Jean Le Gac qui avait réalisé l'affiche du Cinquantenaire de Nîmes, 3 artistes italiens lors des Nuits d'Encens vouées chaque année à un pays, en l'occurrence l'Italie. Enfin cet été un aperçu de la collection d'estampes de l'éditeur d'art Eric Linard comportant, outre nos régionaux (Dezeuze…) des artistes aussi en vue qu'Alberola, Ben, Sylvie Blocher, JP Bertrand, Louis Jammes, B.Lavier, JM Meurice, B.Rousselot, Titus Carmel, Bernar Venet ou le regretté Erik Dietman (qu'on peut voir en octobre à Sérignan). Ici encore un choix éclectique qui prouve la volonté de l'équipe municipale de couvrir un éventail le plus large possible, les galeries et ateliers d'Aigues-Mortes prenant ensuite le relais. BTN

Cadavre exquis. Chapelle des Capucins. Du 4 au 27 octobre. Place St Louis. Aigues-Mortes.

GARD : NIMES-LE CAILAR

Il suffit de circuler quelque peu dans notre beau pays de France pour constater combien notre région a toutes les raisons de s'honorer des multiples initiatives qui font que l'art du XXIème siècle est présent à la portée de tous. C'est pourquoi il nous semble impérieux de soutenir des lieux d'art comme le Cercle d'art Contemporain du Cailar qui propose chaque année des déclinaisons variées autour du taureau et de la course camarguaise avant d'exporter ses compétences comme ce sera le cas à Nîmes galerie des Arènes à partir du 13 octobre.

UN ANNIVERSAIRE EN PHOTO

Cela fera quinze ans que Jean-Marie Bénézet sollicite quelques-uns de nos meilleurs artistes pour rendre hommage à la tradition de la Camargue festive dont le taureau demeure l'emblème le plus représentatif, d'Albérola à Viallat en passant par Astor, Patricia Biascamano, Bouzat, Bioulès, des dizaines d'autres. Cette année toutefois il innove en proposant la production de six artistes utilisant la photographie comme mode d'expression Ainsi à l'étage de la maison Mathieu peut-on voir les discrets montages insolites de L'italien Lucio Fanti qui n'hésite pas à placer l'animal à dompter dans des situations inédites, dans un coquet appartement par exemple. Dans le même ordre d'idée mais en format plus imposant Olivier Rebufa crée un univers poétique où les poupées et jouets servent de public en arrière-plan à de vrais individus jouant les raseteurs d'occasion. Beaucoup d'humour, de malice dans ces productions qui sortent du cadre souvent convenu de la célébration. Emilie Jouvet combine des images couleurs à du noir et blanc en mettant en scène dans de vrais pâturages du terroir d'improbables hordes de femmes indigènes nues et sur le pied de guerre, plaçant ainsi la femme dans la primitivité vouée à la bête. Chassent-elles ? Peu importe sauf qu'elles métaphorisent la vocation de chasseur d'images du photographe. On est ainsi poche de l'ethnologie. Meyer traite de l'intégration à travers un triptyque figurant un jeune beur de dos, pris entre le désir de suivre l'exemple d'un collègue raseteur de gauche et d'affronter ainsi l'œil morne de la bête à droite. Une œuvre forte aux connotation politiques évidentes. Nadine Béteille, qui nous vient de Sommières, propose divers aperçus de la course en jouant sur la mise en espace disséminée sur le mur. Que nous reste-t-il parfois des heures passées à suivre les courses sinon quelques clichés mentaux, à reconstituer. Enfin Alfons Alt utilise une technique complexe dont il garde le secret pour imposer des images hiératiques et sombres, rappelant les tirages d'antan et faisant ressortir la force obscure de l'animal. Une expo qui rappelle l'importance prise par la photographie dans le paysage artistique contemporain. BTN Maison Mathieu au Cailar. Les Photographes au Cailar. Jusqu'au 3 novembre.

suite

 

BREVES DUBUFET ET LUNAL

Serge Lunal à la Salamandre (Nîmes) Enfin Serge Lunal montre les dernières productions d'une carrière interrompue une décennie durant. La palette s'est adoucie, les tons sont souvent rompus mais la fermeté du geste et la dynamique des effets colorés témoignent d'une vitalité qui fait plaisir à voir, qu'il s'agisse des immenses toiles libres aux plis accusés ou des tableaux de toutes formes, de toute épaisseur, de toute longueur parfois. Des cernes puissants délimitent le plus souvent une forme qui contient et révèle à la fois la turbulence intérieure de la matière colorée tandis que des signes de croix viennent non seulement baliser ou rythmer mais également ponctuer la surface. La figure a disparu mais les formes, dessinées par la couleur privilégient une géométrie souple, le plus souvent sensuelle, parfois allusive. Comment donner forme à l'informe tel semble ici le propos de l'artiste qui fait flèche de tout bois, jouant ici de la couleur écrue de sa toile, là du hiatus entre les deux moitiés d'une toile en partie cachée puis révélée à la manière d'un cadavre exquis, passant du tondo au triptyque ou au format panoramique avec un égal bonheur, imposant sans conteste ce que personne n'ignore dès qu'on énonce son nom : un style, immédiatement identifiable, lunaire ou cosmique selon certains. C'est la marque des grands. BTN Chapelle de la salamandre, jusqu'au 19 octobre. 0466762390

Jean Dubuffet Jacquie Barral Galerie Jean-Yves French-Font

Les options anti-culturelles de Jean Dubuffet, con combat pour la reconnaissance de l'art brut, auront été longtemps sujet à controverse. Aujourd'hui chacun s'accorde à reconnaître en lui l'un des créateurs majeurs du siècle révolu tant au niveau de son expérimentation graphique que celle de matériaux nouveaux (polystyrène) que de sa conception de la sculpture monumentale, multicellulaire, en laquelle parfois s'introduire comme en une grotte. Ne dédaignant pas l'écriture lui-même, inventant son propre parler "ler dugran sud; visitam hon pellié", Dubuffet a entretenu des liens, ponctués de productions avec quelques-uns des écrivains associés à la région tels Ponge, Paulhan, Mandiargues ou Guillevic. C'est ce rapprochement, cher au galeriste, qui justifie l'exposition actuelle, laquelle comprend des pièces uniques de ce créateur original dont seront montrées également lithos et sérigraphies, représentatives des années où s'est forgée sa renommée. Suivront les Paysages sur carte ancienne, au crayon et mine de plomb de Jacquie Barral récemment exposée au musée PAB d'Alès. Il s'agit d'horizons constituant comme un redressement à la verticale du relevé topographique que suppose la carte comme plan. Un peu comme si l'on effectuait un gros plan frontal d'un lieu répertorié sur la carte. Il va de soi que le paysage devient alors purement subjectif et n'entend pas reproduire la réalité topographique. BTN

Dubuffet du 1er octobre au 15 nov. Jacquie Barral du 19 nov au 15 décembre JYFF 2, rue ST Côme 34000 Montpellier.