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l’art-vues • page trois • avril - mai 08 ...
ARTS PLASTIQUES
Armelle Caron
Galerie Boîte Noire (Montpellier)
Il est des artistes qui, régulièrement, viennent prendre le
relais de ceux qui honorent notre région de leur présence.
Armelle Caron fait partie de ces nouvelles venues en qui l’on
a de bonnes raisons de croire. Fin mai et début juin, on la
retrouvera d’ailleurs au Château d’O (en compagnie de Julie
Tallone). En fait, elle maîtrise l’art de l’anagramme ou du
palindrome et renouvelle ainsi, tout en s’en jouant, le trop
statique art conceptuel. Ses petits ouvrages de poche donnent
une idée de son projet. En les feuilletant à toute vitesse,
comme pour un rudimentaire dessin animé, on voit les
lettres, par exemple, qui forment le mot « bien » et le mot
« mal » se mêler, se chevaucher, s’intervertir jusqu’à la nouvelle
formation en fin de volume du mot « minable ». C’est
dire si, dans ses réalisations, un concept peut en cacher un
autre et combien le concept gagne à se voir mis en mouvement,
mis en branle en quelque sorte. L’exposition à Boîte
Noire travaille plus précisément les paronymes, comment un
Etranger peut se faire Etrangler, comment Ecrire peut faire
Rire, bancaire finir à la carabine, et le joli nom de camarades
tourner à la mascarade, ou qu’on peut Rêver à en Crever.
Sauf qu’il s’agira ici de projection dans l’espace, sans les
limites du support, tout en surimpression et fondus au noir
ou enchaînés, je dirais d’ailleurs déchaînés. Car les mots se
font images mais images de mots et ils semblent avoir
envie de s’émanciper de leur sens usuel. Par ailleurs, chez
Armelle Caron, un mot en engendre un autre. Du concept,
on passe aisément à la conception. Dans cette exposition,
Armelle Caron confronte aussi des plans de villes, en l’occurrence
Istambul, avec des éléments décoratifs proches
du langage des signes. Comme si ces derniers émanaient
de la ville et visaient à se sortir de ses dédales faits de
pleins et de déliés, de conglomérats et de clairières. Enfin,
cette artiste peu expansive dans son travail, nous livre une
série de dessins évoquant les diverses chambres qu’elle a
occupées durant l’enfance. Et le dessin se prête bien à l’expression
d’une telle intimité. BTN
Du 4 avril au 31 mai, Boîte Noire - 1, rue de la
Carbonnerie. Tél. 04 67 66 25 87.
Armelle Caron expose ses vidéos jusqu’au 8 juin au
Vallon de Villaret (48190 Bagnols-les-Bains, Tél. 04 86
47 63 76) en compagnie du peintre Fabien Boitard et du
vidéaste Bernd Wendt.
Daniel Dejean/Eric Vassal
GM Galerie (Montpellier)
GMcontinue son petit bonhomme de chemin, alternant photographies
contemporaines et peinture en devenir, volumes
audacieux et inévitables vidéos. Daniel Dejean a ainsi disposé, sur les
murs des deux pièces de la galerie, un certain nombre de petits formats
de couleurs fraîches, jubilatoires et juvéniles. Le motif importe
peu, même si l’on repère ça-et-là des oiseaux de la même facture,
comme englués dans l’élan pictural qui les a vus naître, des parties
étêtées d’êtres humains très stylisés, une automobile esquissée
comme du temps de l’enfance, une table dématérialisée, que sais-je
encore ? En fait, Daniel Dejean ne peint pas directement sur toile. Il
travaille sa peinture au préalable sur une bâche, et reporte celle-ci sur
le fond du tableau, ou encore la laisse sécher, la décolle et se sert de
son caractère « plastique » pour effectuer des découpages reportés
ensuite sur son support pictural. Ainsi, des traces de peinture débridées
et renvoyant à toute la gestuelle picturale qui a fondé notre
modernité se trouve-t-elle certes sollicitée mais en décalé. Les
ciseaux, dont on se souvient de l’usage qu’en fit Matisse, ont pris le
relais, maîtrisant le geste, canalisant ses débordements et excès de
lyrisme. Au demeurant, la composition est essentielle à cet artiste qui
soigne la mise en espace. Les formats renforcent l’impression d’accéder
à un univers intime et singulier.
