l’art-vues • page trois • avril - mai 08

 

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Vasistas est fidèle à ses artistes, y compris régionaux, notamment du
surdoué Dominique Gauthier, dont on réalisera quelque jour l’importance
et la puissante productivité, à la fois variée et fidèle à quelques principes
de référence. Avant d’exposer en Belgique et au Luxembourg, à
Paris aussi (Les filles du calvaire) ou à Perpignan (100mètresducentredumonde
en automne), cette exposition lui permet de rendre hommage à
un collectionneur et ami, Jacques Arnaudies.
Le tableau bien tempéré

Dominique Gauthier travaille le tableau carrément.
Il en fait un territoire de base, non déterminé
par les connotations génériques accolées aux
autres formats (paysage, portrait…). C’est à l’intérieur
de cet espace, souvent dédoublé, que s’effectue
l’expression de sa pensée picturale, partant de
sa relation existentielle à la peinture, au monde et
aux autres. Et inversement, sa relation iconique au
monde par la production du visuel ou du visible. En
fait, il s’agit pour le peintre de gérer le chaos qui
nous entoure, tant sur le plan du microcosme de
notre environnement immédiat, que du macrocosme.
Ainsi ses oeuvres, tantôt très colorées, tantôt
très graphiques, jouent-elles sur la tension qui
existe entre le foisonnement gestuel et géométrique
poussé jusqu’à la démesure surhumaine (la
création dépasse souvent son créateur, ce qui inspire
du respect) et la rétention que lui fait subir l’artiste,
dont le rôle est en quelque sorte analogue à
celui de l’arpenteur de Kafka : la gestion du non
sens à même, seule, de produire du sens. N’a-t-on
pas écrit que le seul intérêt au monde était sa
dimension esthétique ? Les couleurs se mêlent sur
la toile posée au sol avant son redressement lié aux
choix du peintre, de sorte que le hasard semble
avoir présidé à leur mixtion, mais les phénomènes
obtenus sont prévisibles et contrôlés par l’artiste,
qui n’hésite pas à fabriquer outils et machineries
complexes dans la perspective de l’obtention d’un
résultat distinct. Au demeurant ce que nous nommons
«hasard» serait pour Dominique Gauthier
une potentialité que la réalité rend manifeste. Les
petites différences sont des épiphénomènes à
même d’enrichir la future production. La géométrie
interne, à laquelle recourt Dominique Gauthier sort
toujours de ses gonds mais, à y regarder de plus
près, elle est contrebalancée par des effets de
symétrie ou d’allusions à la réalité graphique objectivée
par l’artiste. Quant aux dessins, s’ils ne saturent
pas totalement la surface, ils appliquent un
principe de répétition qui les transforme en une
machine désirante parfaitement contrôlée. Telle est
ainsi la vocation de l’artiste : jouer du tableau bien
tempéré, exécuter sa partition en attente d’interprétation.
En fait, le travail de Dominique Gauthier se
situe sur trois étapes : la conception qui prend du
temps et se donne tous les moyens de contrôler la
réalisation, l’exécution justement, beaucoup plus
rapide et essentiellement graphique (un graphisme
coloré qui devient image, voire écriture ou signature),
la composition d’ensemble quand le peintre
cesse de multiplier les strates et revendique la
teneur esthétique de sa production. Dans l’entredeux
se situe le risque.
A Vasistas seront montrés plusieurs Oratorios,
série actuelle dans laquelle, sur le fond blanc de la
toile vierge, qui fait d’autant mieux ressortir le graphisme
coloré, le peintre trace directement ses
signes usuels, que l’on peut dire littéraux, mais
aussi des morceaux traités hors la toile et reportés
sur celle-ci. Au-delà du travail de Dominique
Gauthier, un hommage sera rendu au collectionneur
et ami des artistes Jacques Arnaudies, qui suit
le peintre depuis trente bonnes années et l’a déjà
exposé dans son appartement du Marais parisien.
Celui-ci a choisi un panel d’oeuvres de petite dimension
lui appartenant et constituant la fratrie de l’artiste
et du collectionneur. On y trouvera nos
peintres régionaux mais aussi internationaux. Il
s’agit de déplacer le statut de la collection de l’espace
muséal qui lui est habituellement réservé, en
un lieu privé, en l’occurrence une galerie. Certes
des pièces plus anciennes de Gauthier seront montrées,
qui prouvent combien le collectionneur a
accompagné l’artiste tout au long de son parcours,
témoignant de sa confiance en son historicité.
BTN
Jusqu’au 3 mai, Galerie Vasistas, 37 avenue
Bouisson-Bertrand à Montpellier.
Tél. 04 67 52 47 37.
Dominique Gauthier
à la Galerie Vasistas (Montpellier)

autre inédit avril 2008 : suppartvues2.htm