Eric Vassal travaille l’articulation mur/sol et donc aussi bien le volume
que la peinture. Ses « agnostes », objets non identifiables, sont
s’ailleurs de véritables sculptures murales ou plates. Par ailleurs, le
volume de bois, épais et régulier, présenté en dents de scie, posé sur
le sol, est lui-même souvent peint ou enrichi de signes décoratifs, tandis
que la peinture mise au mur - on parle de wall drawing - souvent
de couleur sombre ou contrastée par rapport à la sculpture, occupe
un espace à la manière d’un volume, puisqu’il interdit toute pénétration
humaine et se regarde à distance. Dans les sculptures murales,
l’artiste joue sur le contraste entre des formes compactes d’un côté et
celles qui se disséminent en archipel sur le mur. Ses dessins, présentés
à la manière de kakomonos japonais, sont tout aussi dépouillés,
jouent sur des rapports de masse et de tensions colorées, assez austères
et rares. Une vidéo sur l’élaboration d’une oeuvre en cours sera
également montrée. BTN
Jusqu’au 3 mai pour Dejean.
Du 7 mai au 14 juin pour Vassal à la GM Galerie - 8, rue du Cheval
Vert à Montpellier. Tél. 04 99 06 07 94.
Galerie Hélène Trintignan (Montpellier)
Montpelliérain de souche et de coeur, paysagiste de Céret, Aigues-
Mortes, Marseille ou Aix-en- Provence, Vincent Bioulès ne pouvait pas
rester sourd aux appels du signe que lui a toujours fait sa ville natale. Ainsi,
c’est avec un grand intérêt que nous attendons la série de toiles présentées
chez Hélène Trintignan. Les gris et blancs des façades anciennes ou de la
pierre en général, les jeux d’ombre et de lumière se succédant dans les
ruelles piétonnes, l’aspect massif de certains monuments, ne pouvaient pas
le laisser insensible, et encore moins ces constructions plus récentes et
contestables qu’il a vues pousser, un beau jour, du côté de son quartier des
Beaux-Arts, au coeur de sa ville. Au demeurant, Vincent Bioulès a su imposer
un style que l’on finit par identifier tout de go, même si l’on sent dans
chacune de ses toiles, l’hommage discret à ces confrères de l’Histoire de
l’art sur lesquels il a tellement médité. Vincent Bioulès, c’est un dessin qui
cerne les volumes ou les formes, un traitement moucheté et nuancé de la
couleur, l’observation scrupuleuse des multiples sollicitations picturales
que nous fournit sans cesse la réalité, pour peu qu’on sache l’observer avec
un regard attentif, dans un monde qui privilégie l’inconstance et la consommation
rapide Vincent Bioulès aime l’intemporel qui se fait jour derrière la
fugacité des apparences. Les personnages sont rares et réduits à des silhouettes
anonymes, se confondant presque avec leur environnement temporaire.
C’est que ses peintures deviendront les témoins de ce qu’une ville a
de plus cher, et de ce qu’un artiste aura trouvé de plus cher, à peindre dans
une ville – j’entends « cher » au sens affectif du terme. De sorte que s’il ne
reste, un jour, de notre ville, que les témoignages qu’en aura laissés l’artiste,
c’est qu’il aura su accéder lui-même, au-delà de la solidité de la pierre, à
l’intemporel. Une exposition qui devrait en tout cas, raviver nos émotions,
échaudées par les excès médiatiques, d’une certaine nostalgie sans doute,
mais, comme on connaît Vincent Bioulès, certainement aussi de beaucoup
d’humour. Et puis une invitation à la méditation et à la promenade, aux
heures creuses ou nocturnes que choisit Vincent Bioulès, pour ne pas être
trop bousculé, à partir des angles de vue qu’il sait nous proposer.
BTN
Du 11 avril au 17 mai à la Galerie Hélène Trintignan - 21, rue St Guihem
à Montpellier. Tél. 04 67 60 57 18.
Vincent Bioulès